mardi 22 septembre 2020
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Mohamed Hakim SOUFI, PDG de MacirVie : «  L’Insurtech, un vecteur d’émulation pour booster le secteur de l’assurance » 

Mohamed Hakim SOUFI, PDG de MacirVie : «  L’Insurtech, un vecteur d’émulation pour booster le secteur de l’assurance » 

L’accélération de la transformation du secteur de l’assurance est devenue irréversible. Les compagnies s’y emploient en misant sur les Insurtech pour booster leurs ambitions, à l’image des FinTech pour les services financiers et bancaires. Mohamed Hakim Soufi, PDG de MacirVie, compagnie d’assurance algérienne, nous livre son analyse.   

CIO Mag : En tant qu’acteur de l’assurance, comment jugez-vous le niveau de maturité numérique du secteur des assurances ?  

Mohamed Hakim Soufi : Nous sentons une évolution positive et un début d’ébullition du secteur numérique en Algérie, et encore davantage sur le continent africain. De très belles initiatives émergent, notamment au Rwanda, au Kenya et ailleurs. A ce titre, l’Afrique représente l’avenir de l’économie mondiale, en général et du numérique, en particulier. 
En ce qui concerne le secteur de l’assurance, nous constatons avec intérêt la transformation numérique du marché. C’est une exigence non seulement de notre époque, mais aussi une riposte à cette crise sanitaire.  L’on constate l’impact sur le comportement des clients, sur les services financiers en particulier et sur la méthodologie opérationnelle en termes de commercialisation des produits d’assurance.  
Ainsi, le contexte actuel de pandémie a démontré l’impérieuse nécessité de s’adapter aux circonstances. Ce changement est appelé à durer, voire à s’accentuer, dans le monde entier. Tous les acteurs sont amenés à favoriser la vente en ligne. Ce changement est en marche et se généralisera à travers le monde, à une rapidité et à des degrés différents. L’Algérie doit prendre sa part et la prendra.   

Dans ce processus, les FinTech sont beaucoup plus expressives que les compagnies d’assurance. Pourquoi ?   

En effet, les compagnies d’assurances « classiques » sont désormais concurrencées depuis l’apparition d’acteurs innovants, lesquels sont facteurs de disruption du marché de l’assurance. Cela dit, avec cette nouvelle réalité, les sociétés dites « classiques » sont elles-mêmes en voie d’adaptation et font pivoter leur modèle économique : digitalisation accrue, innovations sur les produits et les process, ainsi que sur la gestion des sinistres et des modes de fonctionnement. Ceci pour répondre aux attentes des clients algériens et pour apporter des innovations. A commencer par un autre niveau de services et par de nouveaux modes de souscriptions.   

Vous avez lancé The Bridge Corporation. Quels sont les atouts majeurs de cette start-up ?  

Elle permet d’automatiser, de centraliser et de simplifier l’ensemble de la gestion d’une compagnie, notamment d’assurance. Et ce, de la souscription au règlement des sinistres, jusqu’à la comptabilité, en passant par les ressources humaines.  

The Bridge Corporation, qui est un éditeur de logiciels, entend être un véritable tremplin pour l’Insurtech. Dans les deux cas, la start-up se positionne comme une solution algérienne aux problématiques de mise en place de logiciels de gestion des compagnies d’assurances. Très clairement, les compagnies d’assurances algériennes ont aujourd’hui une solution payable en monnaie locale et non en devises. Partant, nous lançons, suivons et faisons évoluer le processus de transformation numérique et construisons avec une équipe solide, présente sur le sol national, et qui dispose de toutes les compétences nécessaires.   

Notre facteur de différenciation avec d’autres entités, du même type, c’est que nos développeurs sont à la base des assureurs, des financiers et des juristes formés au codage. Ainsi, la traduction des exigences des compagnies locales en langage informatique est parfaitement claire et surtout, nous agissons de manière proactive vis-à-vis des évolutions des exigences du marché et des codes qui le régissent. Voilà où réside notre différence. C’est une entreprise qui a fait ses preuves en Algérie et pourrait, à moyen-terme, offrir des solutions innovantes dans divers pays, notamment en Afrique, où le potentiel de croissance est extraordinaire.  Par ailleurs, elle peut contribuer, par ses solutions, à améliorer la pénétration de la culture assurantielle en Algérie et sur le continent.  Enfin, c’est la seule société qui est exclusivement dédiée aux compagnies d’assurance. Nous sommes dans une approche d’hyper personnalisation à l’égard de nos clients.    

L’accès aux API (Application Programming Interface) des compagnies a permis l’émergence de solutions innovantes. Quelle serait votre approche dans ce domaine ?  

Si la question est de savoir si les sociétés d’assurances doivent ouvrir des API pour permettre à des start-up de se développer, comme pour les télécoms, la réponse est évidemment oui. Effectivement, que nous le voulions ou non, il va falloir mettre en place un écosystème dans lequel l’innovation sera reine. Et dans lequel les start-up répondront aux exigences d’originalité et de conceptions de nouveaux espaces de communication, de nouveaux produits et de nouveaux modes de commercialisation.   

A l’heure actuelle, les start-up peuvent insuffler un nouveau souffle aux acteurs et au marché, qui doivent absolument se réinventer. Quel fantastique message pourraient passer les compagnies d’assurances en ouvrant ce champ des possibles. L’accord passé, il y a quelques mois, entre l’assureur SAA et l’incubateur algérien IncubMe, prouve le bien-fondé de cette entreprise qui établit un lien entre ces deux univers.   

Les opérateurs télécoms cherchent à se diversifier et investissent les secteurs porteurs comme la FinTech, le microcrédit ou encore le mésocrédit. Comment voyez-vous cette concurrence ?  

La nature a horreur du vide. Nous sommes dans l’ère des plateformes et du « cross selling ». Plus aucun secteur n’est désormais épargné par l’arrivée de nouveaux entrants, qui n’avaient pas nécessairement le même profil. Des opérateurs téléphoniques se transforment en banque (Orange, par exemple), des sociétés automobiles en compagnie d’assurances (Tesla), des constructeurs de Smartphones éditent des cartes bancaires (Apple Pay), des opérateurs logistiques deviennent assureurs (Alexa d’Amazon) … Les exemples sont légions et ce n’est que le début.  La technologie, qui est transversale et touche tous les secteurs, induit indubitablement un bouleversement. On ne peut pas revenir en arrière. Les géants de la Tech vont devenir, et le sont déjà pour certains, les magnats de la finance.   

Pensez-vous que le digital puisse être un vecteur pour généraliser l’assurance de façon inclusive ?  

Sans nul doute. C’est même le vecteur qu’il faut absolument pouvoir maitriser en lançant, dès maintenant, le recrutement d’opérateurs maitrisant cette technologie et ces process, pour la simple et unique raison que tout se passe désormais sur votre smartphone. Le smartphone est désormais devenu une « extension de la main de l’homme ». C’est aussi et surtout la possibilité de bénéficier, au quotidien, de tous les services nécessaires à votre vie.    

Quand vous savez que plus de la moitié de la population mondiale navigue sur internet, qu’elle achète et consomme des biens et des services au travers du smartphone, l’impact est non seulement considérable, il est plus que vital. Il est indispensable de faire du digital une politique avec une vraie stratégie de croissance économique.   

Comment cela peut-il se produire ?  

En permettant aux compagnies de type Insurtech d’entrer en lice sur ce marché en pleine mutation, du fait de la crise sanitaire. Cette transformation fait apparaitre un nouveau type de clientèle, plus exigeante et beaucoup plus au fait des tendances technologiques dans ce secteur.   

Les Algériens veulent plus et il est de notre devoir, en tant qu’entrepreneur et assureur, de leur fournir davantage en qualité. Cela ne peut se faire qu’en abaissant le capital social exigé lors du dépôt du dossier d’agrément. Pour le reste, les conditions sont parfaitement acceptables en l’état actuel des choses. Ce sont donc les barrières d’entrée qu’il faut lever.   

Ces barrières sont de quel ordre ?   

Pour l’heure, le capital exigé pour la partie dommages est de 2 milliards de dinars et d’1 milliard de dinars sur la partie vie, soit 3 milliards au total pour pratiquer toutes les opérations. En réalité, aucune start-up locale n’est en capacité de présenter des garanties. D’autant plus que les fonds d’investissement ne financent pas, pour l’instant en Algérie, ce type de sociétés « from scratch ». De mon point de vue, c’est le véhicule qui permettra non seulement de faire de la croissance, mais aussi de créer de l’emploi afin de relancer le secteur. En apportant ces mesures d’accompagnement, il se créera une saine concurrence, laquelle pourra ainsi générer de l’émulation pour le marché algérien de l’assurance.    

Avoir une Insurtech sur le marché algérien des assurances serait une belle occasion de fédérer un bon nombre de services financiers et permettrait, in fine, de satisfaire à la volonté d’aller de l’avant.  

Quel est l’impact de la Covid-19 sur les transactions et plus globalement sur votre activité ?  

La planète entière a été impactée de manière dure et durable. Notre secteur, en Algérie, n’a pas échappé à ce qui est devenu une règle. Mais, lorsqu’on se demande qui ont été les grands gagnants, économiquement parlant, durant cette pandémie, il ne fait aucun doute que ce sont les sociétés technologiques.  Face à cette crise, la réponse est évidemment technologique. Voilà pourquoi les Insurtech font face à un avenir radieux dans le monde et surtout en Algérie.

cio-mag

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