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Marcel Alain de Souza, Un prophète de bon augure qui crie dans le désert

Marcel Alain de Souza, Un prophète de bon augure qui crie dans le désert

Bureau trop simplet pour le milliardaire supposé, Marcel de Souza y est, blotti dans ses convictions. Parcours hors du commun dans la banque, cet ancien cadre de la Bceao jouit d’une réputation de baroudeur et de rigoureux à la fois. Muni d’une immense expérience politique, celui qui fut la tête pensante de Yayi Boni sur les questions de développement regrette « le dévoiement de ses idées et propositions » et entend, par cette présidentielle passer le message qui lui tient à cœur : « aider les jeunes à pêcher et non leur distribuer du poisson ». S’il aura du mal à se faire entendre dans le pays de l’argent-roi-des-élections, il s’y accroche, décidément !

Regard rude et hermétique, c’est une colossale posture qui vous reçoit. Avec un enclin permanent à l’humour mais aussi une fermeté à la limite autoritaire. Issu d’une grande famille béninoise, il en porte encore les vestiges, en sexagénaire accompli. Parcours fulgurant, à la limite innocent d’un banquier que la politique a avalé et qui en est vite devenu un féru. Il ne peut plus s’en passer, lui qui, il y a trois décennies, murmurait déjà en sorcier noir, aux oreilles de Mathieu Kérékou et de Nicéphore Soglo. Aujourd’hui, après avoir été au summum de son influence sous le régime Yayi Boni, c’est un lion blessé qui vous reçoit, entre des rugissements en forme de regrets et la détermination du tigre qui, malgré les absurdités de la politique, veut toujours se jeter à l’eau… Il peut compter sur un parcours enviable, des expériences coriaces, une vision claire et la suite qui tient dans ses idées. Ce n’est pas le député de la 16e circonscription qui vous parle, mais l’ancien ministre qui, en futur président de la république, veut mieux faire que de distribuer des poissons, il veut « apprendre aux gens à pêcher ».

Un parcours inédit et fulgurant…

Né en 1953 à Pobè, sud-est du Bénin, parcours scolaire exemplaire, c’est au Centre Ouest Africain de Formation et de l’Etude Bancaire (COFEB) puis à l’Institut du FMI à Washington qu’il sera formé et, titulaire d’un DESS en Banque depuis 1980, il fera toute sa carrière ou presque à la Bceao. Directeur de l’agence principale de Cotonou, Directeur des Services centraux et des affaires administratives à Dakar, il y finira comme Directeur national au Bénin. L’arrivée au pouvoir de Yayi Boni, son vieil ami change son destin, il sera nommé Conseiller spécial aux Affaires Monétaires et Bancaires du Président de la République en 2009. C’est le début d’une aventure politique avec son élection à la tête du parti FRAP (actuel Front Républicain du Bénin) qui porte sa candidature. Porte-parole et président de la Cellule de Communication du Président Boni YAYI pour sa réélection en 2011, Marcel A. de Souza sera nommé Ministre du Développement, de l’Analyse Economique et de la Prospective. Poste qui en fera le cerveau économique du chef de l’Etat mais aussi l’icône de sa politique de développement. Même si une partie de ses idées et initiatives a été bradées par le président sortant, il n’en est pas moins fier, « j’assume ma part du bilan Yayi Boni » dit-il, alors qu’aujourd’hui, il est devenu l’un de ses principaux opposants au point d’ester en justice les Fcbe, coalition sous laquelle il est élu député. Il reproche à la majorité sa méthode de désignation de candidat unique. A l’égard de Yayi Boni, il reste très dur, « il a fait trop de mauvais choix, je crains d’ailleurs que les milliardaires qui se sont invités dans la danse en fasse de même » s’emporte-t-il avant de conclure, « quand on vient au pouvoir sans être porté par un parti politique, on mélange les pédales en voulant satisfaire tout le monde et pire, on s’entoure facilement d’inconnus » selon celui qui brandit la réforme des partis politiques comme une urgence démocratique.

Un plan de développement et une vision bien ficelés…

La lutte contre la pauvreté est le vademecum de cet quinquagénaire qui a grandi dans une famille plutôt aristocrate. Il dispose, à cet effet, d’un plan technique et pragmatique qu’il décline en quatre points pertinents : – Le sous-emploi, – L’énergie et les infrastructures – le secteur informel puis – la production. Il dénonce le fait qu’entre 70% et 80% de la population soit en sous employée. « Quand, avec un master, quelqu’un conduit Zémidjan (taxi-moto, Ndlr), c’est un travail mais pas un emploi à la hauteur de ses compétences » constate Alain Marcel de Souza qui y voit « un manque à gagner pour l’économie béninoise » qui ainsi, ne jouit pas, toujours selon lui, des « compétences de ses filles et fils« . Mais ce qui le préoccupe le plus, c’est la migration progressive de l’informel vers le formel. Car précisera-t-il, « le secteur informel, c’est 67,2% du PIB » qu’il faille intégrer dans l’économie. Il entend ainsi augmenter sensiblement les recettes de l’Etat. Mais pour y arriver, selon lui, « il faut convaincre les gens de l’informel du fait qu’ils ont des avantages à migrer vers le formel et dans ce cas, il faut les accompagner et les rassurer » propose de Souza. Sur la question de l’énergie, celui qui connaît bien le domaine pour avoir contribué à la mise en place d’un plan stratégique insiste sur l’urgence de constructions de barrages notamment sur le Mono et l’Ouémé de même que la libéralisation de la construction des centrales thermiques grâce aux concours du secteur privé. Il propose des mini-centrales solaires, veut donner une place de choix à l’éolien et surtout, estimer nos besoins réels et augmenter la quantité de mégawatts au fur et à mesure. « Actuellement, avec 250, nous sommes à l’abri des délestages » lance-t-il pour s’offusquer de la construction de Maria Gléta qui a fini par devenir un éléphant blanc à l’utilité aléatoire. Mais pour arriver à mobiliser le secteur privé, il faut réformer notre administration dont la lenteur et les susceptibilités retardent toute l’implication du secteur privé dans le développement. Pour la production, il insiste sur l’agriculture. « Nous devons diversifier les filières » propose de Souza qui opte pour l’ananas, l’anacarde, le maïs auxquels il faille ajouter le coton pour faire 4 filières de base, au moins. « Tous les ministres de l’agriculture s’accrochent seulement uniquement au coton, oubliant les autres filières » selon lui. Il souhaite une augmentation d’exploitation des terres arables qui « doit passer de 20% à 80% rapidement » mais aussi « la mécanisation, l’aménagement hydro-agricole, l’installation d’usines d’intrants et la création d’une banque agricole pour assurer le financement« .

Mystères autour d’un baron déchu

Ses relations avec Yayi Boni ? Il les dit toujours cordiales. « Nous nous sommes parlé il n’y a pas longtemps » livre Marcel de Souza qui reconnaît que ses choix politiques ne plaisent pas forcément au chef de l’Etat. Peut-il faire un bon score, lui n’en doute pas. Mais c’est moins évident avec des candidatures de milliardaires et celle parachutée par Yayi Boni lui-même. Ses sources de financement, celui à qui les Béninois attribuent des milliards n’en dit rien, « j’attends toujours des soutiens » lance celui qui nie disposer d’aides financières du Togo. Beau-frère du président Faure Gnassingbé, plusieurs sources lui concèdent un soutien financier régulier en provenance de Lomé II. Ce qu’il démentit formellement.

Marcel Alain de Souza aura un mérite, nul ne peut contester ses compétences. Après 50 mois au poste le plus technique du gouvernement, il aspire légitiment à la magistrature suprême, il connaît parfaitement la machine de l’Etat, dispose de contacts solides dans la sous-région et partout dans le monde et pourra, à la suite d’une décennie de beaucoup d’errements, assurer le relèvement d’un Bénin pour laquelle il a des idées plus que « claires et précises« . Mais il lui manque le soutien nécessaire et la force financière indispensable, il sera sans doute un outsider plutôt qu’un candidat qui a de réelles chances. En attendant, il maugrée ses récriminations contre Zinsou, indirectement, « moi au moins je connais le Bénin, je parle le fon et personne ne peut dire que je suis un étranger… » s’amuse-t-il, entre sourire et ironie.

MAX-SAVI Carmel, Cotonou, Bénin
afrikaexpress.info

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