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Métropoles du monde arabe, bientôt plus smart que les villes européennes ?

Métropoles du monde arabe, bientôt plus smart que les villes européennes ?

Face à une démographie croissante, les villes du monde arabe s’organisent : transports en commun, accès à l’énergie, traitement des déchets… Des projets d’urbanisation qui rappellent les politiques occidentales de “ville intelligente”.

330 millions d’habitants dont 55% d’urbains, croissance démographique de 3% par an, exode rural encore très fort… Dans le monde arabe, la question de l’urbanisation concerne une grande majorité de la population. Mais pas question de construire à tort et à travers. Les urbanistes pensent smart city : ville à la fois agréable à vivre, durable et efficace. C’est ce qu’ont expliqué les invités de l’Institut du Monde Arabe lors de la table ronde du 17 mars sur le développement urbain de cette région du monde, preuves à l’appui.

Priorité aux infrastructures

Premier pilier de la smart city : des infrastructures de qualité et intégrées les unes aux autres. À commencer par les systèmes de distribution de l’eau, de l’énergie, le traitement des déchets ou encore les réseaux de transports. Mais ces chantiers sont développés en fonction de la maturité des villes. Si les urbanistes des États de la péninsule arabique réfléchissent aujourd’hui à la limitation des ressources naturelles, les villes du Maghreb donnent surtout la priorité à l’intégration spatiale.

En effet, quand Dubaï passe pour ville modèle avec ses lignes de métro entièrement automatisées, Alger ou Casablanca se dotent de leur premier tramway. Après l’inauguration de ce dernier en 2012, la métropole marocaine a même voulu construire un métro aérien – mais a dû renoncer au projet, faute de moyens.

L’enjeu du développement durable

La dimension “développement durable”, “nombre de villes n’y sont pas encore”, reconnaît Fouad Awada, directeur général adjoint de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France. “Mais de plus en plus de projets intégrant cette nécessité voient le jour”, insiste-t-il.

Ainsi, le centre de distribution d’électricité intelligent de Dubaï – ou smart grid – a été inauguré en mars dernier. À Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite de 5,3 millions d’habitants, François-Xavier Perin note que les urbanistes se tournent de plus en plus vers des solutions de transport en commun, abandonnant peu à peu le modèle de la voiture individuelle.

Système de gouvernance inclusive

Mais pour devenir une véritable smart city, les solutions de mobilité, aussi durables soient-elles, ne suffisent pas. Charben Aoun, président Smart Cities chez Schneider Electric, met l’accent sur la gouvernance inclusive : quand la population participe aux projets d’urbanisation, un système tout juste mis en place à Montréal.

“Le premier challenge d’une politique d’urbanisation est de convaincre les populations”, déclare Charben Aoun. Mieux encore : quand la demande provient des habitants eux-même, grâce à l’open data par exemple. “L’intégration des citoyens aux projets d’urbanisation est cruciale pour comprendre les enjeux puis catégoriser la population en fonction de ses besoins”. Et pour ce faire, les entreprises doivent elles aussi consulter les populations.

“À Casablanca, une grande partie des habitants ne connaît pas le service public”, a observé Bruno Hervet, vice-président exécutif “Smart and sustainable cities” de Suez Environnement. “Une équipe de 80 personnes a donc été mobilisée pour présenter les projets de distribution d’eau, chercher comment y associer la population, discuter du tarif socialement acceptable de ce service ou encore expliquer ce que signifie recevoir une facture tous les mois”.

Nécessité de leadership

Cependant, pas de smart city sans leadership. C’est un constat partagé par tous les invités de l’Institut du monde arabe. Surtout, c’est la condition pour que le développement des métropoles de cette région s’accélère.

“La puissance publique peut prendre du temps à s’intéresser à la problématique d’urbanisation. Mais une fois la décision prise, elle s’impose sans problème”, résume François-Xavier Perin.

Dès lors, tout va très vite. “Le métro de Dubaï a été construit en cinq ans seulement”, poursuit-il. Aéroport de Notre-dame-des-Landes, barrage de Sivens… tous ces conflits bien français entre population locale et puissance publique n’existent pas actuellement au sein du monde arabe. Charbel Aoun renchérit : “Il a fallu 600 ans à Paris pour devenir Paris. Mais Dubaï n’a qu’un an devant elle”. Il faut donc aller vite.

L’astuce : s’entourer d’ingénieurs très performants, ce que les responsables de l’urbanisation des pays du Golfe savent faire. “Or c’est exactement ce qui manque à certaines autres métropoles du monde arabe”, conclut Fouad Awada.

Juliette Boulay
latribune.fr

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