jeudi 22 août 2019
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Open Sky africain une «aubaine» qui peine à fédérer

Open Sky africain une «aubaine» qui peine à fédérer

Officiellement lancé le 28 janvier 2018, le marché aérien commun en Afrique (Mutaa) ou Open Sky, inscrit parmi les douze projets prioritaires de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, avance à petits pas. A ce jour, seuls 28 pays sur 54 y ont adhéré, s’engageant à appliquer la décision de Yamoussoukro du 14 novembre 1999, en acceptant de complètement libéraliser les services de transport aérien à l’intérieur du continent africain, de libérer l’accès au marché, les droits complets de trafic de première, deuxième, troisième, quatrième et cinquième libertés pour les services aériens réguliers et pour le fret aérien des compagnies qualifiées, tels que stipulés par l’accord. Le dernier en date est le Cameroun qui a rejoint l’entente le mardi 29 janvier 2019, ce qui a rejoui la Commission africaine de l’aviation civile (CAFAC).

Selon l’accord, les États africains signataires doivent faire sauter les obstacles fiscaux à la fois pour les passagers et les compagnies aériennes. Seulement, jusqu’à présent, parmi les signataires, seuls deux l’ont pleinement mis en œuvre.

L’on note par là le grand intérêt des pays africains disposant de grandes compagnies à voir la Mutaa se concrétiser, à l’image de l’Éthiopie, de l’Égypte ou encore de l’Afrique du Sud qui y voient une aubaine pour perpétuer leur domination sur le ciel africain. Une exception cependant,  le Maroc traine encore le pas, semblant redouter la concurrence des autres grandes compagnies et, de ce fait,  préfèrant protéger les intérêts de la compagnie nationale, la Royal Air Maroc, qui pourrait se voir prendre des parts de marché sachant qu’elle opère actuellement sans concurrent sur l’écrasante majorité de ses lignes africaines.

Ainsi, annoncé comme le projet phare du siècle pour l’industrie aéronautique du continent, la libéralisation du ciel du continent pourrait permettre aux compagnies africaines d’occuper une meilleure place au niveau mondial, même si ces dernières ne représentent, selon les dernières estimations de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), que 3% du trafic aérien mondial. Aussi, l’Afrique ne capitalise actuellement que 2,2% du trafic mondial, alors que les autres continents enregistrent de meilleurs chiffres.

Cette situation semble découler du fait que, comparativement aux autres, les compagnies aériennes africaines supportent les coûts opérationnels les plus élevés au monde. L’on note par exemple des  coûts de carburant prohibitifs, des taxes et autres charges, des  régimes douaniers « exagérés » et des  environnements monopolistiques.

L’un des facteurs qui semblent maintenir l’Afrique dans cette place non enviable dans le marché aérien mondial est la taxe de l’Etat, qui avec son coût onéreux, a une incidence sur le prix du billet d’avion de la compagnie aérienne. A noter que la fiscalité et la parafiscalité africaines, dans le secteur aérien, sont constituées d’une moyenne de douze redevances et taxes différentes. D’où le coût élevé du voyage à l’intérieur même des frontières africaines. Il faut compter par exemple une moyenne de 100 dollars sur le billet d’avion pour les pays d’Afrique centrale, contre des moyennes de quatre-vingt-quatre dollars pour l’Afrique de l’ouest, soixante dollars pour l’Afrique de l’est, quarante dollars pour l’Afrique australe et trente-cinq dollars pour l’Afrique du nord.

Dans ce sillage, la connectivité intra-africaine enregistre son plus bas niveau en 10 ans et n’atteint que 43% en 2018, contre 46,6% en 2007. Pendant ce temps, l’Europe affiche  67% contree79% pour l’Asie du Sud-Est (ANASE) et  78% pour l’Amérique du Nord. Et encore, loin de ces performances, l’Association du transport aérien international (IATA) note que l’Afrique restera la région aérienne la plus faible du monde en 2019.

L’on peut aussi se poser la question de savoir si le manque de contrôle strict des subventions publiques accordées aux compagnies aériennes sur le continent par les autorités étatiques et indirectement par les aéroports n’y est pas pour quelque chose. Un laxisme qui a comme conséquence une concurrence déloyale qui a le don de maintenir élevé les coûts du transport aérien intra-africain.

Récemment réunie dans la capitale éthiopienne (Addis-Abeba), les 10 et 11 février, pour les besoins du 32ème sommet de l’UA, la Commission de l’Union africaine (UA) entend faire adhérer au moins 40 États membres de l’Union à l’entente. Un an plutôt, le président togolais Faure Gnassingbé avait été désigné par ses pairs pour conduire l’opérationnalisation du Mutaa, en fédérant les pays hésitant au processus de libéralisation des transports aérien sur le continent. Des actions qui ont essentiellement porté sur le plaidoyer pour que tous les États membres rejoignent le marché ou encore l’harmonisation des accords sur les services aériens entre les États. Dans ses  conclusions, l’envoyé spécial togolais entend,  à travers ce processus, permettre aux compagnies africaines d’avoir une place prépondérante sur le marché africain, de réduire les coûts des obstacles réglementaires à l’interconnexion des villes, d’harmoniser les accords sur les services aériens entre les Etats, de renforcer les capacités des Etats membres et cellules, et enfin, renforcer l’agence d’exécution.

En principe, une fois mis en place, le Mutaa stimulera les investissements transfrontaliers dans les industries de production et de services, y compris le tourisme. Seulement, la mesure inquiète les compagnies aériennes locales et son application est menacée par le déséquilibre qui existe entre les différents marchés. En effet, environ 70 % du ciel africain est dominé par des compagnies étrangères.

Pourtant, l’ouverture des marchés et l’accroissement de la connectivité de 12 pays africains clés signifieraient pour ces derniers la création de 155 000 emplois supplémentaires et un PIB annuel de 1,3 milliard de dollars, note l’IATA. Les voyages aériens sans restriction à l’intérieur du continent devraient aussi contribuer à promouvoir le commerce et les investissements transfrontaliers sur le continent.

Réunis à Kigali en février dernier à l’occasion du Sommet de l’aviation, les experts exhortent les décideurs à dépolitiser le secteur, mettre fin à la souveraineté et soutenir financièrement les compagnies aériennes afin de renforcer la coopération entre les blocs.

Pour rappel, les vingt-huit pays qui ont ratifié le MUTAA à ce jour sont l’Afrique du Sud, le Bénin, le Burkina Faso, le Botswana, le Cameroun, le Cap-Vert, la République centrafricaine, la République du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, l’Éthiopie, le Gabon, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Lesotho, le Libéria, le Mali, le Mozambique, le Niger, le Nigeria, le Rwanda, la Sierra Leone, le Swaziland, le Tchad, le Togo et le Zimbabwe.

Amadjiguéne Ndoye

financialafrik

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