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Mali : Trois questions à Boureima Dembélé, Dg de l’IER…

Mali : Trois questions à Boureima Dembélé, Dg de l’IER…

Mali : Trois questions à Boureima Dembélé, Dg de l’IER : «La chaux permet d’augmenter considérablement le rendement des sols».

La question de l’utilisation de la chaux fait débat chez nous aujourd’hui, nous avons rapproché le Directeur de l’Institut d’Economie Rurale pour en savoir davantage sur les engrais et leurs usages au Mali. De son point de vue, il n’y a pas meilleur fertilisant que la chaux. Son impact sur le rendement des cultures est incroyable. Lisez plutôt.

Quelle est la pédologie des sols maliens ?

Les sols au Mali sont ceux qu’on appelle, les sols férogino-tropicaux-lessivés. Ce sont des sols pauvres en général, du fait de la culture continue, le sol devient acide. Donc, quand un sol est acide, c’est lorsque son PH est de moins de 5,5. Le PH signifie le Potentiel Hydrogène, c’est une expression technique qui permet de mesurer l’acidité des sols. Quand le PH d’un sol est à moins de 6, on dit qu’il est acide. Quand il est supérieur à 6, on dit qu’il est basic alcalin. Au Mali, la plus part de nos sols sont acides, donc ça joue beaucoup sur la production. Comme on utilise beaucoup d’engrais minéraux, comme l’urée, les phosphates d’ammoniaques, et autres qu’on vend, on utilise peu de fumure organique, les sols s’acidifient au fur et à mesure.

Comment fait-on pour corriger l’acidité des sols ?

Généralement, pour corriger l’acidité des sols, on fait ce qu’on appelle un amendement calcique. On utilise généralement la chaux pour corriger l’acidité. Rien qu’avec cela vous pouvez augmenter la production. La chaux permet d’augmenter considérablement le rendement des sols à un niveau très satisfaisant. L’utilisation de la chaux a commencé au Mali depuis les années 1980. Ce n’est pas un phénomène nouveau, vers les années 1980, il y a eu une expérimentation sur le mil, vers les années 2000, on a beaucoup travaillé sur l’arachide. La fertilisation avec la chaux permet d’améliorer la résistance à l’aflatoxine des coques d’arachides, et la grenaison même de l’arachide. En 2013, on a commencé toute une série d’expérimentation sur le coton et le maïs. D’abord, au laboratoire, nous avons pris des sols venant de la zone office du Niger, de la zone Cmdt pour essayer de les incuber. On a trouvé que lorsqu’on utilise 500 kg de chaux à l’hectare, vous avez une augmentation de résultat qui va jusqu’à 26% et vous pouvez augmenter le PH de 5,5 à 6,5. Donc vous pouvez avoir un 1 point de PH dans la majorité des sols et cela pendant 15 jours de l’incubation. Le maïs, en général, c’est 10% d’augmentation, mais sur le coton, on a 26 % d’augmentation. Dans la région de Koutiala, on a reçu jusqu’à 47% d’augmentation de rendement dans le vieux bassin cotonnier, Kita 29%, Fana 27%. Ça ce sont des résultats qu’on a eu en 2014. Nos études on montré également qu’avec 400 kg de chaux, on diminue l’aflatoxine de 48%. L’aflatoxine, c’est un champignon qui pousse quand l’arachide ou le maïs moisit. C’est un champignon noir cancérigène que l’utilisation de la chaux sur l’arachide permet de diminuer.

Cette technique de fertilisation des sols est-elle méconnue chez nous ?

Pas que c’est méconnu, mais il y a certains paramètres parfois qui entrent en jeu, notamment la disponibilité de la chaux en quantité suffisante. Quoi que l’on dise, il n’y a pas une quantité extraordinaire pour servir tous les sols du Mali. La production est encore insuffisante au Mali. Il y a un besoin crucial de chaux pour nos sols, c’est clair. Parce que la présence de la chaux dans le sol augmente le PH et favorise l’utilisation des autres engrais. Si une société malienne peut remédier à cela, elle sera la bienvenue. En matière d’engrais, les gens se demandent si les rendements vont augmenter ou baisser. Si vous prenez un engrais complexe, le NPK, même si vous mettez 100 tonnes, l’élément qui reste le plus déterminant est la base du sol. C’est ce qui détermine votre rendement. On a vu que tous nos sols, d’un point de vue matière organique, sont faibles. Il faut au minimum 1 à 2% de matière organique. Nos sols sont vraiment déficitaires.

Entretien réalisé par Harber MAIGA

Source: Le Prétoire
maliactu.net

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