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Pour la Banque mondiale, le système confessionnel plombe l’économie libanaise

Pour la Banque mondiale, le système confessionnel plombe l’économie libanaise

La Banque mondiale a estimé dans un rapport que les dérives du partage confessionnel du pouvoir coûtent chaque année au Liban l’équivalent de 9 % de son PIB. Un impact qui se ressent particulièrement au niveau du partage des richesses et de l’efficience du marché de l’emploi.

Dans un rapport publié en juin, la Banque mondiale a considéré que les dérives du partage confessionnel du pouvoir figurent parmi les deux principales contraintes – avec les conflits locaux et régionaux – qui empêchent l’économie libanaise d’atteindre son plein potentiel et de générer une croissance inclusive. « La méthodologie utilisée pour réaliser cette étude est baptisée Diagnostique systémique du pays (DSP) et se fonde sur une large palette d’indicateurs et d’études sur la question », explique à L’Orient-Le Jour Wissam Harake, économiste à la Banque mondiale en charge du Liban.

« Relation symbiotique »
« Initialement établi pour maintenir l’équilibre entre les intérêts des communautés religieuses locales, ce système (confessionnel) est toutefois perçu de plus en plus comme un obstacle à une gouvernance efficace, dans la mesure où il a entraîné une paralysie au niveau de la prise de décision et un blocage général de l’État », notent les auteurs du rapport. Citant une étude réalisée par l’économiste libanais Jad Chabaan, ils estiment que le système confessionnel instauré en 1943 a coûté au pays environ 9 % de son PIB chaque année environ, depuis la fin de la guerre civile. « Cette étude n’a pas vocation à contester la légitimité du système confessionnel au Liban mais tente plutôt d’en identifier les effets négatifs sur l’économie », tempère cependant M. Harake.
Parmi ces effets, le rapport commence par mentionner une « relation symbiotique entre la gouvernance confessionnelle et les conflits » qui ont déchiré le pays. Les auteurs relèvent ainsi une chaîne de causalité selon laquelle les conflits qui ont caractérisé l’histoire du pays ont accentué sa fragilité, affaibli l’autorité de l’État – dans le domaine sécuritaire ou et exacerbé les tensions politiques et confessionnelles qui finissent à leur tour par générer de nouveaux conflits… La première conséquence résulte de l’impact économique direct de ces derniers. La guerre civile a par exemple eu pour effet de diviser le PIB par deux en 15 ans et de retarder le développement du Liban d’une génération au moins, tandis que la facture de l’attaque israélienne de 2006 a provoqué plus de 3 milliards de dollars de dommages directs et indirects en un peu plus d’un mois. S’agissant du coût pour le Liban de la guerre actuelle en Syrie, la Banque mondiale l’estime aux alentours de 7,5 milliards de dollars.
Par ailleurs, les auteurs observent : « Le boom économique qui a suivi la reconstruction dans les années 1990 n’a bénéficié qu’à un petit segment de la population, avec la plupart des investissements concentrés à Beyrouth et dont les profits n’ont bénéficié qu’à une élite riche. » Ils regrettent que pendant cette période les dépenses sociales aient été négligées, compromettant le développement social du pays.

« Accaparement des richesses »
Les auteurs relèvent ensuite un lien direct entre le partage confessionnel du pouvoir et la corruption. « Les activités illégales ne sont pas sanctionnées par l’État lorsqu’elles impliquent des personnalités ayant des connexions confessionnelles/politiques et/ou étant riches, ce qui exacerbe l’accaparement des ressources par une élite et renforce le favoritisme omniprésent. Ce sont l’influence des partenaires économiques et les liens personnels (appelés “Wasta”) qui sont le plus susceptibles d’influer sur l’exécution des politiques et l’application des lois. L’accaparement des ressources par une élite et la corruption sont ainsi endémiques », développe le rapport. Selon la Banque mondiale, le secteur des infrastructures est particulièrement touché par ce phénomène, la répartition des dépenses budgétaires normalement allouée à leur maintenance et leur modernisation étant généralement guidée par des considérations de « quotas confessionnels » et de « géographie électorale ». De nombreux chantiers restent bloqués faute de consensus.
Selon le rapport, le marché du travail est aussi très affecté par ce système, les élites privilégiant les investissements dans des secteurs plus profitables mais qui ne créent pas suffisamment d’emplois. C’est notamment le cas de l’immobilier qui représente 50 à 70 % des investissements, mais emploie moins de 8 % de la population active entre 2004 et 2009. De plus, ce dernier secteur a l’inconvénient d’attirer une main-d’œuvre essentiellement non qualifiée, bon marché et issue en quasi-totalité de l’immigration. « L’emploi et la qualité des infrastructures sont pourtant les moteurs d’une économie performante et saine », affirme M. Harake, faisant écho aux conclusions du rapport.

Philippe HAGE BOUTROS
lorientlejour.com

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