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Ousmane Amadou Sy: «L’Afrique doit d’abord croire en elle-même»

Ousmane Amadou Sy: «L’Afrique doit d’abord croire en elle-même»

A la tête de l’agence d’appui-conseil OASYS, Ousmane Amadou Sy est l’anti-thèse de l’afro-pessimisme. Par la force du talent, de l’organisation et sa capacité à dénicher les hommes et les femmes qui font la fierté de l’expertise africaine endogène, le promoteur sénégalais est parvenu à se faire un nom dans le domaine de l’appui-conseil aux projets de développement sur le continent. Comme la plupart d’entrepreneurs africains, la reconnaissance est d’abord venue de l’international, sur les marchés de l’assistance technique internationale où seule la compétence prime. Le Sénégal et l’Afrique d’une manière générale ont eu beaucoup de mal, comme d’habitude, à lui faire confiance, habitués à importer l’expertise. Financial Afrik est allé à la rencontre de cet homme qui estime qu’il faut avant tout que nous africains, apprenons à avoir confiance en nous-mêmes. Entretien.

Pouvez -vous revenir sur votre parcours et l’histoire de la naissance d’OASYS et ses domaines d’expertise?

Personnellement, je me définis comme un acteur/agent du développement qui agit auprès des communautés. Bien que je sois diplômé en Finances et Comptabilité auprès de l’une des plus prestigieuses écoles supérieures du Sénégal de l’époque (ENSUT), c’est dans le monde des ONG que j’ai obtenu mon premier poste d’employé permanent, précisément comme comptable au niveau de l’ONG ANCS (Alliance Nationale des Communautés pour la Santé). Au bout de sept années d’activités pendant lesquelles j’ai sillonné toutes les 14 régions et les 45 départements du Sénégal (excepté Foundiougne qui est le seul département du pays où je n’ai pas encore mis les pieds) et des pays de la sous-région (Burkina Faso, Nigeria, Cote d’Ivoire), le siège de l’Alliance Internationale VIH/SIDA m’a recruté comme chargé d’assistance technique aux programmes de terrain avec poste basé à Brighton (en Angleterre).

Pendant quatre ans (2005-2009), j’ai acquis une certaine expérience de l’appui technique de niveau international car j’avais un portefeuille de pays allant de l’Inde à Haïti en passant par le Bengladesh, les Philippines, l’Ukraine, le Madagascar, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le Liban sans parler des pays francophones et anglophones de l’Afrique de l’Ouest que j’appuyais également.

En Septembre 2009, pour des raisons personnelles, je décide de rentrer au Sénégal parce que j’avais la ferme conviction que je servirais mieux en étant plus proche du terrain où se déroulent les projets et initiatives de développement pour l’émergence de l’Afrique. C’est ainsi que dès décembre 2009, j’ai fait enregistrer au Sénégal une société dénommée OASYS SARL et depuis lors nos menons notre petit bonhomme de chemin sur le marché international de l’assistance technique et du conseil, notamment dans le secteur de la sante. Actuellement, nos domaines d’intervention vont au-delà du secteur de la santé et englobent les problématiques de l’environnement et du développement durable, les questions de formation professionnelle et d’insertion socio-économique des jeunes, l’autonomisation des femmes, l’agro-business, etc.

OASYS offre des services couvrant tout le cycle de gestion d’un projet: planification stratégique et opérationnelle, système de suvi-évaluation et de gestion des performances, mise en place de systèmes et outils de gestion des financements et subventions des bailleurs de fonds, gouvernanceet Oversight des projets et programmes, etc. Nous facilitons aussi pour le compte de nos clients certains processus complexes liés au changement organisationnel: approches nouvelles d’intervention, concepts et techniques d’innovation pour plus d’efficacité et de performances, création et animation de plateformes et forums d’échanges,etc.

En définitive, avec l’appui technique et les conseils d’OASYS, le bailleur de fonds, l’Etat ou le bénéficiaire d’un projet/programme de développement a les services et prestations à la carte qui lui permettent d’avoir une qualité dans ses interventions et surtout d’atteindre les résultats escomptes. Tous les experts et consultants qui collaborent avec OASYS savent qu’ils sont appréciés sur la base d’un seul credo : innovation-qualité-performance.

Vous intervenez sur plusieurs pays africains et avec plusieurs institutions de renom dans les projets/programmes de développement. Quels sont les facteurs de succès qui vous ont permis de diversifier votre portefeuille?

Le label d’OASYS s’est vendu sur la base de la qualité des ressources humaines que nous proposons aux clients. Nous faisons très attention au profil de l’expert/consultant que nous mettons dans nos offres de services ; par exemple en faisant une lecture critique du CV pour détecter les moindres incohérences dans le cursus académique et professionnel et identifier le type d’expérience pratique de terrain que le consultant va nous apporter dans le cadre d’une mission. Nous prenons en compte ce que la consultant a concrètement fait jusqu’à date, ce qui le met en pole position ? Nous évaluons son parcours pour voir s’il a effectivement conçu, développé ou produit dans le passé quelque chose en lien avec la mission. Cela peut être un outil, une approche ou un document de référence.

Pour me résumer, un expert/ consultant d’OASYS doit apporter «une valeur ajoutée», un savoir-faire et une compétence distinctive que le client n’a pas au moment ou il fait appel à nos services. C’est ce qu’on appelle au sein de notre équipe interne un modèle d’expert/consultant OASYS!

On dit souvent que les entreprises originaires d’Afrique, subsaharienne de surcroît, doivent déployer deux ou trois fois plus d’efforts pour se frayer un chemin sur le marche international. Quel est votre sentiment sur cet état de fait?

Je dois avouer que la compétition est rude sur le marché de l’assistance technique au niveau international, car c’est encore une « chasse gardée» de quelques firmes occidentales qui pistent les projets financés par les gouvernements du Nord (Etats-Unis, France, Allemagne, Angleterre, Luxembourg, etc.) depuis les métropoles jusqu’au dernier dollar dans les pays récipiendaires. Curieusement, je rencontre très souvent des africains à des postes de décision stratégique dans les agences/institutions nationales ou internationales de développement qui continuent de penser que tout ce qui est qualité de service, innovation ou service bien fait ne peut provenir que d’experts ou de firmes au dehors des frontières de l’Afrique. A mon avis, c’est la pire attitude qu’on puisse avoir si on doit porter l’émergence et le devenir du continent.

Il est temps de croire en nous-mêmes et de faire confiance à l’offre de services conçue et fournie par les africains ! Cela dit, je concède qu’il existe en Afrique, dans certains milieux et secteurs, ce que certains qualifient d’experts/consultants «cartables» à qui on ne connaît ni existence physique, ni déclaration fiscale, ni prestation d’assistance technique digne de ce nom et qui souvent raflent des marchés juteux en sous mains et fournissent de piètres livrables aux clients et ceci au détriment de l’intérêt général et de la cause de l’émergence du continent. Mais au niveau d’OASYS, nous avons une vision futuriste de l’appui-conseil qui consiste à mobiliser l’expertise africaine et endogène (qui satisfait tous les standards de qualité et d’excellence) pour accompagner les politiques d’émergence économique et sociale encours sur le contient. C’est cela l’alpha et l’oméga de notre mission.

OASYS a eu la chance de commencer son positionnement stratégique sur le marché de l’assistance technique par le niveau international en obtenant la confiance de grands acteurs du développement tels que l’USAID (Etats Unis), la coopération française (à travers le projet Initiative 5%), la coopération allemande (projet BACKUP Sante), le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme, l’Alliance mondiale pour la vaccination (Gavi), l’Alliance Internationale VIH/SIDA, etc. Je dois dire que certains clients potentiels en Afrique ont commencé à nous prendre au sérieux juste parce qu’ils se sont aperçus qu’OASYS était déjà sous-contractant de grandes agences de développement du Nord. Cela vous dit tout sur combien il est difficile aux africains de prendre résolument les
contours de leur développement en mains. Mais je suis optimiste car je vois les lignes bouger petit à petit par rapport au rôle de l’appui-conseil dans les projets en cours sur le continent.

OASYS s’est imposé par le mérite. Quelles sont vos nouveaux défis et vos objectifs pour les cinq ans à venir?

A la fin 2013, nous avons entamé un processus de projection stratégique de la société à l’horizon 2020. Nous nous sommes dotés d’un business plan appelé OASYS 2020 qui est
décliné en 3 phases: la transformation organisationnelle, la consolidation des acquis et la diversification des marchés.

Aujourd’hui, notre principal défi est d’aller à la conquête d’autres secteurs d’activités et d’autres institutions partenaires. C’est pourquoi au Sénégal, nous sommes résolument engagés dans notre partenariat avec le nouveau Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et Territoires frontaliers (PUMA) lancé tout récemment par le Président de la République du Sénégal. C’est dans cet ordre d’idées que nous avons approché le PRODAC (Programme des Domaines Agricoles Communautaires) et que nous initions présentement avec le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance un projet pilote d’autonomisation de la femme.

Toutes ces initiatives nous permettent de nous positionner au-delà du secteur de la sante qui a été notre niche d’affaires jusqu’ici. Je lorgne également sur des institutions africaines comme la BAD, la BOAD, l’UEMOA, la CEDEAO et certaines agences dédiées de l’Union Africaine pour voir dans quelle mesure ces organisations peuvent collaborer avec des firmes de consulting émergentes sur le continent comme OASYS. C’est un point principal de mon agenda de travail au cours des prochaines années. Aussi, nous avons au sein d’OASYS une réflexion interne sur le maillage géographique de la sous-région avec des filiales en vue dans au moins deux pays d’Afrique de l’Ouest avant fin 2020.

Disposez -Vous des ressources humaines qualifiées pour mener à bien votre Plan de Développement ?

Le recrutement et le maintien de ressources humaines de qualité est un défi majeur: que ce soit le personnel permanent ou les experts/consultants, notre politique sociale et contractuelle est de les mettre dans des conditions confortables de travail au bureau et auprès de nos clients sur le terrain. Cela demande des ressources et des réserves qui ne peuvent provenir que d’un rythme et d’un volume d’activités optimum. Or la consultance est par définition une activité aléatoire et ponctuelle qui évolue en fonction des besoins et de la demande de la clientèle. On ne peut appuyer ou conseiller que quand on est sollicité, quelque soit par ailleurs la promotion et le marketing de l’offre de services qui peuvent être déployés en amont. C’est aussi dans notre « business ethics » de ne pas forcer les portes, même si dans certaines situations, on n’est convaincu de la valeur ajoutée qu’on peut apporter aux projets et programmes qui sont mis en oeuvre.

Adama Wade
financialafrik

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