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Mondialisation: “formidable opportunité” ou “danger” pour la France?

Mondialisation: “formidable opportunité” ou “danger” pour la France?

Fermetures d’usine ou gains de pouvoir d’achat: la mondialisation, au coeur du débat d’entre deux tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, a des effets constrastés sur l’économie française, qui souffre autant qu’elle profite de son ouverture au commerce international.

La “mondialisation sauvage met en danger notre civilisation”, assure la candidate frontiste, apôtre du “protectionnisme intelligent”. L’ouverture au commerce mondial est une “formidable opportunité”, estime à l’opposé le dirigeant d’En Marche!, chantre du libre-échange et pourfendeur du nationalisme.

Une dichotomie symbolique des espoirs et des craintes que suscite le phénomène dans la société française — l’une des plus réfractaires au commerce international, avec 74% de personnes hostiles à la mondialisation, selon un sondage Ipsos (PA:ISOS) publié en février.

A l’origine de ces réticences ? Les délocalisations et leur cortège de suppressions d’emplois, régulièrement à la Une de l’actualité, comme dans le cas du géant américain Whirlpool, qui a décidé de fermer son usine à Amiens (Somme) pour délocaliser sa production en Pologne à partir de juin 2018.

“Cela pose des questions politiques ou morales qui sont légitimes”, souligne à l’AFP Sébastien Jean, directeur du Centre d’étude et de recherche en économie internationale (Cepii), pour qui les salariés “ont l’impression de faire les frais” des politiques menées par les actionnaires.
Les délocalisations sont-elles pour autant un phénomène massif en France ? Selon une étude de l’Insee portant sur la période 2009-2011, 4,2% des sociétés ont délocalisé au moins une activité au cours de cette période, entraînant la suppression d’environ 20.000 emplois directs dans l’Hexagone.

“C’est à la fois peu au niveau macroéconomique, et localement ça peut être beaucoup”, commente Sébastien Jean, qui fait état d’effets particulièrement importants dans le secteur industriel, notamment le textile et la sidérurgie, soumis à la forte concurrence des pays à faible coût de main d’oeuvre.

Les chocs locaux sont extrêmement forts”, confirme à l’AFP El Mouhoub Mouhoud, professeur à l’université Paris Dauphine et auteur de “Mondialisation et délocalisation des entreprises”. Mais “ce qui détruit l’emploi, c’est davantage le progrès technique et les gains de productivité que les délocalisations”, ajoute-t-il.
Selon une étude du Trésor, la France aurait perdu ces dernières décennies près de deux millions d’emplois dans le secteur industriel. Mais “seules” 15% à 20% de ces suppressions d’emplois seraient imputables aux transferts d’usines à l’étranger, d’après plusieurs études.

- “compensation” -

La mondialisation, en outre, présente une série d’avantages pour l’économie tricolore, qui bénéficie à plein des débouchés offerts par son ouverture à l’international, notamment dans les secteurs du luxe, de la chimie, de l’aéronautique et de l’agroalimentaire.
La France, selon Bercy, compte actuellement 124.000 entreprises exportatrices, dont des poids lourds mondiaux, comme L’Oréal, Danone (PA:DANO) ou bien Safran (PA:SAF). Et malgré le creusement de son déficit commercial, l’Hexagone reste le septième exportateur au niveau international.

“Beaucoup de mini-secteurs et de PME, par exemple dans la pharmaceutique et l’électronique, ne peuvent se développer que parce qu’ils exploitent des marchés de niches au niveau mondial, comme les tables de radiologie”, explique à l’AFP Guillaume Daudin, professeur à l’université à Paris-Dauphine et chercheur affilié à l’OFCE.
D’après la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), la France se trouve par ailleurs dans le top 10 mondial pour les investissements directs étrangers (IDE). Ce qui stimule les créations d’emplois et les gains de productivité.

En France, “cinq millions d’emplois dépendent de l’international”, rappelle Sébastien Jean, qui voit dans la mondialisation une source importante de “progrès techniques”.
“Sans la croissance du commerce international de ces dernières décennies, nous aurions sans doute encore des ordinateurs portables Bull”, abonde Guillaume Daudin, pour qui “la France serait certainement moins prospère” sans mondialisation, synonyme de gain de pouvoir d’achat pour les Français.

D’après une étude du Cepii, si la France se fermait à tout commerce avec les pays émergents, la perte serait de 1.270 à 3.770 euros par an et par ménage. Sans compter les effets récessifs que cela pourrait entraîner.
“Ce n’est pas tant la mondialisation qui est en cause que la capacité des pouvoirs publics à anticiper les chocs”, met ainsi en garde El Mouhoub Mouhoud. Un avis partagé par Guillaume Daudin, qui juge nécessaire de “mettre en place des outils de compensation et de re-dynamisation” pour soutenir les “perdants” de la mondialisation.

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AFP

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