mercredi 23 septembre 2020
Accueil / International / Pour la première fois, Amazon dévoile le montant de ses impôts en France

Pour la première fois, Amazon dévoile le montant de ses impôts en France

Pour la première fois, Amazon dévoile le montant de ses impôts en France

Le géant américain du e-commerce a payé 250 millions d’euros de prélèvements obligatoires en 2018 pour un chiffre d’affaires de 4,5 milliards en France.

C’est une première remarquée. Régulièrement, Amazon se retrouve sous le feu des accusations, critiqué pour ne pas payer suffisamment d’impôts en France. L’entreprise de Jeff Bezos a décidé de jouer la carte de la transparence en rendant public mercredi soir le montant de ses impôts en 2018. Bilan ? Une contribution aux recettes fiscales de l’Hexagone à hauteur de 250 millions d’euros.

En 2018, « les prélèvements obligatoires liés aux activités d’Amazon en France se sont élevés à plus de 250 millions d’euros, dont plus de 150 millions d’euros correspondent à des prélèvements directs (impôt sur les sociétés, cotisations patronales, impôts locaux, etc.) », a précisé l’entreprise dans un communiqué. Le reste consiste en taxes et impôts que « nous collectons pour le compte de l’État », a précisé à l’Agence France-Presse le directeur général d’Amazon France, Frédéric Duval : cotisations sociales et salariales, TVA, CSG, etc. Or « Amazon est en croissance sur le territoire français et, à mesure que cette croissance augmente, la contribution aux services publics, au modèle social français augmente », a insisté Frédéric Duval, sans préciser cependant quel était le montant de ses bénéfices.

4,5 milliards de chiffre d’affaires en France

Quant à son chiffre d’affaires en France, il s’est élevé l’an dernier à 4,5 milliards d’euros, a dévoilé Amazon, qui, au niveau mondial, avait réalisé plus de 10 milliards de dollars de bénéfice net pour un chiffre d’affaires de 233 milliards. La société, au même titre que d’autres multinationales américaines comme Google, Apple et Facebook (les « Gafa »), est régulièrement accusée de minorer les revenus qu’elle perçoit en France afin de réduire ses impôts.

Interrogé sur la raison pour laquelle l’entreprise avait décidé de rendre publiques ces informations, Frédéric Duval a simplement répondu que c’était parce que la question lui avait été « souvent posée ». Cette annonce intervient néanmoins alors que le gouvernement français, pour mettre fin à des pratiques fiscales controversées des multinationales du numérique, a voté fin 2018 une taxe dite « Gafa » entrée en vigueur cette année et qui impose ces entreprises à hauteur de 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France.

Le contexte de la taxe numérique

Selon l’ancien secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi, les géants américains du numérique (« Gafa » plus Microsoft) ont déclaré l’an dernier en France un chiffre d’affaires quatre fois inférieur à celui réalisé effectivement, engendrant un manque à gagner d’un milliard d’euros pour le fisc. « Depuis quelques années, il existe des interrogations quant à notre impact économique et notre montant d’impôts payés en France : je suis attentif à ces critiques et j’ai eu envie d’apporter un éclairage quant à notre part dans la croissance, dans l’emploi, mais également dans le financement des services publics et du modèle social en France », a souligné Frédéric Duval.

Depuis 2010, « on a refait nos calculs et il s’avère qu’on a investi 6,8 milliards d’euros en France », notamment dans les infrastructures, Amazon possédant désormais 20 sites logistiques dans l’Hexagone, a-t-il rappelé. Ensuite, Amazon est un « gros contributeur d’emplois en France et on arrive au chiffre de 30 000 depuis sa création », dont 9 300 CDI, a-t-il ajouté.

« Un pas important »

Un chiffre qu’avait contredit Mounir Mahjoubi, désormais député LREM, estimant fin novembre dans un rapport qu’Amazon « a détruit 7 900 emplois en France ». Mercredi soir, l’ex-ministre a toutefois estimé que cet effort de transparence constituait un « pas important » : « Pour la première fois, on a enfin un vrai chiffre d’affaires qui correspond à nos estimations (dans son rapport, NDLR) ou à celles d’Attac. » « En revanche, ils ne sont pas transparents sur les activités qui correspondent à ce chiffre d’affaires et la répartition des impôts qu’ils payent. C’est comme s’ils voulaient minimiser l’importance de l’impôt sur les sociétés en insistant sur les cotisations », a encore dit Mounir Mahjoubi à l’Agence France-Presse.

« J’ai bien peur que la fiscalité qu’ils évoquent ne concerne que leur activité physique et pas leurs services virtuels comme la Market Place (une plateforme en ligne pour les vendeurs tiers) et Amazon Web Services », un service d’hébergement et d’informatique dématérialisée, a-t-il avancé. Interrogé par l’Agence France-Presse mercredi soir, le ministère de l’Économie n’a pas souhaité réagir à l’annonce d’Amazon.

Début décembre, le ministre Bruno Le Maire avait fait savoir que « jamais » la France ne renoncerait à la taxe sur le numérique, malgré les menaces américaines de surtaxer certains produits emblématiques français, tels que le champagne ou la maroquinerie. Paris, avait-il ensuite rappelé, privilégie une « solution internationale » au dossier numérique, dans le cadre de l’OCDE.

lepoint

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs obligatoires marqués par *

*

Aller en haut