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Pourquoi le nouvel algorithme de Google fait craindre un “Armageddon mobile”

Pourquoi le nouvel algorithme de Google fait craindre un “Armageddon mobile”

Le moteur de recherche lancera mardi son nouvel algorithme « mobile-friendly » mettant plus en avant les sites adaptés aux smartphones. Les deux tiers des sites français ne seraient pas prêts et risquent de perdre beaucoup de visibilité, donc d’audience et potentiellement de recettes.

Les professionnels de l’optimisation du référencement sur le Web ont déjà surnommé la journée du 21 avril un “Armageddon mobile” (“mobilegeddon”), tant les modifications de l’algorithme de Google font craindre des conséquences catastrophiques et un renversement de la hiérarchie des sites. Pour la première fois, Google a pris la peine de communiquer deux mois avant pour prévenir les webmestres du monde entier des nouveautés apportées à son algorithme ultra-secret, qui détermine le classement des résultats en réponse à une requête Internet.

« A partir du 21 avril, nous étendrons l’utilisation de la compatibilité mobile comme un critère de classement. Ce changement affectera les recherches mobiles dans toutes les langues à travers le monde et aura un impact significatif sur nos résultats de recherche. Ainsi, il sera plus facile pour les utilisateurs d’obtenir des résultats de qualité, pertinents, qui sont optimisés pour leur appareil » expliquaient les ingénieurs de Google dans un billet de blog le 26 février dernier.

La firme de Mountain View, récemment accusée par la Commission européenne d’abuser de sa position dominante (95% des recherches Internet en Europe), testait depuis décembre dernier l’affichage d’un label « site mobile » ou « mobile-friendly » à côté des sites compatibles.

Test de compatibilité

Google renvoie vers une page dédiée sur son site « Google developers » présentant un outil de « test de compatibilité mobile » délivrant bonnes et mauvaises notes.

« Parfait. Cette page est adaptée au mobile » conclut Google quand on teste la page d’accueil de La Tribune.

« Non adaptée au mobile » prévient le moteur dans un bandeau rouge pour un autre site d’actualité, expliquant « texte illisible car trop petit, fenêtre d’affichage mobile non configurée, liens trop rapprochés, contenu plus large que l’écran. »

Ses robots d’indexation « googlebots » qui ratissent toutes les pages de la Toile n’ont pas vu certaines ressources du site (des images par exemple). En clair, la page met du temps à se charger, le mobinaute doit naviguer de droite à gauche pour lire toutes les colonnes de texte, certains boutons à cliquer fonctionnent mal.

Il s’agit probablement du changement le plus important jamais apporté au classement des résultats sur mobile selon le rédacteur en chef du site spécialisé Search Engine Land. Il n’affectera pas les résultats des requêtes effectuées sur un ordinateur (fixe ou portable) ou sur tablette. Google Actualités ne sera pas non plus touchée par la modification.

Perte de trafic

L’impact pourrait être plus fort que lors des grandes mises à jour précédentes de l’algorithme, Panda et Penguin en 2011 et 2012, destinées à lutter contre les sites « de mauvaise qualité », comme les fermes de contenus sans production originale et autres sites abusant des liens hypertextes pour améliorer artificiellement leur référencement. Le site d’enchères eBay avait énormément souffert de la version Panda 4.0, perdant 80% de ses meilleurs classements en référencement naturel (par opposition aux « liens sponsorisés », la publicité s’affichant en tête de page et sur le côté droit des réponses). “Hummingbird” (colibri, pour sa rapidité et sa précision), le dernier algorithme de Google qui remonte à l’été 2013, avait été présenté comme « le plus gros changement depuis Caffeine en 2009 » par le directeur de la recherche mais il n’avait pas eu d’impacts majeurs sur le référencement.

Or avec le biais « mobile friendly », les sites non compatibles « risquent de perdre 10% du trafic global jusqu’à leur mise à jour » estime ainsi l’agence spécialisée Search Foresight.

Un risque pour les e-commerçants ?

En effet, plus de 30% du trafic web mondial vient du mobile, sur smartphones et tablettes. Aux Etats-Unis, au dernier trimestre 2014, 29% des requêtes sur Internet, tous moteurs confondus, soit 18,5 milliards de recherches en trois mois, ont été réalisées depuis un appareil mobile selon le cabinet comScore. Pour Google, dont les services sont préinstallés sur les appareils tournant sous Android, ce serait plus de la moitié. En termes d’usages, « en 2014, les adultes américains passent en moyenne 2h51 par jour sur leurs appareils mobiles, en hausse par rapport à 2h19 en 2013, pendant que le temps passé sur un ordinateur a diminué, à 2h12 » soulignait récemment le cabinet eMarketer, prédisant que les dépenses publicitaires sur mobile dépasseront celles sur ordinateur l’an prochain.

En outre, dans l’e-commerce, le mobile représente au niveau mondial plus du tiers des transactions et devrait dépasser 40% en fin d’année selon une récente enquête de Criteo, le spécialiste français du reciblage publicitaire. Dans certains pays, comme le Japon et la Corée du Sud, on dépasse déjà les 50%. En France, la part du mobile dans les ventes en ligne devrait grimper de 22% à 28% d’ici à la fin de l’année. Toutefois, le mobile ne représenterait encore que 15% du trafic Web dans l’Hexagone selon StatCounter.

Les sites français sont semble-t-il à la traîne pour affronter ce big bang de la recherche mobile. « En avril 2015, en France, 64% des sites ne sont pas prêts pour le mobile » estime la société spécialisée en référencement Yooda (Aldeis), qui a analysé la page d’accueil de plus d’un million de sites. Certains secteurs sont particulièrement en retard, comme l’administration, où seulement 27% de sites « mobile-friendly » et l’immobilier – seulement 33% compatibles. C’est à peine mieux dans le commerce en ligne : seuls 37% des sites seraient adaptés au mobile, ceux des sites culturels étant les moins préparés. Des sites qui risquent de perdre en trafic, donc en audience, et partant en recettes, sachant que selon Google « le parcours d’achat débute sur mobile dans 66% des cas. » Un quart des principaux distributeurs français n’ont pas de site mobile transactionnel.

Faute de moyens, les PME ne risquent-elles pas d’être défavorisées au profit des grands groupes, et de voir leur site relégué dans les pages de résultats suivantes, sachant que 9 internautes sur dix s’arrêtent à la première ? Un des ingénieurs de Google, Gary Illyes, responsable de la qualité de la recherche, a récemment précisé que la “recherche locale”, c’est-à-dire le bloc de résultats « à proximité » apparaissant dans les premiers liens, ne serait pas concernée par ce changement. De grandes marques pourraient aussi être affectées, selon la société marketing britannique Somo, des sites comme ceux d’American Apparel, du Daily Mail ou de Ryan Air ne seraient pas compatibles mobile et menacés d’être rétrogradés dans les résultats de recherche.

Delphine Cuny
latribune.fr

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