samedi 26 septembre 2020
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OPINION : Un nouvel outil pour exploiter l’essor de la finance islamique en faveur du développement des infrastructures

OPINION : Un nouvel outil pour exploiter l’essor de la finance islamique en faveur du développement des infrastructures
La finance islamique pour favoriser le financement des infrastructures

Le marché mondial de la finance islamique a récemment franchi le cap des 2 000 milliards de dollars d’actifs et devrait atteindre environ 3 500 milliards d’ici à 2021 (a). Un essor qui ne surprendra probablement pas grand monde parmi les lecteurs de ce blog, compte tenu du rôle de ce secteur dans le financement des infrastructures.

Selon les estimations de la Banque mondiale, les pays en développement pourraient, en y consacrant 4,5 % de leur PIB, atteindre leurs objectifs de développement durable en matière d’infrastructures tout en limitant le réchauffement climatique à 2 °C.  D’où l’intérêt de recourir de plus en plus à la finance islamique, dont les principes, fondés sur des valeurs de justice sociale et de progrès de l’humanité, se prêtent tout particulièrement au développement de projets de partenariat public-privé (PPP) à fort impact social et environnemental.

L’actualité récente

Voici un aperçu de récents développements qui sont importants pour le secteur de la finance islamique et pour l’élargissement de l’accès aux services d’infrastructure dans le monde entier.

Expansion de la finance islamique en Afrique : en septembre dernier, Moodys a publié le rapport Islamic Finance – Africa: Robust performance and strong sukuk issuance support Islamic banking in Africa(disponible sur abonnement), qui retrace la croissance de la finance islamique sur le continent africain (a) et prédit une année 2020 particulièrement productive. Ce rapport souligne la résilience des banques islamiques, même face à des environnements opérationnels difficiles dans de nombreux pays africains, et suggère que ces banques continueront probablement à afficher de bonnes performances, voire des résultats encore meilleurs si le contexte s’améliore. Toutefois, pour exploiter tout le potentiel offert par la finance islamique, les pays africains doivent adapter leurs systèmes financiers et leurs cadres juridiques, de manière à faire place à ce système de financement parallèle, recenser les projets susceptibles de s’y prêter et recourir aux bonnes structures.

Le G20 et l’Arabie Saoudite : l’Arabie saoudite, qui préside le G20 depuis le mois dernier, va accorder une importance de premier plan aux infrastructures. Le programme de la présidence saoudienne (a) est largement axé sur les énergies propres, la gestion de l’eau et la place de la technologie dans l’infrastructure. Or l’Arabie saoudite est l’un des pays du monde les plus familiers de la finance islamique et son bilan en matière de développement d’infrastructures financées à travers ces fonds est remarquable. Par exemple, la capacité de l’aéroport de Médine est passée de 5 à 8 millions de passagers par an grâce à un PPP conforme à la loi islamique. La présidence et le programme de l’Arabie Saoudite sont donc pour le monde l’occasion de mettre en lumière et d’apprendre les bonnes pratiques de la finance islamique pour les PPP d’infrastructure.

L’initiative chinoise des « nouvelles routes de la soie » : la Belt and Road Initiative est un vaste programme d’investissement couvrant une centaine de pays et axé sur les infrastructures de transport et d’énergie. Sachant que plusieurs pays participants sont majoritairement musulmans et ont un intérêt ou une expérience dans le développement de la finance islamique — notamment le Bangladesh, l’Égypte, le Kazakhstan, le Liban, le Pakistan et l’Ouzbékistan —, cette initiative recèle des perspectives prometteuses pour le secteur bancaire islamique (a).

Les dernières nouveautés

Afin d’accompagner cette montée en puissance de la finance islamique, la Banque mondiale vient de publier un guide de référence qui vise à renforcer la capacité des entités de PPP à mobiliser ce mode de financement pour répondre au besoin crucial de projets d’infrastructure dans le monde en développement.

Intitulé en anglais Reference Guide: Islamic Finance for Infrastructure PPP Projects, ce guide est le fruit d’une nouvelle collaboration avec la Banque islamique de développement et s’appuie sur un précédent rapport publié en 2017 (Mobilizing Islamic finance for Infrastructure PPPs). Ce rapport définissait les enjeux de la finance islamique pour les PPP d’infrastructure : de quoi s’agit-il ? À quoi servent-ils ? Il a permis de sensibiliser à la fois les professionnels en infrastructures et les pays en développement à l’intérêt du recours à la finance islamique comme ressource supplémentaire pour combler le déficit d’infrastructure .

Le nouveau guide de référence approfondit le mode de fonctionnement de la finance islamique et des PPP d’infrastructure, dont la méconnaissance est à notre avis un obstacle majeur à l’utilisation de ce levier, comme nous le soulignions dans notre dernier billet (a). Il aide à l’intégration de la finance islamique dans les PPP d’infrastructure en proposant :

Des études de cas qui illustrent concrètement le recours à la finance islamique, souvent en parallèle avec la finance conventionnelle, comme source de fonds supplémentaires pour un projet de PPP. À travers ces exemples, nous présentons l’utilisation des différentes structures de la finance islamique, en décomposant les dispositions juridiques qui les accompagnent et en expliquant de manière détaillée leur interaction avec le financement conventionnel.

Des modèles juridiques, élaborés avec des juristes expérimentés, pour les principaux accords relatifs aux structures utilisées pour les PPP à financement islamique et décrites dans le guide de référence (y compris celles des études de cas).

Nous espérons que, grâce à ces outils pratiques, les investisseurs et les entités de PPP du monde entier renforceront leurs capacités à conclure des projets d’infrastructure conformes à la charia, en contribuant ainsi à tirer parti des vastes possibilités offertes par la finance islamique. Le guide de référence sera présenté à l’occasion de divers événements régionaux importants tout au long de l’année afin d’en faire connaître le message.

 

Ashraf Bouajina

Consultante, Finance des infrastructures, PPP et Garanties (Banque Mondiale)


Sara Ahmed

Chargée des opérations (Banque Mondiale)

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