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Pourquoi Apple croque dans la musique à la demande

Pourquoi Apple croque dans la musique à la demande

Dix ans après le lancement d’iTunes, Apple prend un nouveau virage. Le groupe veut défendre son chiffre d’affaires et la « fidélité » de ses clients.

Le roulement de tambour durait depuis des semaines… Lundi soir, Apple a enfin dévoilé son service de musique à la demande , au cours de la conférence pour les développeurs que le groupe organise cette semaine à San Francisco. Comme prévu, le champion incontesté de la « tech » mondiale – et première capitalisation boursière de la planète – s’est appuyé sur Beats, la pépite de Dr. Dre et de Jimmy Iovine, rachetée il y a juste un an moyennant 3 milliards de dollars, pour proposer un service payant – Apple Music. Il sera possible d’y accéder pour dix dollars par mois, début juillet.

Session de rattrapage

A ce prix-là, il faut convaincre le chaland avec des fonctions (et des contenus) qu’on ne peut pas retrouver ailleurs. Sur scène, Jimmy Iovine ne s’est donc pas économisé pour vanter les mérites de cette application permettant d’écouter en ligne des morceaux ou des émissions de radio, et communiquer avec les artistes (façon Soundcloud). Apple a aussi choisi de coupler son moteur de recommandation avec des suggestions humaines. « C’est dur, pour un algorithme, d’apporter de l’émotion », juge Jimmy Iovine.

Pour Apple, champion toutes catégories de la vente de chansons à l’unité depuis 2003 et la création du service iTunes, l’opération a des allures de session de rattrapage. La firme de Cupertino souffrait depuis deux ans de l’émergence du streaming, popularisé en France par Deezer, et dans le reste du monde par Spotify.

Cela transpire dans les chiffres : en 2012, Apple avait dégagé 8,5 milliards de dollars de recettes grâce à la musique, qui représentait alors la majeure partie du chiffre d’affaires du magasin de contenus numériques maison, iTunes. L’an dernier, le tableau n’était plus le même. En 2014, si les revenus d’iTunes ont progressé, c’est en dépit de la baisse des revenus musicaux… A en croire la presse américaine, Apple a même vu son chiffre « musique » perdre plus de 12 % l’an dernier…

Enjeu double et majeur

Pour Tim Cook, le successeur de Steve Jobs à la tête d’Apple, l’objectif, majeur, est donc d’inverser la courbe en matière de musique. L’enjeu est d’ailleurs double : il s’agit, d’un côté, de rééquilibrer un peu les comptes de l’entreprise en faveur des services, à l’heure où l’iPhone représente une part croissante du chiffre d’affaires. Et, de l’autre, en misant sur un service musical, le groupe espère aussi accroître la fidélité de ses clients qui auront sans doute plus de mal à abandonner Apple et son univers une fois qu’ils auront constitué leur discothèque idéale et personnalisée.

En débarquant dans la musique à la demande, Apple n’arrive cependant pas en terrain vierge. Les pionniers sont en phase d’expansion rapide ( Spotify , Deezer ) et les petits nouveaux (Tidal) se montrent ambitieux. Surtout, Apple va devoir affronter le mastodonte de la musique en ligne, YouTube. La plate-forme vidéo de Google est devenue un juke-box géant – et gratuit.

Plus que les jeunes séduits par YouTube, Apple vise peut-être leurs parents, qui peuvent s’offrir ses services et, surtout, ses terminaux. Le groupe peut dès le départ s’appuyer sur sa base installée de presque 1 milliard de comptes iTunes, son savoir-faire indéniable en matière de « buzz » et ses poches profondes. Selon l’agence AP, l’état-major de Cupertino vise déjà les 100 millions d’inscrits à son offre de streaming.

Julien Dupont-Calbo
lesechos.fr

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