Accueil / Portraits / Portrait: Laureen Kouassi-Olsson l’Afropolitaine de la finance

Portrait: Laureen Kouassi-Olsson l’Afropolitaine de la finance

Portrait: Laureen Kouassi-Olsson l’Afropolitaine de la finance

Spécialiste reconnue du capital investissement et du secteur financier en Afrique, la Franco-Ivoirienne Laureen Kouassi-Olsson parcourt l’ensemble du continent pour oeuvrer au développement pérenne du tissu économique local. Portrait d’une femme de coeur.

Timbre de voix feutré, débit parfaitement maîtrisé au service d’une réflexion structurée où la suffisance n’a pas de droit de cité : Laureen Kouassi-Olsson capte d’emblée l’attention de ses interlocuteurs. En Afrique ou en Europe, à l’occasion d’une levée de fonds de plusieurs centaines de millions d’euros ou lors d’un échange avec un patron d’une TPE dans un pays du continent, cette spécialiste du capital investissement possède, à 32ans, la paisible assurance que lui confère sa carrière –déjà– dense et prestigieuse. Et fait fructifier un talent rare. Celui de « l’écoute attentive pour interpréter les mentalités », trouver les mots justes et concevoir des dispositifs financiers innovants.

« Mon parcours doit autant à la détermination qu’à la chance„», assure-t-elle. Ivoirienne née et élevée à Abidjan, Laureen Kouassi-Olsson a étudié en France. « Pendant mon enfance, j’ai été frappée par le manque de développement des entreprises de mon pays, notamment du fait de leurs difficultés à accéder aux financements. J’ai toujours eu la volonté “de devenir un trait d’union entre l’Afrique et l’Europe” afin d’accompagner les entrepreneurs africains à relever les défis de leurs marchés.»

Après une classe préparatoire à HEC puis deux années à l’école de commerce EM Lyon, elle obtient le Graal de l’époque: un stage dans la banque d’affaires Lehman Brothers, division fusions et acquisitions, à Londres, été 2005. « Pendant mes études supérieures, je souhaitais développer mon expertise dans l’évaluation d’entreprise et le conseil financier. Je savais que ce bagage me serait indispensable pour contribuer au développement de l’entrepreneuriat africain. »

Embauchée l’année suivante, avant même d’être diplômée, dans le saint des saints de la finance internationale, elle se prend au jeu de ce monde feutré mais impitoyable. Laureen Kouassi-Olsson excelle en golden girl. « J’ai intégré une équipe qui a travaillé sur 40% des plus importantes fusions, acquisitions et entrées en Bourses européennes entre 2006 et 2007.»

​RENOUER AVEC SES RACINES

La crise des subprimes ébranlera toutes ses convictions, ses ambitions et ses valeurs. « Une remise en question n’existe que par rapport à ses pairs. Or, le monde que j’admirais et que je croyais indestructible vacillait devant mes yeux. Jusqu’à l’effondrement financier de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, j’ai survécu dans un environnement d’une rare dureté. Je me suis construit une carapace et j’ai appris à ne compter que sur moi-même en travaillant jour et nuit. »

Puisque ce qui ne tue pas rend plus fort, Laureen Kouassi-Olsson décide que ces « milliers d’heures passées dans la banque d’affaires multinationale » n’ont pas été vaines. Sans regret ni amertume, elle quitte donc cet univers feutré et déshumanisé pour concrétiser son désir originel: la finance africaine. Elle refuse le poste londonien qu’une banque d’affaires lui propose. Elle sillonne le continent pendant un an pour appréhender les problématiques macroéconomiques. « J’ai formé bénévolement des équipes dans des structures financières, des petits fonds de capital investissement. Je voulais transmettre mon savoir, comprendre, pour devenir une experte de l’Afrique. »

En Afrique du Sud, elle fait la connaissance d’un membre de Proparco, filiale de l’Agence française de développement, et acteur important du développement du continent. Cette rencontre se révèle comme le facteur déclencheur de la deuxième partie de sa carrière. A l’issue d’une âpre sélection, l’entité l’embauche en tant que responsable de l’instruction et de la structuration de projets de financement d’institutions financières en Afrique subsaharienne et de l’Est, avec une spécialisation dans le capital-investissement.

Laureen Kouassi-Olsson pilote pendant un peu plus de trois ans des opérations complexes de rachat de groupes bancaires aux côtés de consortiums ainsi que des opérations de prises de participations au sein de sociétés d’assurance et de réassurance. Elle prend la pleine mesure de problématiques telles que les impacts et enjeux du capital investissement ou les mutations du secteur bancaire.

ACCOMPAGNER LES JEUNES ENTREPRENEURS

En avril 2013, elle rejoint la levée de fonds des directeurs généraux de Proparco pour fonder Amethis Finance, sponsorisée par la Compagnie Benjamin de Rothschild. L’adéquation avec ses ambitions professionnelles et son expertise technique est parfaite: la nouvelle entité soutient des entreprises africaines par le biais d’investissements en fonds propres, quasi fonds et dette. Nommée directrice d’investissement puis responsable de la stratégie de ce fonds, basé à Paris, elle réalise des prises
de participations minoritaires dans des groupes bancaires, au Ghana, au Kenya et à Maurice. Impliquée dans la gouvernance de ces institutions, elle siège à leurs conseils d’administration respectifs. En avril 2014, elle crée le premier fonds d’investissement
en Côte d’Ivoire –« Amethis West Africa »– véritablement intégré dans les zones UEMOA et Cémac, permettant de « drainer l’épargne locale vers le financement d’entreprises privées de ces pays. »
« Ma force est d’être un caméléon. Je respecte et comprends les spécificités de chaque pays. Tout
en étant fière de ma proximité avec l’Europe et de mes origines ivoiriennes, je veux être une citoyenne de l’Afrique. »
Maman d’un petit garçon, Laureen Kouassi-Olsson envisage de dédier la troisième partie de sa carrière aux jeunes entrepreneurs du continent, pour faire rayonner mondialement « leur formidable créativité et sens de l’innovation ». Dans les cartons, deux projets personnels qui lui tiennent à cœur. La structuration dans le courant de l’année d’un incubateur dédié aux start-up africaines. Et, d’ici trois à quatre ans, la création d’une fondation panafricaine pour la promotion de l’art, de la culture (la mode) et l’entrepreneuriat. « Ce nouveau modèle inédit et compatible avec les standards africains et internationaux contribuera à l’éveil du continent », affirme-t-elle. Inspirante et inspirée, l’Afropolitaine incarne le meilleur d’une génération qui a la tête dans les étoiles et les pieds solidement ancrés dans le monde d’aujourd’hui.

forbesafrique
février 2016

Aller en haut