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Pour une révolution responsable de la gestion des mines en Afrique

Pour une révolution responsable de la gestion des mines en Afrique

L’expression « scandale géologique » revient souvent lorsqu’on parle des richesses minières de l’Afrique… Une expression souvent accompagnée d’une autre : « malédiction des ressources ». En effet, si l’Afrique continue d’être l’un des continents les plus pauvres, c’est pourtant l’un de ceux dont le sous-sol est le plus riche. Les chiffres donnent le vertige : le continent recélerait 54 % des réserves mondiales de platine, 78 % de celles de diamants, 40 % de celles de chrome et 28 % de celles de manganèse. La Guinée détient à elle seule plus du quart des ressources mondiales de bauxite !

Comment faire pour que les ressources naturelles de l’Afrique soient une bénédiction et non une malédiction ? Car force est de reconnaître que, jusqu’alors, l’Afrique a plus que tout autre continent souffert de la spoliation de ses richesses. Peut-être parce qu’elle en est exceptionnellement dotée. Peut-être parce que les États inexpérimentés ont sous-estimé la rapidité à laquelle les garde fous mis en place se désagrègent. Certainement parce que les acteurs internationaux avaient entamé depuis longtemps une course au moins disant social.

Pour les États africains, les ressources minières constituent à la fois une importance source de revenus et un élément de puissance sur la scène économique internationale. C’est pourquoi la gestion de ces ressources a toujours été considérée comme stratégique. On peut distinguer trois grandes périodes dans l’approche réglementaire des États. Au moment des indépendances, ils ont d’abord cherché à affirmer leur souveraineté, avec un succès mitigé, avant de céder aux sirènes du libéralisme des années 80. Une troisième génération de codes miniers, mis en place au tournant du millénaire, a cherché à rééquilibrer le partage des revenus entre les États et les entreprises minières, mais sans tenir suffisamment compte des retombées au niveau local.

La Guinée est malheureusement un cas d’école de la « malédiction des matières premières ». Les promesses d’un avenir prospère permis par la richesse exceptionnelle de son sous-sol ont été plusieurs fois bafouées. L’exploitation responsable du sous-sol africain est un tel impératif, tout particulièrement en Guinée, qu’il nous a semblé devoir figurer comme engagement explicite dès l’origine de notre projet d’Alliance Minière Responsable (AMR). C’est pour nous le premier pilier de notre engagement sur le continent africain – et la clé de sa pérennité.

Aujourd’hui, nous faisons le pari qu’une nouvelle ère s’ouvre pour la Guinée, notamment sur le plan de la gouvernance dans les matières premières. Les autorités de tutelle et les acteurs présents aujourd’hui, notamment dans la bauxite, sont en train de rebâtir un pan essentiel de l’économie locale. L’audit des permis miniers attribués sous les administrations précédentes, la bonne conduite des affaires dans les différents ministères et l’engagement de tous pour une rupture avec les anciennes pratiques portent leurs fruits.

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Au-delà de la bonne gestion au plus haut niveau de l’État, nous croyons que la « responsabilité » se pratique au quotidien et dans tous les domaines de notre action. Elle s’applique dans la façon dont nous nous soumettons aux obligations fiscales vis à vis de l’État et des collectivités, dans la consultation permanente de nos parties prenantes aux niveaux local et national, dans la conduite de notre activité dans le respect des règles environnementales les plus strictes. Toutes les entreprises doivent s’impliquer pour que la croissance africaine soit inclusive et durable. Une croissance à deux chiffres n’a aucun intérêt si elle ne permet aux citoyens d’un pays de s’enrichir et d’avoir des conditions de vie décentes.

Les violences qui se sont déroulées à Boké mi-septembre nous rappellent à quel point ces enjeux sont cruciaux pour les habitants de ces régions. Dans un contexte où les activités minières ne sont que faiblement créatrices d’emploi, la réforme du secteur minier doit envisager la façon dont les acteurs du secteur peuvent penser l’après-extraction. Formulons le vœu que la prochaine vague de codes miniers s’inscrive dans un cercle vertueux de réformes permettant de développer l’emploi et la croissance, notamment dans l’agriculture et les services associés. Tout miser sur les ressources minières, par définition épuisables, ne peut être une stratégie à moyen- et long-terme.

La diversification des économies africaines au service d’une croissance inclusive et durable doit être le mantra des gouvernements africains. À ce titre, l’industrie extractive doit devenir un modèle d’intégration économique et sociale et vecteur de transformation économique.

Romain Girbal, fondateur et président de l’Alliance Minière Responsable
La tribune afrique

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