dimanche 25 août 2019
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Pour l’émergence d’un véritable mécénat africain

Pour l’émergence d’un véritable mécénat africain
Relativement peu répandu en Afrique, le mécénat ne s’y développe pas moins, porté par des personnalités et entreprises ayant bien intégré ces enjeux de rayonnement. Le Maroc et sa compagnie aérienne nationale, la Fondation Alliances ou encore l’entrepreneur sénégalais Amadou Diaw font à ce titre figure de pionniers en la matière, dessinant sans ostentation les contours de ce que pourrait être ce soft power à l’africaine.

L’Afrique, continent oublié du mécénat ? Si quelques multinationales, à l’image des français Orange ou Total, n’ont jamais fait mystère de leurs investissements philanthropiques ou artistiques en direction des pays où elles opèrent, les mécènes africains brillent, au contraire, par leur discrétion. A tel point que l’on serait aisément porté à croire qu’il n’existe tout simplement pas de mécénat africain à proprement parler ; non pas que le Continent soit dépourvu d’entreprises à succès ni de riches, voire très riches, femmes et hommes d’affaires. Mais très peu de pays africains prévoient pour ces mécènes des avantages fiscaux incitatifs et, lorsqu’ils existent, les donateurs renâclent à bénéficier de ces dispositifs et de l’exposition médiatique, voire politique, qui les accompagne. Etre mécène est un acte de résistance, estime ainsi dans les pages du Monde la Franco-Béninoise Marie-Cécile Zinsou, présidente de la fondation éponyme.

Du Maroc au Sénégal, le mécénat se développe

Encore peu inscrit dans les mœurs, le mécénat ne s’en développe pas moins en Afrique. Au Maroc, la Fondation Alliances, créée en 2009 par l’homme d’affaires Mohamed Alami Lazraq, entend ainsi favoriser l’accès à l’art à tous les publics, en valorisant spécifiquement la création africaine. La structure a participé, par exemple, à la Biennale d’art contemporain de Dakar et aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako. La Fondation est également à l’origine, à Marrakech, du Musée d’art contemporain Al Maaden (MACAAL), un bâtiment doté de 900 m2 d’espaces d’exposition conçu «pour mettre à disposition du grand public une collection constituée avec passion et dans un esprit de partage», proposant «à ses visiteurs une véritable expérience alliant culture, loisirs et art de vivre».

Toujours au royaume chérifien, la compagnie aérienne Royal Air Maroc (RAM) soutient un grand nombre de manifestations culturelles africaines. Une opportunité de valoriser son image de marque auprès de ses clients, de contribuer au rayonnement continental du Maroc mais aussi, selon un communiqué de l’entreprise, « de supporter ce qui constitue le  »soft power » d’une nouvelle Afrique créative dans des domaines aussi pointus que l’art contemporain, les arts vivants, la télévision et le cinéma, la mode…». La RAM a ainsi soutenu plusieurs éditions successives de la biennale Dak’Art, du Marché des arts et spectacles d’Abidjan (MASA), du festival de Jazz Dakar Gorée ou encore du Festival international de la mode africaine (FIMA).

Au Sénégal, l’entrepreneur Amadou Diaw, qui a bâti sa fortune sur le regroupement de campus scolaires, a quant à lui fondé le Musée de la photographie de Saint-Louis (MuPho), au nord du pays. Une philanthropie qui se traduit également, dans sa région natale, par des réhabilitations d’habitations, des constructions de marchés, ou encore des ouvertures de maisons d’hôtes : «Je travaille à la renaissance de Saint-Louis comme les Médicis à Florence», confie l’ambitieux mécène à Jeune Afrique, estimant également que «beaucoup [de bienfaiteurs africains] font du mécénat sans le savoir, sans contrepartie et ne jugent pas utile de se mettre en avant». Avant de conclure que «face à un monde en crise, les solutions sont africaines».

Pour un véritable soft power africain

Fondation Alliances, RAM, Amadou Diaw,… Ces véritables pionniers montrent la voie. Leurs exemples doivent encourager davantage d’entreprises et de personnalités du Continent à mettre en valeur la production africaine. A la condition expresse, cependant, que les États du Continent favorisent ce type d’initiatives, en mettant sur pied des dispositifs incitant au mécénat ainsi qu’un cadre réglementaire stable et attractif. Il en va de l’élaboration d’un réel soft power à l’échelle africaine. Certains pays ont, fort opportunément, bien compris l’importance stratégique de faire rayonner notre culture et notre identité au-delà, mais surtout, à l’intérieur même, des frontières de notre continent.

A l’image, encore une fois, du Maroc, dont l’Agence pour la coopération internationale (AMCI) s’est progressivement transformée en centre névralgique du rayonnement de l’expertise du Royaume en Afrique.

Initialement consacrée à la coopération académique et culturelle, l’AMCI a permis depuis sa création à quelque 23 000 étudiants originaires de 47 pays africains d’être formés au Maroc -dont une trentaine sont devenus ministres dans leurs propres pays- conférant ainsi une réalité tangible à la coopération Sud-Sud. Une «solidarité agissante» avec les partenaires du Maroc, selon Mohamed Methqal, directeur général de l’AMCI, qui rappelle que le Roi Mohammed VI a déclaré, lors de son discours devant l’Union africaine en janvier 2017, que son «pays partage ce qu’il a, sans ostentation». Un engagement bienvenu dont devrait s’inspirer l’ensemble des pays du Continent.

Khaled Igué, économiste, président du think tank Club 2030 Afrique

afrique.latribune

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