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Patrick Drahi : l’irrésistible ascension d’un « tycoon » des télécoms

Patrick Drahi : l’irrésistible ascension d’un « tycoon » des télécoms

Avec le rachat du câblo-opérateur américain Suddenlink, le patron d’Altice poursuit sa conquête du monde.

Petit câblo-opérateur deviendra grand. Avec le rachat de l’américain Suddenlink et ses 1,5 million de clients, Patrick Drahi poursuit sa conquête du monde. Après la France, Israël, la Belgique, la République Dominicaine et le Portugal, ce globe-trotter du câble prend pied sur l’un des marchés les plus lucratifs au monde, et s’assure une place de choix à la table des magnats mondiaux des télécoms, à l’instar de son mentor John Malone, le patron de Liberty Global. Au passage, le PDG d’Altice réussit là où son vieil ennemi, Xavier Niel, a échoué : le patron de Free a tenté l’an dernier de racheter l’opérateur T-Mobile US, en vain .

Que de chemin parcouru pour ce polytechnicien qui démarchait encore ses clients en porte-à-porte au début des années 90 pour vendre du câble dans la région de Cavaillon ! C’est en Provence que tout a commencé pour Patrick Drahi. Après avoir travaillé quelques années chez Philips, ce passionné de télécoms se lance dans l’aventure du câble en créant un petit opérateur local (Sud Câble Services). Ce sera la base de la construction de son futur empire et de son immense fortune. Convaincu que le câble est l’avenir des télécoms, à contre-courant de nombreux experts, il va patiemment racheter et assembler la multitude de câblo-opérateurs locaux existant en France, dont la plupart sont en fâcheuse posture.

Incollable sur la technologie, Patrick Drahi se révèle être un financier hors pair, maniant avec perfection l’art du LBO, le rachat par endettement. Il sait aussi s’attirer les faveurs des investisseurs. Les fonds d’investissement Cinven et Carlyle seront d’une aide précieuse pour bâtir sa holding du câble. A la fin des années 2000, malgré quelques déconvenues commerciales et financières, le nouvel ensemble Numericable règne sur le câble français. Lorsqu’il se lance dans la bataille pour SFR, l’an dernier, le discret patron est quasiment le seul à croire en ses chances. Il ravira finalement l’opérateur pour 13 milliards d’euros (plus 4 milliards en février dernier), au nez et à la barbe de Bouygues Telecom, pourtant soutenu par une bonne partie de l’establishment.

Commando

Chez SFR, Patrick Drahi gère les affaires comme il a l’habitude de le faire dans ses autres entreprises : réduction de coûts à tous les étages (sauf dans le réseau), pression sur les prestataires, mise sous tension des équipes… Tout est bon pour faire remonter du cash et rembourser l’énorme dette contractée pour le rachat. Quitte même à laisser partir des clients. La méthode fait grincer des dents en interne . Mais elle permet au nouvel ensemble d’améliorer les bénéfices début 2015. Et les marchés financiers applaudissent.

Pour mener à bien ses affaires, le milliardaire, qui passe sa vie entre Genève et Tel-Aviv, s’appuie sur une équipe de quelques personnes seulement chez Altice. Des hommes de confiance, adeptes du « management hélicoptère » : ces dirigeants font régulièrement des sauts de puce dans les filiales de la holding pour suivre leur développement et donner les consignes. Reste à savoir si ces méthodes permettront au nouveau tycoon français des télécoms, qui étend aussi son influence dans les médias, de s’installer dans la durée aux Etats-Unis. S’il veut s’attaquer au géant Time Warner, il faudra peut-être troquer « l’hélicoptère » contre le « super jumbo ».

Romain GUEUGNEAU
lesechos.fr

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