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Pékin change de braquet pour soutenir le crédit

Pékin change de braquet pour soutenir le crédit

Les taux de réserves obligatoires des banques sont abaissés d’un point.Une mesure dont l’amplitude traduit l’inquiétude des autorités.

Fini le saupoudrage, la banque centrale chinoise passe la vitesse supérieure. En annonçant, dimanche en fin de journée, qu’elle allait diminuer dès ce lundi le taux des réserves que les banques doivent obligatoirement mettre de côté pour le porter à 18,5 %, la Banque populaire de Chine (PBoC) a frappé plus fort que précédemment. La baisse, d’un point de pourcentage, est la plus marquée depuis la fin 2008, période de violent stress en pleine crise financière internationale. Dans le détail, elle est même plus forte encore, car la PBoC l’a accompagnée de mesures spécifiques pour les banques rurales ainsi que pour diverses institutions, afin de doper un peu plus la capacité de crédit de ces dernières. Au final, environ 1.200 milliards de yuans (180 milliards d’euros) vont ainsi être injectés dans l’économie.

A l’évidence, le cycle d’assouplissement monétaire s’accélère. Depuis novembre, les taux d’intérêt ont été revus à la baisse à deux reprises, tandis que celui relatif aux réserves obligatoires était réduit de 0,5 point de pourcentage en février dernier. Ce train de mesures s’explique, avant tout, par le contexte macroéconomique.

Sombres statistiques

Le Premier ministre, Li Keqiang, vient d’ailleurs de se rendre personnellement dans les sièges sociaux de quelques grandes banques afin de les exhorter à mieux financer l’économie réelle. La semaine dernière, Pékin a annoncé que sa ­croissance n’avait atteint que 7 % au premier ­trimestre, soit la plus mauvaise performance depuis 2009. Derrière ce chiffre décevant, une batterie de ­statistiques tout aussi sombres ­confirmait la tendance : la production industrielle a connu, en mars, son plus mauvais score depuis la fin 2008, et la croissance des ventes de détail, de même que celle de l’investissement, se sont établies à des niveaux également faibles. Pour Pékin, il est donc urgent, désormais, de se montrer à la hauteur de l’enjeu. Si l’objectif d’une croissance d’environ 7 % cette année doit être atteint, il faudra pour cela soutenir l’activité, ce qui passe en premier lieu par un coup d’accélérateur au crédit.

Mais il existe aussi des explications plus strictement monétaires à ce geste fort de Pékin. Au moins deux risques pèsent sur le niveau de liquidités dans le système financier ­chinois. Le premier découle en partie de la situation conjoncturelle. Au premier trimestre, le niveau de réserves de change de la PBoC a chuté de 251 milliards de yuans, du jamais-vu. Un vrai défi pour le pays : alors que sa base monétaire a longtemps été alimentée par des flux de capitaux entrants, ce mouvement est en train de s’inverser.

Un autre phénomène menace de peser sur le niveau de liquidités. Pékin a annoncé un programme de refinancement d’une partie des ­dettes des gouvernements locaux. Portant, à ce stade, sur un montant d’un millier de milliards de yuans, il s’agira de convertir des emprunts à courte échéance en obligations, garanties par l’Etat, émises à plus long terme et à des taux moindres. Problème : en tant que piliers du ­système financier, ce sont surtout les banques qui devront acheter ces titres, ce qui ne manquera pas de pénaliser leur capacité de crédit. Plutôt que de dynamiser généreusement l’économie réelle, une partie des liquidités débloquées par Pékin risquent donc de venir financer le début du lourd processus de désendettement de l’économie chinoise.

Gabriel Gresillon / Correspondant à Pékin
lesechos.fr

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