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Nissan solidaire de Renault dans son bras de fer avec l’Etat

Nissan solidaire de Renault dans son bras de fer avec l’Etat

Ce n’est pas encore une déclaration de guerre. Mais Carlos Ghosn ne relâche pas la pression contre l’Etat. Jeudi 23 avril, le conseil d’administration de Nissan Motor s’est réuni pour évoquer la montée du gouvernement français dans le capital de Renault, intervenue début avril, et a décidé de prendre fait et cause pour son partenaire tricolore.

« Le conseil d’administration de Nissan a examiné en détail les événements de ces dernières semaines et a unanimement décidé de soutenir les décisions prises par le conseil d’administration de Renault qui s’est tenu le 16 avril 2015 », indique le groupe japonais dans un communiqué.

Lors de ce conseil, la direction de Renault avait réitéré son souhait de voir adoptée la résolution numéro 12 lors de l’assemblée générale de l’ex-Régie, prévue le 30 avril. Celle-ci prévoit de rejeter l’adoption des droits de vote double, prévus par la loi Florange, un dispositif censé lutter conte les spéculateurs mais décrié par les investisseurs.

Pour M. Ghosn, PDG de Renault, mais également de Nissan, accorder des droits de vote double à certains des actionnaires de l’ex-Régie risque en effet de remettre en cause l’équilibre des participations entre les deux constructeurs : Nissan détient 15 % de Renault mais sans droits de vote, alors que le français contrôle 43,7 % du japonais avec les droits de vote associés.

Dans un communiqué à l’issue de son conseil du 16 avril, Renault rappelait ainsi que « la pérennité et le succès de l’Alliance [la structure qui réunit les deux constructeurs] sont, depuis son origine en 1999, basés sur un équilibre des participations ». « L’équilibre entre les deux principaux actionnaires de Renault [doit être] maintenu lors de la prochaine assemblée générale ou restauré après celle-ci », précisait également le constructeur.

« Pas dans une logique d’escalade »

Cette amicale pression n’a – pour l’instant – pas fait frémir Emmanuel Macron, le ministre de l’économie, qui est à la manœuvre. Mercredi 22 avril, Bercy a confirmé que l’Etat avait porté sa participation de 15,01 % à 19,74 % au capital de Renault, afin de s’assurer que la résolution numéro 12 serait bien repoussée lors de l’assemblée générale de Renault. Le rejet des droits de vote double devant être adopté par les deux tiers des voix exprimées, une minorité de blocage d’un tiers suffit pour qu’ils soient adoptés.

« Cette opération marque à la fois la volonté de l’Etat de défendre ses intérêts en tant qu’actionnaire, en pesant en faveur de l’instauration de droits de vote double dans la gouvernance de Renault, et le caractère stratégique qu’il attache à sa participation au capital de cette grande entreprise industrielle », a justifié l’Agence des participations de l’Etat dans un communiqué.

Néanmoins, M. Macron a assuré que l’Etat revendrait, après l’assemblée générale, les actions Renault, qu’il a achetées début avril, afin de revenir au niveau initial de 15 % de détention du capital. Mais pas question non plus de descendre en-dessous, comme le réclament certains proches du constructeur.

L’achat d’actions Renault par l’Etat « ne préfigure en aucun cas un mouvement durable à la hausse ou à la baisse sur sa participation au capital de l’entreprise », a précisé l’APE.

« L’Etat n’est pas dans une logique d’escalade [avec M. Ghosn] et sa montée temporaire au capital de Renault n’est en rien hostile à la stratégie du constructeur, assure une source au sein de l’exécutif. Mais l’Etat n’est pas non plus un actionnaire passif et entend faire valoir son point de vue. » Un partout, la balle au centre ?

Par Cédric Pietralunga et Philippe Jacqué
lemonde.fr

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