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Nollywood se cherche encore en Afrique francophone

Nollywood se cherche encore en Afrique francophone

Nollywood est un phénomène cinématographique inédit en Afrique. Développée au Nigeria depuis les années 1990, cette industrie du film à bas budget – davantage connue pour sa quantité plus que pour sa qualité – n’a de cesse de s’exporter à l’étranger par DVD, VOD ou, plus récemment, par le biais de chaînes télévisées spécialisées comme Iroko TV et Nollywood TV.

Né dans le pays le plus peuplé du continent (177 millions d’habitants), Nollywood s’est d’abord développé à l’intérieur de ses frontières, créant un public local, avant de séduire la diaspora puis, in fine, attiser la curiosité de l’extérieur.

Impressionnés par l’argent généré par ce business d’entrepreneurs autodidactes, nombreux sont les acteurs ou réalisateurs à s’être intéressés de près à ce phénomène qui inonde les écrans. « Au Nigeria, les gens viennent étudier notre cinéma alors qu’en Afrique du Sud, les gens se déplacent pour coproduire », regrette ainsi le Nigérian Didi Chika. Invité en novembre 2014 au festival Afrikaméra de Berlin, ce critique de cinéma avait exprimé son étonnement face aux coproductions toujours pensées avec des financements du Nord plutôt que dans une synergie africaine.

Une union linguistique difficile

Pourtant, le Nigeria est parvenu à attirer des pays tels que le Ghana, le Kenya et l’Afrique du Sud et des acteurs américains comme Thandie Newton (Half of a Yellow Sun) et Isaiah Washington (Doctor Bello). Pays anglophone ancré dans une région majoritairement francophone – le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun lui sont frontaliers – le Nigeria souffre encore d’une barrière linguistique.

« Il est difficile pour les pays d’Afrique de s’unir à cause de la langue, analyse le critique de cinéma Shaibu Husseini. Même le Fespaco [Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, au Burkina Faso, N.D.L.R.], qui s’est établi comme une plateforme des cinéastes africains, compte très peu de films anglophones dans sa sélection. »

La coproduction semble avoir fait défaut au réalisateur Kunde Afolayan. Son film historique October 1, une enquête policière durant la période où le Nigeria recouvrait son indépendance, fait partie des films rejetés par le Festival de Cannes, vitrine mondiale du cinéma.

« Un membre d’un comité de sélection m’a dit que c’était le meilleur film d’Afrique qu’il ait vu, témoigne Kunde Afolayan. Il m’a informé que nous étions dans la short-list. Mais nous n’avons pas été sélectionnés. J’ai compris que c’était parce que le film n’avait pas de coproducteur européen. » Depuis, October 1 est distribué via la plateforme VOD américaine Netflix, sous-titré en dix langues. Une victoire pour Kunde Afolayan dont le film a circulé dans des festivals en Egypte, en Grèce et aux Etats-Unis.

« Les Nigérians envoient »

En Afrique francophone, Nollywood existe par le biais de DVD qui ont envahi les étals des marchés ou qui sont proposés par des vendeurs ambulants. Mais bien que les réalisateurs et producteurs nigérians aient compris l’utilité du doublage ou du sous-titrage pour atteindre de nouveaux territoires, cette distribution n’est pas maîtrisée : « La plupart de nos films qui sont vus en Afrique francophone sont piratés. Le revenu des ventes ne revient pas aux réalisateurs nigérians », a confié le réalisateur nigérian Mahmood Ali Balogun, à l’occasion de la Nollywood Film Week de Paris (du 4 au 7 juin).

L’influence de Nollywood est telle que des cinéastes francophones se sont également lancés dans la production de longs-métrages à bas budget visant la rentabilité locale plus que l’exportation internationale. C’est le cas au Burkina Faso où les salles de cinéma projettent des films de qualité discutable mais qui attirent le public. « Nous sommes en train de labourer les mentalités de la jeunesse avec des films au rabais et aux mœurs légères », déplore Emmanuel Sama, critique de cinéma burkinabé.

Pourtant, un vrai business s’est créé autour de ce phénomène. La chaîne Nollywood TV, lancée en 2013 par la société de distribution Thema, propose un contenu de fictions africaines à près de 25 pays d’Afrique par le biais du bouquet Canal+. Depuis décembre 2014, la comédienne française Greta Mensah a doublé une centaine de films nigérians pour cette chaîne. Prêtant sa voix aux actrices nigérianes Mercy Johnson et Venita Akpofure, Greta Mensah double parfois jusqu’à huit films par semaine.

« Les Nigérians envoient. C’est assez difficile à suivre mais à force d’en faire, on prend l’habitude. Il faut beaucoup d’énergie car les personnages sont souvent agités. Le plus dur, c’est quand ils pleurent ou déversent des insultes », souligne-t-elle avant d’ajouter que Nollywood pourrait être un moteur pour l’Afrique francophone. La comédienne estime toutefois que « certaines histoires ne sont pas pertinentes, mais les autres nous touchent et donnent une vision de l’Afrique intéressante. »

Claire Diao
lemonde.fr

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