jeudi 26 novembre 2020
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Ngozi Okonjo-Iweala, la dame de fer aux pieds d’argile

Ngozi Okonjo-Iweala, la dame de fer aux pieds d’argile

Elle pourrait devenir la première femme africaine à diriger l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce. La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala est en effet en compétition avec la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee. Elle a le soutien de l’Europe et de l’Afrique mais pas encore des Etats-Unis. Portrait de celle que ses compatriotes surnomment parfois « la dame de fer ».

Clip de promotion, conférences en ligne, interviews Ngozi Okonjo-Iweala ne ménage pas sa peine depuis des mois pour convaincre les 164 pays membres de l’OMC qu’elle est la mieux à même de diriger l’organisation.

« Je pense que je suis la bonne candidate. Je crois que l’OMC a besoin à sa tête d’un regard neuf, et ce afin de trouver des solutions, d’adopter de nouvelles approches, et de conduire les réformes. Et je pense être la seule candidate qui possède à la fois une expertise des questions commerciales et des décennies d’expérience au sein des organisations internationales. »

Il est vrai que son CV a de quoi impressionner. Deux fois ministre des Finances de son pays, ancienne numéro deux de la Banque mondiale, actuelle envoyée spéciale de l’Union africaine pour la lutte contre la pandémie, dirigeante du GAVI l’alliance mondiale pour la vaccination, Ngozi Okonjo-Iweala fait figure de candidate idéale, c’est du moins l’opinion de Gilles Yabi, fondateur du cercle de réflexion, Wathi.

« Je crois que c’est une femme qui est engagée, c’est une femme qui a un parcours international et un parcours national. Et cela la rend parfaitement capable d’assumer cette fonction. »

A 66 ans, l’ancienne étudiante d’Harvard, soigne son image… et pas uniquement ses célèbres fichus bleus, ses robes traditionnelles et ses lunettes cerclées. Sa réputation est au cœur d’un narratif savamment élaboré autour de quelques idées fortes. Une femme de fer, pourfendeuse de la corruption, courageuse et déterminée.

Mais l’histoire que Ngozi Okonjo-Iweala nous raconte n’est-elle pas un trop belle, s’interroge le chercheur Marc-Antoine Perouse de Montclos ? Notamment au regard de son action au sein du gouvernement du président Goodluck Joathan, jusqu’en 2015.

« Si on devait faire un bilan de sa mandature au début des années 2010, ce bilan serait négatif. Donc c’est un peu étonnant de voir qu’on la présente aujourd’hui comme quelqu’un qui va réformer l’OMC et permettre à cette institution de décoller. »

Pour le chercheur français, Ngozi Okonjo Iweala, n’a pas réussi à mettre en place le système anticorruption au sein de l’administration comme elle le souhaitait, c’est le président Buhari qui le fera quelques années plus tard. Ce qui faire dire au chercheur français que Ngozi a surtout servi de caution morale au régime de Goodluck Jonathan.

« C’était un peu la personne ressource que l’on présentait à  la communauté internationale, et qui séduisait beaucoup les diplomates occidentaux. Pour, disons, faire un peu oublier les turpitudes du président Goodluck Jonathan qui lui, en revanche ne s’est pas fait remarqué par sa bonne gouvernance, c’est le moindre que l’on puisse dire. »

Le politologue Gilles Yabi préfère quant à lui mettre en avant le courage d’une femme plongée dans un système politique à la fois complexe et impitoyable.

« Il n’y a pas vraiment de scandales que l’on puisse associer à sa gouvernance. Bien sûr, elle a accepté de jouer un rôle sous la présidence de Goodluck Jonathan, mais la question est de savoir, dans ce type de situation si l’on choisit d’y aller ou non. Et parfois, il y a aussi la volonté de servir son pays, d’apporter son expérience, tout en sachant que l’on risque de porter une part de responsabilité de l’administration à laquelle on appartient. »

Durant la longue campagne pour la direction générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala a fait preuve de combativité et de persuasion. L’Afrique partait en ordre dispersé avec quatre candidats, le président Buhari ne l’a soutenu que du bout des lèvres. Au final, elle a reçu l’appui de l’Europe et d’une partie de l’Asie, reste le 9 novembre prochain à vaincre un dernier obstacle : obtenir l’assentiment des Etats-Unis.

rfi

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