Auparavant concentrés dans le secteur des industries extractives, les IDE s’étendent désormais vers le secteur manufacturier et le secteur des services. Ce dernier, par exemple, représentait environ les trois quarts des projets d’IDE réalisés dans des secteurs tout nouveaux en 2016, tandis que le secteur manufacturier représentait environ un cinquième de ces projets. En réalité, les IDE deviennent une source majeure de financement de la diversification économique.

En Éthiopie, les secteurs tout nouveaux vers lesquels les IDE se sont tournés en 2016 étaient la fabrication (notamment, les produits du cuir, les pesticides, les engrais et autres produits chimiques agricoles) et l’infrastructure ; les IDE ont par ailleurs aidé Maurice à diversifier son économie qui, en plus du sucre, repose désormais aussi sur le textile, le tourisme et, plus récemment, l’immobilier de luxe, les activités bancaires offshore et le tourisme médical.

Au nombre des moteurs de l’afflux d’IDE en Afrique, figurent l’existence de possibilités d’affaires dans le secteur des industries extractives (notamment, le pétrole et le gaz, l’or, les diamants, le cobalt et le cuivre), le transfert de l’industrie légère depuis des pays émergents comme la Chine, l’établissement de zones économiques spéciales (par exemple, en Maurice et au Sénégal) et l’amélioration des régimes d’investissement (notamment la promotion des investissements en Égypte, et les incitations fiscales en Tunisie et au Zimbabwe).

Pourquoi ce paradoxe des IDE en Afrique ? La richesse de l’Afrique en main-d’œuvre et en ressources naturelles ne suffit pas pour attirer des capitaux financiers. En effet, d’autres éléments entrent en ligne de compte. Il s’agit, pour l’essentiel, du faible niveau d’investissement public (par exemple, l’insuffisance d’infrastructures comme l’énergie, les routes, les voies ferroviaires et les aéroports) ; l’insuffisance de capital humain (par exemple, l’absence de main-d’œuvre qualifiée, instruite et en bonne santé) ; et l’insuffisance de capital institutionnel (par exemple, des systèmes sécuritaire et judiciaire peu efficaces, la faible protection des droits de propriété, un cadre réglementaire et des normes qui laissent à désirer). Le relèvement de la qualité des investissements dans ces éléments améliore la productivité des capitaux physiques et financiers et réduit les coûts des transactions commerciales. Lorsque ces éléments sont fournis directement par les investisseurs, ils tiennent lieu de taxes prélevées sur le rendement du capital investi.

Parmi les autres facteurs qui expliquent le paradoxe des IDE, on citera des politiques d’investissement fragmentées ; l’asymétrie de l’information (accès limité des investisseurs étrangers aux possibilités d’investissement) ; et le niveau élevé des risques souverains (par exemple, la faible capacité d’absorption, le niveau élevé de corruption, l’instabilité politique, la faible capacité à gérer les chocs). Tous ces aspects minent la capacité des pouvoirs publics à optimiser le rendement social des investissements qui pourraient compléter et catalyser les capitaux financiers.

Les coûts d’intermédiation financière (notamment des frais élevés de courtage, d’évaluation des prêts et d’agence, et la mise à exécution des contrats), dont les taux de prêt intérieurs sont un indicateur (lesquels vont jusqu’à 60 % à Madagascar et 44 % au Malawi) constituent un frein à l’afflux d’IDE. Pour mettre fin au paradoxe des IDE en Afrique, il est indispensable de s’attaquer aux obstacles aux capitaux publics, humains et institutionnels, ainsi que de réduire les risques souverains et les coûts d’intermédiation et harmoniser les politiques d’investissement entre les pays du continent.

Par Dr. Ayodele Odusola

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