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Mythes et réalités du ralentissement chinois

Mythes et réalités du ralentissement chinois

Après les « trente glorieuses » qui ont porté la Chine au premier rang mondial, les taux de croissance ont atteint un plus bas depuis vingt-cinq ans. Malgré une économie encore saine, beaucoup se demandent où va la Chine. Plusieurs indicateurs invitent toutefois à relativiser la gravité de la situation.

Des exportations en berne, un indice du secteur manufacturier (PMI) au plus bas depuis six ans, une déflation latente et une production d’électricité en hausse d’à peine 1 % en août : les indices économiques, en dépit d’un effort de relance soutenu du gouvernement, ne montrent aucun répit.

Depuis plus d’un an maintenant, l’économie chinoise donne des signes d’un ralentissement, certes souhaité par le régime communiste, mais qui commence à inquiéter tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

La deuxième économie mondiale est touchée par une ambiance mondiale morose et une demande intérieure stagnante. Elle est surtout engluée dans une surcapacité endémique qui touche l’ensemble de son industrie (ciment, acier, verre, immobilier) et une dette qui ne cesse de grimper pour atteindre 280% de son PIB. À titre d’exemple : le secteur de l’acier est en surcapacité de 300 millions de tonnes, soit presque trois fois la production annuelle de toute l’Union européenne…

La Chine ne sera plus l’usine du monde

Là-dessus s’est greffée une bulle boursière provoquée de toutes pièces par le gouvernement et qui a éclaté violemment cet été. Ainsi, la Bourse de Shanghai a-t-elle perdu 40% de sa valeur en deux mois. La communication calamiteuse du gouvernement, qui a cherché à tout prix à endiguer la baisse tout en pointant du doigt des boucs émissaires dans une mise en scène digne de son voisin nord-coréen, n’a rien fait pour rassurer les investisseurs. Sans parler de la fuite des capitaux : 130 milliards de dollars ont ainsi quitté la Chine en août.

« Nous sommes structurellement pessimistes sur l’économie chinoise à cause d’une triple bulle – du crédit, de l’immobilier et des investissements – et dont les symptômes ont été une déflation du PPI (indices des prix à la production), des prix de l’immobilier et un record des sorties des réserves de changes », écrivait le mois dernier le Crédit suisse dans une note à ses clients.

Pourtant, un ralentissement de la croissance a été voulu et annoncé par le nouveau tandem Xi Jinping-Li Keqiang (le Président et son Premier ministre), dès leur arrivée au pouvoir, il y a trois ans. Le concept de « nouvelle norme » a été maintes fois martelé à la presse et lors de chaque visite officielle. Le message est clair : la Chine va se réformer. Elle ne sera plus l’usine du monde ; la croissance à deux chiffres, c’est fini ! Elle sera désormais tirée par l’innovation et la demande intérieure.

En regardant de plus près les données économiques, il y a quelques bonnes nouvelles dans ce sens. Pour la première fois dans son histoire récente, l’industrie des services prédomine dans la composition du PIB. Si toute une partie de l’industrie traîne des pieds (ciment, acier, charbon), une autre (TIC, télécoms) résiste au ralentissement.

« L’industrie des télécommunications se porte bien. Elle est en pleine transformation. Il y a une forte hausse de la demande pour l’informatique en nuage, le traitement des mégadonnées… », selon Wang Jianzhou, ancien PDG de China Mobile et qui dirige aujourd’hui l’association chinoise des entreprises publiques.

Effectivement, la Chine a pleinement intégré l’ère digitale et, dans ce domaine, elle n’a rien à envier à l’Europe et aux États-Unis.

Des fondamentaux économiques solides

Pour ce qui est de la consommation des ménages, cette dernière est de plus en plus tournée vers des produits de bien-être : loisirs, cosmétiques, masques pour le visage (en hausse de 29% en juin) ; signe que les mentalités ont bien changé. Si la demande commence à être saturée dans les grandes villes telles que Pékin ou Shanghai, elle reste encore forte dans les villes de deuxième ou troisième rang où toute une partie de la population doit encore accéder au statut de classe moyenne.

« Les fondamentaux économiques en Chine sont encore solides. Le potentiel de croissance dans les villes est énorme. Nous estimons que la consommation va croître de 320 milliards de dollars cette année, dont la moitié via Internet », a déclaré Rich Lesser, président du Boston Consulting Group, lors du World Economic Forum qui s’est tenu dans la ville de Dalian le mois dernier.

D’ailleurs, à Dalian, les hommes d’affaires et analystes font tous le même diagnostic : l’économie se restructure et pour l’instant le ralentissement indéniable n’est pas inquiétant outre mesure. Le pouvoir, quant à lui, défend son bilan économique sans sourciller. Officiellement, le gouvernement n’est pas inquiet, même s’il admet que les reformes sont difficiles à mettre en oeuvre.

« Il n’y aura pas d’atterrissage brutal de l’économie chinoise. L’économie est en phase de transition. C’est un processus douloureux. Des hauts et des bas sont inévitables », a ainsi cherché à rassurer le Premier ministre Li Keqiang en septembre.

Pour l’instant, le gouvernement a résisté à un grand plan de relance par les investissements comme en 2008-2009, source aujourd’hui d’une grande partie de ses maux. Il s’est contenté d’annoncer des investissements publics précis (chemin de fer, HLM) et de baisser les taux d’intérêt et ceux des réserves obligatoires des banques.

« La Chine n’a pas besoin d’une relance massive. Il faut que le gouvernement relance l’économie juste assez pour laisser les nouveaux secteurs croître sans pour autant arrêter les réformes », explique Li Daokui, économiste de renom et professeur à l’Université de Tsinghua.

« La vraie question, c’est : la nouvelle économie va-t-elle compenser la destruction de l’ancienne ? », se demande André Loesekrug-Pietri, fondateur de A Capital, un fonds d’investissement européen présent en Chine et en Europe.

Un grand point d’interrogation…

Alors, qu’en est-il vraiment ? Jusqu’à quel point le pouvoir communiste maîtrise-t-il le ralentissement économique ? En fait, rares sont ceux qui peuvent réellement répondre à cette question. Tout au plus savons-nous que la croissance réelle de la Chine n’a pas atteint 7% au deuxième trimestre, comme l’a affirmé le bureau national des statistiques en juin. Une surévaluation des chiffres qui a valu à la Chine une réprobation publique du FMI… Les économistes la situent plutôt autour de 6%.

Aujourd’hui, c’est cette incertitude qui plane sur ce qui a été l’un des moteurs de la croissance mondiale des dix dernières années, qui rend la communauté internationale si nerveuse. Personne ne sait vraiment comment les décisions sont prises. La gestion de la crise boursière suivie par l’annonce surprise d’une dévaluation de la monnaie, montre toute l’opacité du système.

« En 2014, la Chine représente près de 40% de la croissance mondiale. Le marché chinois étant à présent le plus important dans un grand nombre de secteurs, c’est la première fois que quelque chose d’important en Chine comme le ralentissement de la croissance a des répercussions mondiales. C’est tout à fait historique », analyse André Loesekrug-Pietri.

« On était habitué aux humeurs du consommateur américain. Il va falloir s’habituer à éternuer lorsque le consommateur chinois s’enrhume. »

Si une partie des réformes ont été appliquées, notamment dans le domaine financier, le plus dur, c’est-à-dire restructurer les entreprises d’État, peu compétitives et qui accaparent une grande partie des ressources, reste à faire.

Mi-septembre, le gouvernement a bien annoncé un plan sur le sujet. Mais, comme d’habitude, on peine à comprendre ce qui sera appliqué ou non, et dans quelles conditions. Un éditorial virulent le mois dernier dans un journal officiel contre ceux qui rechignent à se délester de leurs privilèges laisse entendre que le pouvoir se heurte à de fortes résistances. Rappelons que certains patrons d’entreprises d’État ont le rang de ministre.

« Les réformes sont toujours difficiles. La réforme des sociétés d’État donnera un plus grand rôle au marché et offrira un vrai relais de croissance. Reste à voir maintenant si le gouvernement met en pratique ce qu’il a annoncé », conclut Rich Lesser.

Virginie Mangin
latribune.fr

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