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Manuel Valls contre une fusion Renault-Nissan

Manuel Valls contre une fusion Renault-Nissan

Le Premier ministre se dit hostile à une fusion des deux constructeurs. Malgré le conseil extraordinaire de vendredi, la tension reste néanmoins forte.

Comment sortir de la crise ? Entre l’Etat français et l’Alliance Renault-Nissan, la question reste entière. Réuni en urgence vendredi, le conseil d’administration du constructeur français s’est résumé à un point d’étape, qui n’aura duré qu’une heure et demie, et suivi à distance par nombre d’administrateurs. Difficile dans ce cadre de prendre des décisions structurantes et de poser les bases d’un compromis. Le torchon brûle toujours entre l’Etat français – qui s’est renforcé au capital de Renault en avril pour s’assurer l’obtention de droits de vote double – et l’alliance.

Selon le PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn, soutenu par la majorité de ses administrateurs, la position de l’Etat déséquilibre le partenariat franco-japonais au détriment du constructeur nippon (actionnaire à 15 % de Renault, mais sans droits de vote).

Pour tenter de trouver une médiation, le conseil a validé la constitution d’un comité regroupant plusieurs de ses membres. L’Etat français et le numéro deux de Nissan, Hiroto Saikawa, continueront aussi de se retrouver régulièrement pour tenter de trouver un compromis. Celui-ci se conjugue toujours au conditionnel.

L’idée de la fusion, suggérée à demi-mot par l’entourage du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, mais refusée par Carlos Ghosn et l’alliance, n’est pas d’actualité à court terme.

« Pas de fusion »

Surtout qu’interrogé dimanche sur Europe 1, le Premier ministre a été très clair. « Nous ne souhaitons pas une fusion », a déclaré Manuel Valls avant d’ajouter : « Qu’il soit à 15 ou à 19 % dans le capital, l’Etat joue pleinement son rôle et en même temps, nous faisons confiance aux managers de Nissan et de Renault dans un dialogue qui est normal. » Certains verront d’ailleurs peut-être dans les propos du Premier ministre un soutien discret apporté au patron de Renault et un tacle subtil à l’encontre de son ministre de l’Economie.

La volonté de rééquilibrer l’alliance restant à l’ordre du jour, une autre piste pourrait consister à limiter des droits de vote double de l’Etat – ceux-ci pourraient n’être activés que sur une partie seulement des titres.

Tension palpable

Enfin, alors même que le cours de Renault est revenu sur les niveaux d’avril, Bercy ne donne toujours pas de signe de revente de ces titres. Volonté de maintenir la pression sur Carlos Ghosn ou d’éviter d’être accusé d’avoir contribué à faire grimper le cours ? Dans tous les cas, le conseil a prévu de se réunir au plus tard le 12 décembre, sauf si des solutions sont trouvées d’ici là.

Les nuages restent donc épais et la tension, palpable. « Le récent changement dans la structure de vote de Renault, qui a octroyé des droits de vote double à certains actionnaires, a créé un déséquilibre dans l’alliance. Ce changement est allé directement à l’encontre de l’avis du conseil d’administration de Renault », a martelé via un communiqué le numéro deux de Nissan, Hiroto Saikawa, à l’issue du conseil. Le constructeur japonais menace à demi-mot de revoir l’alliance capitalistique s’il n’est pas écouté et si l’Etat n’allège pas son contrôle. Il appelle à une résolution du conflit « dès que possible ».

Du côté des pouvoirs publics, on reste droit dans ses bottes. Vendredi matin, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, pointait encore les « contre-vérités sur ce que fait l’Etat », en référence indirecte à Carlos Ghosn, accusé de vouloir se servir d’un prétexte – le renforcement de l’Etat – pour revoir l’équilibre de l’alliance. Le double PDG va devoir s’expliquer publiquement : il devrait être auditionné devant l’Assemblée nationale d’ici à fin novembre.

Maxime Amiot
lesechos.fr

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