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Orange en 2020 : recherche croissance, désespérément

Orange en 2020 : recherche croissance, désespérément

Le PDG Stéphane Richard estime qu’il aura réussi son plan stratégique à 5 ans « Essentiels 2020 », présenté ce mardi, si l’opérateur parvient à retrouver la croissance en 2018. En attendant, le chiffre d’affaires va continuer à baisser cette année, tout comme le résultat brut opérationnel, et l’an prochain également, une nouvelle fraîchement accueillie par les marchés financiers. Décryptage.

« Essentiels 2020 » est, comme son nom l’indique, un plan sur cinq ans… mais la plupart des objectifs financiers présentés mardi par le groupe Orange se situent en 2018, car l’horizon des investisseurs est clairement plus court. Et les marchés financiers n’ont de toute évidence pas été très enthousiasmés par le nouveau plan de Stéphane Richard : l’action Orange cédait plus de 3% mardi à la mi-séance (-2,28% en clôture). L’accélération des investissements dans la fibre, la nouvelle expérience client « incomparable » promise, les diversifications dans la banque mobile et les objets connectés : les grandes annonces n’ont pas compensé la déception sur les perspectives financières, pouvant se résumer en un mot, « décroissance. » Il faudra en effet attendre trois ans pour constater une inversion de tendance.

« En 2018, notre groupe aura retrouvé un chiffre d’affaires supérieur à celui de 2014, à périmètre constant » a annoncé Ramon Fernandez, le directeur financier d’Orange.

Le chiffre d’affaires de l’opérateur (39,4 milliards d’euros en 2014) diminuera encore cette année et l’année prochaine, lorsqu’il atteindra son « point bas », en France la stabilisation est plutôt prévue « à partir de 2017. » Du côté du résultat brut d’exploitation (Ebitda), le point bas devrait être atteint cette année (12,2 milliards d’euros en 2014). Le « retour de la croissance en Europe » est espéré en 2016.

« Si l’on a retrouvé la croissance en 2018, c’est que l’on aura réussi notre plan » a confié Stéphane Richard en aparté après la présentation. « Depuis que je suis arrivé en 2009, je n’ai pas connu un seul trimestre de croissance. Aucun de mes pairs européens non plus [les autres opérateurs historiques NDLR]. Mais nous ne sommes pas loin de la stabilisation » a-t-il ajouté, optimiste.

« Il ne faut pas oublier qu’un nouvel entrant a divisé les prix par deux en France. Cela n’est pas arrivé dans les autres métiers d’infrastructure comme l’électricité ou le ferroviaire. Et nous nous sommes adaptés » a fait valoir le PDG.

Transition technologique et changement de modèle

Plusieurs phénomènes se conjuguent, mêlant transition technologique et évolution du modèle économique de l’opérateur télécoms historique.

« Il s’agit de construire un nouveau modèle de réseau, avec une nouvelle boucle locale fixe en fibre, qui succédera à la boucle locale en cuivre » a expliqué le directeur financier.

L’ex-monopole, qui a hérité du réseau téléphonique traditionnel en cuivre, déploie actuellement son réseau de nouvelle génération en fibre optique « d’une durée de vie de plusieurs décennies. » Il va investir 4,5 milliards d’euros dans la fibre entre 2015 et 2018. Dans le compte de résultats, cette transition a plusieurs effets : certes les abonnés à la fibre (563.000 sur 10 millions de clients au haut débit fixe) « rapportent » un peu plus, 5 euros en moyenne par mois par rapport à un abonné ADSL et près de 7 euros en 2018 dans les prévisions d’Orange, car ils consomment plus de vidéos à la demande, de jeux, etc. Mais dans le même temps, les activités traditionnelles déclinent, avec « la baisse inévitable des revenus voix sur le réseau téléphonique commuté (RTC) », par opposition à la voix sur Internet (IP) depuis une Box en ADSL : d’ailleurs, « à partir de fin 2017 en France, Orange ne commercialiserait plus que des offres de services voix de nouvelle génération exclusivement sur IP. » Les recettes de la connectivité aux entreprises vont aussi baisser.

Le chemin vers la fin du cuivre se traduira par une baisse des revenus tirés du dégroupage, à court terme de SFR qui va migrer une partie de ses abonnés vers le réseau de Numericable, et à long terme parce que Free et Bouygues vont migrer aussi leurs abonnés de l’ADSL vers la fibre (en co-investissant avec Orange notamment).

Fin de l’itinérance de Free Mobile… et de la guerre des prix ?

Autre source de revenus considérables : « l’itinérance nationale en France », comprendre le contrat conclu avec Free, qui va « décroître à partir de 2015 avant son arrêt quasi-total en 2018» a indiqué le directeur financier, sans chiffrer ce manque à gagner, tout de même estimé autour de 750 millions d’euros par an par les analystes.

« Au total, entre la perte de chiffre d’affaires de SFR et la disparition de l’itinérance de Free, c’est sans doute près d’un milliard d’Ebitda qui s’évapore » s’inquiète un analyste, qui ajoute « forcément le marché est un peu déçu. Le groupe annonce à nouveau 3 milliards d’euros d’économies, ce qui est colossal, mais l’Ebitda ne sera supérieur à celui de l’an dernier qu’en 2018… »

Les marchés financiers espéraient vivement une « consolidation », un rapprochement entre opérateurs mobiles français, ce qui a porté le cours d’Orange l’an dernier (qui a signé la meilleure performance du CAC 40 en 2014), mais la certitude a cédé le pas au doute alors que Bouygues affirme ne pas être vendeur de sa filiale télécom et que Free assure que « rien ne se fera », même si Numericable-SFR et sa maison-mère Altice soufflent le chaud et le froid. La crainte d’un retour de la guerre des prix, qui rognerait encore le chiffre d’affaires et les marges du groupe en France, refait même surface.

« Notre plan ne prend pas en considération d’éventuelles consolidations en France, ce qui est à ce titre prudent, ni non plus une autre rupture brutale sur les prix en France » a répondu Delphine Ernotte-Cunci, la directrice exécutive d’Orange France sur ce point.

La croissance grâce à l’Afrique

En attendant un éventuel retour à trois opérateurs mobiles en France, Orange garde les yeux rivés sur les pays voisins, où il poursuivra la convergence fixe-mobile, comme en Espagne où il est en passe d’acquérir l’opérateur fixe Jazztel, mais aussi l’Afrique.

« Notre terrain de jeu, c’est l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient » a déclaré Stéphane Richard.

La croissance en Afrique et au Moyen-Orient devrait être d’environ 20% entre 2014 et 2018 et celle de l’Ebitda de la zone « encore supérieure. » Le groupe va d’ailleurs créer une holding dans laquelle il regroupera tous ses actifs dans la région (20 pays), afin de leur donner une meilleure « visibilité .» L’opérateur a aussi identifié deux relais de croissance ciblés, la banque mobile et les objets connectés, qui doivent générer 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2018. Ce qui devrait compenser à terme la disparition prévisible des recettes de certaines activités historiques.


Revivez le live Orange spécial Essentiels2020… par Orange

Delphine Cuny
latribune.fr

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