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Moussa Sillah (BID) « Nous souhaitons un relèvement du niveau de décaissement pour la réalisation rapide des projets

Moussa Sillah (BID) « Nous souhaitons un relèvement du niveau de décaissement pour la réalisation rapide des projets

Moussa Sillah, directeur régional de la Bid pour l’Afrique de l’Ouest : « Nous souhaitons un relèvement du niveau de décaissement pour la réalisation rapide des projets »

 

Le Groupe de la Banque islamique de développement (Bid), dont le siège est à Djeddah, en Arabie Saoudite, est l’un des plus grands partenaires de l’Etat du Sénégal. Depuis son adhésion à cette institution financière, le Sénégal a reçu plus de mille milliards de nos francs pour financer plusieurs projets. Son directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et, par ailleurs, ancien ministre du commerce Gambien, Moussa Sillah, revient, dans cet entretien, sur l’action de l’institution au Sénégal, ses priorités et son soutien à des projets phares du Plan Sénégal émergent (Pse).

Lors de la revue annuelle de coopération entre le Sénégal et le Groupe de la Bid, qui a eu lieu tout récemment à Dakar, vous aviez évoqué le faible niveau de décaissement des financements accordés à notre pays, avec un taux de 19 %. Que faudrait-il faire pour inverser la tendance ?
Il est vrai que le niveau de décaissement des projets de la Bid au Sénégal est « assez faible », mais c’est une information à relativiser. En effet, ce taux est d’abord faible par rapport à nos attentes et celles des autorités du Sénégal, mais surtout pas assez élevé pour répondre assez vite aux attentes multiples et multiformes des populations sénégalaises en termes d’infrastructures, d’énergie, de transport, d’assainissement et de santé, etc. Notre souhait donc, c’est un relèvement de ce niveau de décaissement afin que les projets puissent se réaliser le plus vite possible au bénéfice des populations. Il faut savoir que si la Bid approuve, par exemple, un projet de route pour des milliards de F Cfa et que cet argent reste dans ses comptes sans être transféré au Sénégal, il n’y aura pas de route et personne ne pourra en bénéficier. Cela prouve tout l’intérêt de voir le taux de décaissement augmenter.

Ceci nécessite évidemment des efforts et de la réactivité de toutes les parties prenantes : le gouvernement du Sénégal, la Bid ainsi que les agences d’exécution sans oublier que les procédures de mise en œuvre des projets et les délais, notamment des appels d’offres, sont assez longs et contribuent, à leur tour, à la lenteur de l’exécution des projets, en particulier dans leurs phases initiales, avant d’aboutir à la phase décaissement.

Ce dont nous avons convenu à l’issue de la revue annuelle du portefeuille, c’est donc le renforcement du suivi des projets des deux côtés, Bid et Etat du Sénégal, par la tenue d’une revue trimestrielle pour accélérer le rythme des décaissements. Il faut savoir que bien souvent, c’est l’agence d’exécution qui fait toute la différence entre un projet et un autre dans un pays. La maîtrise des procédures, le suivi rapproché et la réactivité de la part des responsables de projet peuvent éviter certains retards. Ainsi dans notre portefeuille, nous avons des niveaux de décaissement très variés en fonction des projets. L’objectif est de faire que tout le monde puisse s’aligner sur les bons élèves en tirant des leçons de leurs bonnes pratiques. En ce qui concerne notre institution financière, elle doit, à son tour, être assez réactive lorsque des demandes lui sont adressées ou lorsqu’elle a des avis à émettre. Du côté du gouvernement, il faut accélérer les procédures de la mise en vigueur des projets.

Comment jugez-vous ce taux de décaissement par rapport à celui de la sous-région ?
Dans la sous-région, nous avons noté des taux de décaissements bien en deçà des 10%. Comparé à son taux de 19 %, le Sénégal fait mieux et mérite donc un satisfécit. Cependant, nous pensons vraiment que le Sénégal peut faire plus, mieux et vite car le Sénégal a la capacité d’absorption nécessaire et des ressources humaines de qualité rodées aux procédures de notre institution. Et, c’est parce que nous avons cette conviction que nous avons tenu à affirmer, devant les autorités, que les agences d’exécution peuvent accroître leur niveau d’efficience dans la gestion de projets.

Quels sont les domaines prioritaires de votre partenariat avec le Sénégal ?
Les interventions du Groupe ont porté sur des secteurs variés de la vie économique et sociale du Sénégal. Ces interventions s’insèrent dans la stratégie de développement du pays pour apporter des réponses durables à des préoccupations essentielles de la population. C’est le cas des centrales de Bel Air et de Kahone qui fournissent une bonne partie de l’électricité au Sénégal et pour lesquelles l’accompagnement de notre Groupe a été décisif. C’est aussi le cas de plusieurs routes sur plusieurs corridors, dont l’une des plus récentes est la route Matam-Linguère, la construction de la Voie de dégagement Nord (Vdn). Notre institution financière est également intervenue dans l’agriculture, ainsi que les secteurs sociaux notamment l’éducation et la santé. Les autres membres du Groupe de la Bid sont aussi très actifs dans le pays et dans des secteurs stratégiques. Nous pouvons citer notamment la société islamique internationale du financement du commerce (Itfc), la filiale spécialisée dans le commerce international, qui a financé, dans le passé, la saison arachidière 2013-2014 de la Suneor et travaille actuellement sur le renouvellement de ce financement pour la saison 2016-2017 à hauteur de 75 millions de dollars américains. Itfc soutient également la Senelec avec une ligne de 60 millions de dollars américains, destinée à sécuriser ses approvisionnements en combustibles.

En 2011, la Bid avait développé, conjointement avec le gouvernement, un cadre de partenariat stratégique 2012-2015, centré sur le renforcement de la compétitivité, la productivité agricole et la chaine de valeur pour une nation émergente. Dans ce document, nous nous sommes mis d’accord pour privilégier les secteurs de l’agriculture et des infrastructures, notamment celles électriques et routières, pour permettre d’asseoir davantage la compétitivité du Sénégal et son insertion-intégration dans la sous-région. Ce programme étant arrivé à son terme, nous sommes actuellement en train d’élaborer un nouveau document de partenariat stratégique pour la période 2017-2020. En tant que partenaires, nous allons, ensemble, convenir des secteurs prioritaires à privilégier dans le court et moyen terme.

Êtes-vous globalement satisfait de la coopération entre votre institution et le Sénégal ?
Globalement, nous en sommes très satisfaits. Le Sénégal est l’un des premiers pays membres africains de la Banque, y ayant adhéré en 1976. Nous célébrons donc cette année une histoire de 40 ans. La qualité de notre coopération se reflète également à travers les montants approuvés par notre institution pour le Sénégal. Depuis sa création, le Groupe de la Bid, y compris les filiales du secteur privé, a approuvé des financements de plus de 2,4 milliards de dollars américains, environ 1.400 milliards de F Cfa. Ainsi, par son dynamisme, son engagement et son engouement pour établir un partenariat stratégique avec notre Groupe, le Sénégal s’est hissé au rang de premier partenaire de notre Groupe en Afrique au Sud de Sahara. Une autre marque de la parfaite collaboration entre notre institution financière et le Sénégal, c’est l’implantation du bureau régional à Dakar qui dessert 11 pays de la sous-région. A l’époque de sa création, beaucoup de pays avaient exprimé le souhait d’abriter ce bureau régional. Après évaluation, c’est Dakar qui a été retenue pour abriter ce bureau régional. Et ce depuis 2007.

Votre institution financière avait décidé d’accompagner le Sénégal dans le Pse. Comment se porte cette collaboration sur le terrain ?
Vous évoquez là une des pages les plus illustratives de l’excellence de la coopération entre le Groupe de la Bid et le Sénégal. Lors du Groupe consultatif, organisé par le gouvernement du Sénégal à Paris, en février 2014 pour la mobilisation des partenaires autour du Pse, la Bid avait été honorée d’être le premier à prendre la parole parmi les partenaires au développement. A cette occasion, notre institution financière avait annoncé un soutien de 1,1 milliard de dollars américains sur la période 2014-2018. A la date d’aujourd’hui, pratiquement à mi-chemin, nous sommes déjà allés au-delà de cet engagement parce que nous avons déjà approuvé un total de 1,14 milliard de dollars américains, environ 660 milliards de FCfa. C’est remarquable ! Nous continuerons à accompagner l’État du Sénégal pour la mise en œuvre du Pse que nous pensons être un plan très visionnaire et salutaire. C’est aussi cela qui a encouragé la Bid à l’accompagner.

Le Train express régional (Ter), un des projets phares du Pse, va bénéficier du financement de la Bid. Qu’est-ce qui vous a le plus poussé à appuyer ce projet?
La contribution de notre Groupe au financement du Train express régional est déjà acquise. En effet, le Conseil d’administration de notre institution financière du mois de juillet dernier a approuvé un financement de 300 millions d’euros (plus de 196 milliards de FCfa) pour ce projet, soit 42 % sur le coût total du projet. C’est un montant très important et c’est la première fois que notre institution financière accorde une telle somme pour un projet unique dans un pays de l’Afrique subsaharienne. La Banque estime que c’est un projet très important qui, avec l’ouverture du nouvel Aéroport International Blaise Diagne, va contribuer à désengorger Dakar et aider à la mobilité des personnes entre Dakar et sa banlieue. Au-delà de ces aspects, c’est un projet rentable qui va apporter beaucoup de bénéfice aux populations. C’est aussi l’illustration de la parfaite coopération entre le Sénégal et notre institution.

La finance islamique est en train de se développer au Sénégal. Peut-on s’attendre que Dakar devienne un « hub » de la finance islamique ?
Dakar pourrait bien être un hub pour la finance islamique si, toute fois, il existe une politique pour en faire un. Le Sénégal a, en effet, des avancées notoires dans ce domaine. Ce que je remarque, c’est l’engouement du secteur privé sénégalais pour le développement de la finance islamique. La Bid accompagne le gouvernement du Sénégal dans la promotion et le développement de l’industrie de la finance Islamique. C’est ainsi qu’elle a accompagné le gouvernement dans la formulation d’un projet de loi sur le « Waqf » (forme de don dans la finance islamique), qui a déjà fait l’objet d’adoption par le parlement. Elle travaille également avec le gouvernement pour la mise en place d’un « Waqf » destiné au secteur de l’éducation et la création d’une Institution de micro finance islamique. Il faut également souligner que la Société Islamique pour le développement du secteur privé (Sid), une filiale du Groupe de la Bid, a accompagné le gouvernement du Sénégal pour l’émission de Sukuk, c’est-à-dire l’emprunt obligataire islamique. La première opération avait permis au gouvernement de mobiliser 100 milliards de FCfa en 2014. Une deuxième opération de 200 milliards de FCfa vient d’être clôturée avec succès. D’une manière générale, nous avons noté également un engouement pour la finance islamique dans la sous-région. C’est une bonne chose. Notre institution financière accompagnera tous ses pays membres pour que chacun y développe les outils de la finance islamique bénéfiques à son économie, en particulier ceux contribuant au renforcement de la compétitivité et à la lutte contre la pauvreté. A cet effet, la Bid collabore étroitement avec la Bceao pour mettre en place les textes règlementaires idoines.

A ce jour, disposez-vous de moyens suffisants pour satisfaire la forte demande en financement des infrastructures dans les pays africains ?
En effet, depuis trois ans, nous avons constaté une augmentation des financements du Groupe de la Bid pour ses opérations en Afrique. Annuellement, la Banque a un budget qui dépasse les 5 milliards de dollars américain pour financer les projets dans ses différents pays membres. Contrairement aux autres bailleurs, pour nous, il n’y a pas de seuil particulier réservé, selon le pays. Le montant de financement, alloué à un pays membre, dépend de ses capacités d’absorption et de remboursement, de la soutenabilité de la dette globale, du risque, de la qualité des projets qui sont proposés, etc. Par ailleurs, notre banque fait partie du « Groupe de Coordination » qui regroupe plusieurs institutions multilatérales de développement dans le monde arabe et islamiques comme le Fonds saoudien, le Fonds Koweitien, le Fonds d’Abu Dhabi, la Badea, le Fonds de l’Opep, etc. Souvent, nous collaborons avec ces partenaires et d’autres partenaires en dehors du Groupe de coordination pour financer de gros projets. Le partage des compétences et des risques nous permet, à tous, de rester résilients et complémentaires. C’est aussi cela qui nous permet de combler les limites de nos moyens.

 Oumar NDIAYE / lesoleil.sn

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