mardi 22 septembre 2020
Accueil / International / Pourquoi la reprise chinoise est encore fragile

Pourquoi la reprise chinoise est encore fragile

Pourquoi la reprise chinoise est encore fragile

Alors que l’Occident entame prudemment son déconfinement, la Chine, d’où est partie la pandémie, a recommencé il y a un mois déjà à reprendre le cours normal de ses activités. Avec des résultats mitigés sur le plan économique.

50 millions de Chinois se sont payé le luxe de faire un peu de tourisme le week-end du premier mai, l’une des trois périodes traditionnelles de vacances dans l’Empire du milieu. Avec les précautions sanitaires qui sont devenues la nouvelle norme de la vie sociale, le port du masque et les prises régulières de températures dans les lieux publics.

La confiance revient donc, mais on est encore loin du retour à la normale : l’an dernier 200 millions de voyages avaient été enregistrés pour célébrer la fête du Travail. L’appétit des Chinois pour la vie d’avant est encore timoré. Et les derniers indicateurs économiques donnent une vision très contrastée de la reprise. Le versant radieux de la reprise c’est le boom du bâtiment, encouragé par le lancement de nouveaux grands chantiers. Investir dans les infrastructures est une vieille recette des sorties de crises. Mais dans l’industrie, malgré la réouverture généralisée des usines depuis le début du mois d’avril, les patrons demeurent prudents, car leur carnet de commande peine à se remplir. Et dans le commerce, c’est la déception : les ventes au détail ont chuté de 20% en février, pour le mois de mars, le dernier chiffre disponible, elles sont encore inférieures de 15% à l’année précédente.

Les Chinois ont perdu le goût de consommer?

C’est ce qu’affirment les plus jeunes. Difficile d’y voir pour le moment une tendance durable. Ce qui est sûr c’est qu’ils ont d’autres préoccupations : ils veulent épargner. Plus question de dépenser sans souci. L’autre facteur qui ralentit la consommation, c’est l’érosion de leurs revenus. Dans le meilleur des cas, le salaire ou le temps de travail ont fortement baissé, car pour toucher une aide de l’Etat les entreprises s’engagent à renoncer au licenciement. Les patrons biaisent en réduisant le nombre d’heures ou en réduisant les salaires. Mais il y a toutefois un chômage de masse, qui grippe sérieusement le moteur de la consommation. Le taux de chômage officiel est de 5,9%. La réalité serait plus proche des 20%, soit 70 millions de sans-emplois. Contrairement aux pays occidentaux, la Chine n’a pas déployé de filet de sécurité pour que les ménages supportent mieux cette subite récession, sa consommation peine donc à retrouver l’élan passé.

Le commerce extérieur chinois lui aussi est à la peine.

Les carnets de commande sont encore bien dégarnis et cela pourrait empirer dans les prochains mois, car les gros clients, les Etats-Unis et l’Europe, qui assurent le tiers des débouchés d’exportation, revoient leurs achats à la baisse, à cause du confinement, et de la récession, et cela se dégradera encore dans les prochains mois. Les exportations chinoises pourraient reculer de 20% au cours du deuxième trimestre -d’après les prévisions d’une grande banque chinoise, CICC.

A plus long terme Pékin doit se préparer au pire : sous la pression des évènements et des gouvernements, des entreprises du monde entier pourraient revoir leur chaîne d’approvisionnement, diversifier davantage leurs sources et donc se détourner de l’atelier du monde. Sans parler des tensions commerciales avec les Etats-Unis que Donald Trump ravive avec ses tweets accusateurs. Les exportations ne sont plus le principal moteur de la croissance chinoise, mais elles constituent encore un élément clé de la richesse nationale, en 2019 elles ont fourni 17% du PIB.

rfi

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs obligatoires marqués par *

*

Aller en haut