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Nissan : Hiroto Saikawa, le « Brutus » de Carlos Ghosn

Nissan : Hiroto Saikawa, le « Brutus » de Carlos Ghosn

L’homme fort du constructeur japonais a démoli en mondiovision Carlos Ghosn, qui l’avait pourtant adoubé. Portrait.

Tuer le père en public et sans prendre de gants. Adoubé l’an dernier dauphin officiel chez Nissan par Carlos Ghosn, Hiroto Saikawa a déboulonné lundi soir l’icône paternelle devant les télévisions du monde entier. Se disant « indigné », « frustré », « déçu », « désespéré », expliquant que les malversations commises par Carlos Ghosn « en personne » sont « intolérables », jugeant d’ailleurs que le dirigeant déchu avait fait beaucoup pour Nissan, mais que ce sont d’abord les salariés et leurs familles qui ont fait des sacrifices, dénonçant le « trop long règne » de « Ghosn-san » et son aspect par trop personnel , Hiroto Saikawa a voué aux gémonies son patron emprisonné. Dire que Carlos Ghosn estimait l’an dernier « pouvoir lui passer le relais en pleine confiance »…

Cela faisait pourtant une bonne quinzaine d’années que les deux hommes travaillaient ensemble . Hiroto Saikawa, entré dans le groupe nippon en 1977 après des études à la célèbre Université de Tokyo, avait donc vu débarquer en 1999 le « commando » Renault désigné par Louis Schweitzer pour remettre en selle Nissan, commando dirigé par Carlos Ghosn.

Exigeant, travailleur, Hiroto Saikawa est d’abord envoyé en Europe découvrir les arcanes de Renault et du Vieux Continent, puis intègre l’équipe chargée de revoir les achats de Nissan. Sujet sensible qui a valu à Carlos Ghosn son surnom de « cost-killer » : il s’agissait de défaire les liens parfois néfastes existant alors entre le groupe et ses fournisseurs, et de monter un système d’appels d’offres.

Cursus honorum

Repéré, notre homme part prendre la tête de Nissan Europe, puis traverse l’Atlantique en 2007 pour gérer les affaires américaines du groupe – une division cruciale pour la maison nippone. Ce qui lui offre, au passage, l’occasion de maîtriser parfaitement la langue de Donald Trump, chose aussi compliquée pour un Japonais que pour un Français. Un parcours propre qui lui permet de devenir directeur général de Nissan en 2017 , quarante ans après son entrée dans le groupe.

« Il a vécu avec moi tout le processus de transformation de Nissan. Je lui fais entièrement confiance. Il pense ce que je pense. Et en plus, il est Japonais, ce qui peut être mieux », résumait Carlos Ghosn, qui le préfère alors à Andy Palmer ou Trevor Mann (sachant que l’autre candidat japonais, Toshiyuki Shiga, avait été évincé en 2013).

Premier signe de son indépendance d’esprit et de ses vues japonaises, Hiroto Saikawa avait étonné la partie française de l’Alliance Renault-Nissan en mai dernier, lorsqu’il avait expliqué qu’ une fusion avec Renault n’était pas à l’ordre du jour , ce qui était pourtant la mission donnée à Carlos Ghosn par l’Etat français. Mais ce n’était rien par rapport au tour qu’il vient de jouer.

Julien Dupont-Calbo
lesechos

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