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Naissance d’un nouveau géant des services pétroliers

Naissance d’un nouveau géant des services pétroliers

General Electric acquiert 62,5 % de l’américain Baker Hughes.
Les fusions annoncées en octobre aux Etats-unis représentent un record.

Qui a dit que les périodes électorales n’étaient pas propices aux fusions ? Les entreprises américaines ont annoncé en octobre des mariages représentant l’équivalent de 250 milliards de dollars – du jamais-vu aux Etats-Unis. Après Time Warner et ATT la semaine dernière, et les cigarettes Lucky Strike et Camel la précédente, ce sont encore deux nouvelles mégafusions qui ont été annoncées ce lundi aux Etats-Unis : l’une dans le secteur des télécoms (25 milliards de dollars entre Century Link et Level 3 Communications), l’autre dans celui de l’énergie. General Electric et Baker Hughes vont ainsi unir leurs activités pétrolières et gazières pour former le deuxième fournisseur mondial de services au secteur (pompes, compresseurs, etc.) derrière Schlumberger.

La nouvelle entité sera dirigée par Lorenzo Simonelli, l’actuel responsable du pôle Oil & Gas de GE. Elle représente un chiffre d’affaires global de 32 milliards de dollars. Elle a beau conserver le nom de Baker Hughes, c’est clairement GE qui sera aux commandes : il contrôlera 62,5 % de la nouvelle entité, moyennant le versement d’un dividende exceptionnel de 7,4 milliards de dollars aux actionnaires de Baker Hughes. L’opération est ainsi bien moins chère que si GE avait procédé à une acquisition pure et simple – Baker Hughes est actuellement valorisée à 24 milliards de dollars.

Des achats à bon prix

Avec ce rapprochement, GE vise des économies de l’ordre de 1,6 milliard de dollars à l’horizon 2020. Mais son objectif principal n’est pas là. Le conglomérat veut s’imposer comme un nouveau géant de l’énergie et profiter de la chute du prix du pétrole pour faire des achats à bon prix. GE a fait plus de 14 milliards de dollars d’acquisitions depuis 2007 pour faire grossir son pôle Oil & Gas. Celui-ci représente désormais son quatrième centre de revenus. Cela ne fait pas de GE un acteur de premier plan pour autant : il ne pointe qu’à la onzième place parmi les entreprises de services pétroliers. Mais ce rapprochement avec Baker Hughes le propulse dans une nouvelle dimension, en le hissant au second rang.

GE va ainsi surpasser l’actuel numéro deux, Halliburton. La situation est d’autant plus humiliante pour celui-ci qu’il avait tenté de racheter Baker Hughes il y a deux ans. Il avait dû y renoncer en mai dernier, face au refus des autorités de la concurrence de valider le deal. A priori, GE ne s’expose pas au même risque. « Les deux entreprises se chevauchent moins. Elles sont plus complémentaires », estime Jennifer Rie, analyste chez Bloomberg. Le contexte politique reste toutefois incertain, Hillary Clinton ayant promis de durcir le ton face aux mégadeals, qui bouleversent l’économie américaine depuis quelques années.

GE pouvait également craindre la réaction de l’investisseur activiste Nelson Peltz (Trian Partners), devenu depuis peu l’un de ses principaux actionnaires, avec 2,5 milliards de capital. « GE doit être plus discipliné dans ses acquisitions », commentait-il récemment, son seul souci étant d’optimiser les dividendes versés aux actionnaires. Mais, contre toute attente, Nelson Peltz a applaudi l’opération des deux mains : « C’est une excellente opération pour GE. Pour la première fois, ils vont pouvoir se frotter au leader du secteur, Schlumberger », a-t-il commenté ce lundi.

L’opération semblera d’autant plus pertinente quand le prix du pétrole remontera et encouragera la relance des projets d’extraction. Après un point bas au premier semestre (30 dollars), le baril de pétrole est déjà remonté aux alentours de 50 dollars. 2017 sera une année encore difficile, mais tous les espoirs sont permis ensuite.

Lucie Robequain,

Les Echos

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