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Malgré les pertes, Orange ne veut pas arrêter son cinéma

Malgré les pertes, Orange ne veut pas arrêter son cinéma

L’opérateur veut poursuivre cette activité mais en limitant les risques.En sept ans, Orange Studio a cumulé plus de 100 millions d’euros de pertes.

Même si Stéphane Richard, le PDG d’Orange, ne fait pas le déplacement cette année au Festival de Cannes, l’opérateur télécom n’a pas l’intention de désinvestir le secteur du cinéma. C’est le message que fait passer sur le boulevard de la Croisette David Kessler. Ex-président du Centre national du cinéma, nommé il y a six mois à la tête d’Orange Studio, la filiale de production de cinéma de l’opérateur. Une activité qui ne va pas forcément de soi pour un « telco ». Et qui n’a jamais été rentable. Initiée en 2007 par l’ex-patron d’Orange, Didier Lombard, qui voulait développer le groupe dans les contenus (le sport et le cinéma), elle a failli être remise en cause par Stéphane Richard, à son arrivée à la tête du groupe. S’il a mis un terme aux chaînes sportives d’Orange, il a cependant conservé le Septième Art et notamment les chaînes cinéma OCS.

20 à 25 millions d’euros par an

Pas facile, politiquement parlant, de se désengager du cinéma, quand on a mis un pied dedans. Pour David Kessler, « le cinéma crée une dimension grand public, populaire, en adéquation avec les valeurs d’Orange ». « Les contenus pour les opérateurs télécoms, cela reste un sujet. Regardez British Telecom en Angleterre qui investit dans les droits du foot ». Ce fin connaisseur des arcanes du septième Art, par ailleurs ex-conseiller medias et culture de François Hollande, a la lourde tache de sélectionner les films que finance Orange. Une activité à haut risque qui peut très vite se traduire par un gouffre financier en cas de mauvais choix. Chaque année, il consacre entre 20 et 25 millions d’euros au financement de longs métrages et à la constitution d’un catalogue. L’exploitation de celui-ci partout dans le monde, a vocation à compenser les pertes sur les films financés. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Diversifier les risques

Orange Studio, qui dégage en moyenne 10 à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, perd chaque année 20 millions, soit plus de 100 millions de déficit cumulé en sept ans. Certes, une goutte d’eau, ramené à l’activité d’Orange (près de 40 milliards), mais il n’y a pas de fatalité. Aujourd’hui, David Kessler veut surtout minimiser les risques. Pas question de réitérer la débâcle de « The Prodigies », l’adaptation 3D de « La Nuit des enfants rois » : 10 millions investis, soit la moitié du budget d’Orange Studio, en pure perte. Mieux vaut, selon lui, multiplier les petits investissements. Dans le passé, les 2 millions investis dans « The Artist » ont été largement rentabilisés, et sur « Timbuktu », Orange a récupéré plus de dix fois sa mise de départ.

Cette année, David Kessler va devoir assumer les 10 millions consentis par l’ex-direction d’Orange Studio, pour « Le Petit Prince » , l’une des projections phare du Festival de Cannes. Mais compte tenu des préventes dans une trentaine de pays, l’opérateur a déjà récupéré sa mise. « Le Petit Prince » pourrait même permettre à la filiale d’être à l’équilibre cette année. « La rentabilité, on ne sait pas si on peut y arriver. Il faut aller progressivement vers une réduction des pertes », affirme David Kessler. Orange est devenu raisonnable. La preuve, l’opérateur qui s’offrait, il y a encore deux ans, toute une partie de la plage de Cannes pour y recevoir ses invités, se contente aujourd’hui d’y louer des studios… juste en face de la mer.

Fabienne SCHMITT
lesechos.fr

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