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Pourquoi Apple peut déstabiliser le marché obligataire

Pourquoi Apple peut déstabiliser le marché obligataire

Le fabricant de l’iPhone détient un portefeuille d’obligations d’entreprises de 148 milliards de dollars. Il détrône ainsi les plus gros fonds mondiaux.

 

 

Assis sur un trésor de guerre, Apple a peut-être une capacité de nuisance insoupçonnée. Avec ses 257 milliards de dollars disponibles – qui lui permettraient de racheter n’importe quelle entreprise cotée dans le monde à l’exception des treize plus grosses – le fabricant de l’iPhone est devenu un gigantesque investisseur sur le marché obligataire. Tout changement de stratégie de sa part peut donc provoquer des remous. Notamment si le colosse décide de liquider ses positions pour rapatrier sa trésorerie, dont 90 % se trouve aujourd’hui hors des Etats-Unis.

Apple pèse plus lourd que le fonds star de Pimco

Comme le révèle « Bloomberg », le portefeuille de dette d’entreprises d’Apple pèse aujourd’hui plus lourd que chacun des principaux fonds obligataires mondiaux, tels que Vanguard Total, MetWest ou le fonds Pimco Total Return autrefois sous la houlette du mythique Bill Gross. Ce portefeuille est géré depuis le Nevada, où le groupe californien a implanté sa filiale de gestion Braeburn Capital (du nom d’une variété de pommes).

D’après les chiffres publiés le 3 mai, Apple avait placé 148 milliards de dollars en titres d’entreprises au 1eravril. Sur ce montant hors normes, 124 milliards sont investis dans des obligations de longue maturité, à savoir entre 1 et 5 ans. La firme précise par ailleurs « investir dans des titres bien notés et limiter son exposition envers un émetteur donné ».

Autre enseignement sur l’utilisation de sa trésorerie, Apple est investi à hauteur de 53 milliards de dollars en emprunts d’Etat américains et à hauteur de 21 milliards en créances titrisées (MBS et ABS). Au total, ses placements en titres financiers atteignent 245 milliards.

Trump veut inciter les entreprises à rapatrier leurs bénéfices aux Etats-Unis

La situation pourrait évoluer si le président américain Donald Trump parvient à faire voter son programme fiscal. Le nouvel homme fort de la Maison Blanche fait du rapatriement des bénéfices des entreprises américaines l’une des priorités de son mandat et propose un système d’imposition territorialisé attrayant.

Aujourd’hui, l’impôt sur les bénéfices mondiaux pousse les groupes comme Apple à placer leur trésorerie à l’étranger en gérant parfois des portefeuilles de titres sans lien avec leur activité. L’entreprise dirigée par Tim Cook préfère même s’endetter pour financer sa politique de rémunération des actionnaires plutôt que de puiser dans son matelas de 257 milliards.

C’est tout ce système qui pourrait vaciller si Apple change de stratégie et liquide des positions dans ses portefeuilles pour procéder à des rapatriements de capitaux. L’impact sur les marchés pourrait être particulièrement fort si le dispositif défendu par Trump suppose un mouvement immédiat, c’est à dire en une seule fois, de la part des entreprises. Le marché des obligations d’entreprises est en outre beaucoup plus vulnérable que celui des emprunts d’Etat à des chocs de liquidités.

Isabelle Couet
lesechos

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