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Mireille Fomekong : sous le signe de l’Ascèse

Mireille Fomekong : sous le signe de l’Ascèse

Créée en 2005 par Mireille Fomekong, l’agence de conseil en marketing et publicité Ascèse s’est imposée comme l’une des références du secteur de la communication au Cameroun. Pour Forbes Afrique, cette chef d’entreprise revient sur son parcours et les projets de la structure qu’elle dirige depuis maintenant plus de dix ans.

Mireille Fomekong résume en une phrase la place qu’occupe Ascèse dans l’espace publicitaire camerounais : « Nous gérons 25 à 30campagnes publicitaires par an, ce qui nous place dans le top 4 des agences de conseil camerounaises. »
Soutenue par plusieurs partenaires dont elle a souhaité préserver l’anonymat, c’est en 2005, à l’âge de 31ans, que Mireille Fomekong fonde Ascèse. A cette époque, et c’est encore large-ment le cas aujourd’hui, les agences prospères étaient presque toutes des filiales de grands groupes étrangers. L’ambition de la jeune femme est de créer une structure camerounaise capable de rivaliser avec ces groupes: « Je voulais créer une agence locale avec des standards internationaux », confie-t-elle au cours d’un entretien accordé à Forbes Afrique.
Fraîchement créée, Ascèse trouve rapidement ses marques. L’agence décroche son premier contrat en 2006, quelques mois à peine après l’obtention de son agrément, et se voit confier la campagne de lancement de Pelforth, une bière que les brasseries du Cameroun viennent de mettre sur le marché. Une entrée par la grande porte pour ainsi dire. La jeune agence vient en effet de signer avec l’un des plus gros annonceurs du Cameroun, avec à la clé un budget de 700 millions de francs CFA : «Quand vous venez de créer une agence de pub et que vous emportez une campagne de 700millions, cela relève du miracle», dit-elle en y repensant.

PREMIÈRES ARMES

Mireille Fomekong est née le 7 février 1974 à Douala. Son père est fonctionnaire et la famille voyage au gré de ses affectations. Elle passe une grande partie de son enfance dans le nord du Cameroun. A l’âge de 10ans, elle se retrouve à Yaoundé où elle vit en direct le putsch manqué d’avril 1984. Elle entame son cycle secondaire au lycée Joss de Douala avant d’intégrer le lycée de New-Bell. Elève précoce, elle entre en terminale à l’âge de 16 ans, mais peine à obtenir son baccalauréat, qu’elle ne décrochera qu’à la troisième tentative avec la mention «bien». Son diplôme en poche, elle suit le chemin que son père a déjà tracé pour elle en intégrant la faculté de droit de l’université de Douala, en 1993.
Soucieuse de son autonomie, elle obtient son premier emploi en tant que journaliste pigiste à Suelaba FM 105, à l’époque l’unique station FM de Douala. Elle travaille ensuite pour Le Messager, quotidien emblématique du Cameroun fondé par le non moins emblématique Pius Njawé, journaliste militant pour les droits de l’homme et la liberté de la presse au Cameroun, aujourd’hui décédé. Lors de son passage au Messager, elle réalise une interview de John Fru Ndi, homme politique et leader de l’opposition. Elle quitte ensuite le quotidien pour le journal Dikalo, où elle animera une rubrique féminine. En 1995, elle bénéficie d’une bourse du Centre de formation professionnelle des journalistes en France (CFPJ). Après deux années dans l’Hexagone, Mireille est de retour au pays.

NAISSANCE DE LA CHEF D’ENTREPRISE

Son passage au CFPJ lui a per-mis d’enrichir ses techniques rédactionnelles, un atout pour intégrer le monde de la pub. Recrutée par la filiale camerounaise de Nelson McCann, elle entre dans ce nouvel univers en tant que concepteur- rédacteur. L’entrepreneuse insiste d’ailleurs sur le caractère inédit de son embauche : « Avant mon recrutement, ce poste n’existait dans aucune agence de pub sur place. En fait, je suis le premier concepteur-rédacteur de pub au Cameroun », souligne-t-elle.
Sa carrière publicitaire est lancée. Après Nelson MacCann, elle entre chez Panafcom Young & Rubi-cam dont elle démissionne pour rejoindre l’agence B&C en 2001. C’est là qu’elle estime avoir développé des aptitudes de chef d’entreprise. Le patron de l’agence, régulièrement en déplacement, lui confie les clés du navire pendant ses absences : « Le fait d’avoir des responsabilités m’a permis d’acquérir la démarche managériale. » En 2004, elle quitte B&C après y avoir occupé le poste de directrice générale adjointe. L’année suivante, elle fonde Ascèse.
Le nom de l’agence renvoie délibérément au culte de l’effort, de la discipline, du don de soi et de la recherche de la perfection, dont Mireille Fomekong a fait une véritable éthique d’entreprise. Pour laisser libre cours à la créativité de ses équipes, elle dit attacher un prix à « l’irrévérence intellectuelle ». Elle se veut par ailleurs exemplaire quant au traitement de ses collaborateurs : « En dix ans d’activité, nous n’avons payé aucun salaire en retard. Tous nos employés sont payés par virement, inscrits à la prévoyance sociale et bénéficient d’une assurance maladie. »

DIFFICULTÉS ET AMBITION

Ce qui ne la place pas pour autant à l’abri des situations difficiles : « Les départs de collaborateurs importants qui se font débaucher par des multi-nationales sont des moments particulièrement stressants », explique-t-elle. L’accès aux financements constitue une autre épreuve : « Quand vous avez une campagne de 200 millions à mener et que le client vous paye plusieurs mois après, vous devez convaincre les banques de vous suivre et ça, c’est très, très difficile. »
D’autant que le secteur au sein duquel évolue Mireille est très concurrentiel. A côté des 60 agences régulièrement agrées, il faut en-core compter toute une batterie de francs-tireurs prêts à tout pour obtenir leur part du gâteau. Mais en dépit des difficultés et de la concurrence, l’avenir s’annonce plutôt favorable-ment pour Mireille Fomekong, qui sait pouvoir compter sur la confiance de plusieurs gros annonceurs : Unilever, Danone, les brasseries du Cameroun, le groupe d’assurances Saham, et tout récemment Canal+, avec lequel Ascèse vient de remporter un contrat sur appel d’offres.
A 42 ans, Mireille Fomekong assure assure être tout aussi motivée qu’il y a dix ans : «’J’ai un parcours en construction’», s’exclame-t-elle avec enthousiasme. Bien implantée au Cameroun, elle veut désormais s’étendre : « Nous espérons implanter une filiale d’Ascèse à Abidjan d’ici la fin de l’année. »

 Juin 2016

forbesafrique.com

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