Accueil / Développement / Obama rédige son testament climatique dans le magazine Science

Obama rédige son testament climatique dans le magazine Science

Obama rédige son testament climatique dans le magazine Science

Au sortir de son second mandat, le président sortant délivre un message à la fois convaincu et apaisé à son successeur, insistant sur les bénéfices économiques et politiques que représente le climat pour les Etats-Unis.

L’avantage du système politique américain, c’est qu’il permet à chaque président de définir sa propre politique, pour atteindre les objectifs fixés pour le pays. Le sujet de la lutte contre le changement climatique n’y fait pas exception. C’est ce que souligne Barack Obama, dans un long article à paraître le 13 janvier prochain dans le magazine Science. S’efforçant de dépolitiser le débat, il affirme que la politique du président Trump sur le sujet ne doit pas nécessairement ressembler à la sienne, évoquant la multiplicité des voies et des mécanismes à actionner.

PIB américain en hausse, émissions de CO2 en baisse

Mais la plus grande partie de l’article vise à rappeler le bien-fondé pour le pays d’une politique de lutte contre le changement climatique sur un plan économique. Pour ce faire, le président sortant évoque le découplage observé depuis 2008 entre l’évolution du PIB et celle des émissions, qui mettent en évidence une diminution de 18% de l’intensité carbone de l’économie, dans une période où le PIB augmentait de 10%. Il rappelle qu’une hausse des températures de 4°C (qui nous guette si nous n’agissons pas) entraînerait une chute de ce PIB de l’ordre de 4%, et affirme que les investissements nécessaires à la transition énergétique sont modestes au regard des bénéfices qu’elle produirait.


Deux fois plus d’emplois dans l’efficacité énergétique que dans les énergies fossiles

Réduire les émissions de CO2 génère de meilleurs résultats financiers pour les entreprises grâce aux économies réalisées, des coûts plus bas pour leurs clients et de meilleurs dividendes pour leurs actionnaires. Barack Obama cite notamment les projets d’efficacité énergétique, insistant sur les ressources supplémentaires dont disposent les entreprises ayant opté pour ce type de stratégie (telles qu’Alcoa ou encore General Motors) et qu’elles peuvent investir ailleurs. Il n’oublie pas d’illustrer son propos sur le plan des emplois, rappelant que le design, la fabrication ou l’installation de produits et services d’efficacité énergétique occupent 2,2 millions d’Américains, à comparer avec seulement 1,1 million d’emplois dans les énergies fossiles.

Progrès technologiques et forces de marché

A propos d’énergie, Obama rappelle les évolutions de coûts enregistrées pendant son mandat : -41% pour l’éolien, -54% pour le solaire en toiture et -64% pour les centrales solaires au sol. Rien d’étonnant dès lors à ce que les plus grands groupes américains (à l’instar de Google ou Walmart) se tournent de plus en plus vers les renouvelables. Dans le même temps, le gaz est passé de 21% à 33% du mix énergétique.

Tout en rappelant le rôle des politiques publiques dans ces évolutions, le président sortant reconnaît qu’elles sont avant tout le fruit des progrès technologiques et des forces de marchés. C’est d’ailleurs pour cette raison même qu’il ne croit pas à la résurrection des centrales à charbon promise par le candidat Trump.

Obama mise également sur les Etats poursuivant une politique volontariste en matière climatique. Si le cas californien est particulièrement médiatisé, ce sont, affirme-t-il, 40% des émissions nationales qui émanent de ces Etats.

Défendre son rang dans le leadership climatique

Mais ce sont aussi des arguments géopolitiques que Barack Obama adresse à son successeur à la Maison blanche pour le convaincre de ne pas sortir de l’Accord de Paris : le pays s’éjecterait alors lui-même de la table des négociations internationales, et du droit afférent à réclamer des comptes aux pays ayant pris des engagements en la matière, et qui représentent les deux-tiers des émissions mondiales.

Obama conclut son article en insistant sur la nécessité pour les Etats-Unis de se fixer des objectifs de réduction de leurs émissions sur le long terme, de manière à donner aux entrepreneurs et investisseurs la visibilité nécessaire pour investir dans les technologies bas-carbone.

Des conseils qui ont d’autant plus de poids un an après une COP21 dont le succès est largement dû au duo formé par la Chine et les Etats-Unis, et alors que Pékin profite du risque de vide laissé par l’élection de Trump pour renforcer son leadership climatique aussi bien sur les plans économique que politique…

 

Dominique Pialot
latribune

Aller en haut