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Matières premières : Donald Trump et Xi Jinping en personnages dominants

Matières premières : Donald Trump et Xi Jinping en personnages dominants

La 31 e édition du rapport CyclOpe, dirigée par Philippe Chalmin et Yves Jégourel, paraît lundi. La Chine demeure un facteur majeur des marchés, mais l’élection américaine a ouvert une période d’inconnu.
La flambée des cours du fer à l’automne dernier ? La Chine. La paix sur le marché du porc ? La Chine. Le réveil des cours de l’aluminium ? Encore la Chine.

Sans conteste, le géant asiatique, premier consommateur d’un grand nombre de matières premières depuis plusieurs années, « demeure un facteur déterminant sur les marchés », indique Philippe Chalmin professeur à l’université de Paris Dauphine et fondateur de CyclOpe*, dont le 31e rapport paraît lundi.

S’il faut un exemple, celui du charbon est édifiant. « Il a suffi que les autorités chinoises disent : nous allons produire moins de charbon pour que le pays en manque et soit obligé d’en importer, provoquant une flambée des prix sur le marché il y a quelques mois », rappelle l’économiste et historien.

Le rôle toujours prégnant de la Chine

On pourra donc encore incontestablement compter cette année sur la Chine pour absorber une bonne partie de l’offre mondiale de métaux, de minerais ou de certains produits agricoles comme le soja ou la viande. Et, dès lors, soutenir leurs cours ou du moins éviter qu’ils ne baissent trop en raison de la surabondance qui caractérise nombre de ces marchés sur lesquels arrivent tous les investissements réalisés pendant les années d’euphorie du « supercycle ».

Le rôle de la Chine est d’autant plus prégnant cette année que se profile le XIXe Congrès du Parti communiste, qui devrait voir à l’automne le président Xi Jinping se succéder.

C’est un enjeu important, explique Philippe Chalmin car, « à l’évidence, il va falloir que la Chine soit en parfait état jusqu’à ce moment-là ». Xi Jinping ne peut se permettre le moindre trou d’air dans l’économie. Et c’est l’assurance pour le secteur des matières premières que le pays reste dominant tant à l’importation qu’à l’exportation sur un certain nombre de marchés.

Avec Donald Trump, une grande période d’inconnu

Mais, pour Philippe Chalmin, Xi Jinping n’est pas le seul « joker » essentiel du jeu économique en 2017. « Ce qui s’est passé aux Etats-Unis est tout à fait fondamental. Avec l’élection de Donald Trump, nous rentrons dans une période d’inconnu. » Notamment en ce qui concerne les accords de libre-échange.

Le fondateur de CyclOpe énumère : « Les Etats-Unis sont sortis du traité transpacifique (TPP), l’accord avec l’Europe (TIPP), est en panne, certainement pour longtemps, et les Américains sont aussi en train de remettre en cause l’accord nord-américain (l’Alena), avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le bois et les produits laitiers au Canada, ou encore sur les céréales au Mexique. »

Or, personne n’aurait envisagé il y a encore un an ce genre de conséquences sur les marchés des matières ­premières, admet Philippe Chalmin.

Le « supercycle » bel et bien terminé

L’entrée dans une période de protectionnisme outre-Atlantique ainsi que la réduction des contraintes environnementales ne seront pas non plus sans effets, poursuit le spécialiste.

« Cela va se traduire surtout par une augmentation et par un retour en puissance bien plus rapide qu’imaginé à la fois du pétrole et du gaz de schiste », assure Philippe Chalmin, qui évoque au passage la construction de l’immense oléoduc Dakota Access.

Aujourd’hui, l’Opep est donc loin de maîtriser la totalité du jeu pétrolier. On le voit, les baisses de production finalement décidées par ses membres ne suffisent pas à faire remonter le prix du baril, que CyclOpe prévoit en moyenne à 55 dollars cette année.

Il a pu y avoir un frémissement des prix à l’automne dernier – et il y en aura d’autres -, mais le choc de 2006-2014 sur les marchés des matières premières, le fameux « supercycle », est bien terminé, confirme l’économiste. Qui conclut : « Nous sommes entrés dans une phase de digestion longue avec des cours durablement déprimés. »

lesechos

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