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Pourquoi les chocs économiques peuvent rendre le monde plus violent

Pourquoi les chocs économiques peuvent rendre le monde plus violent

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes et auteur de “Un Monde de violences” (Editions Eyrolles), déplore que les Etats aient échoué à faire émerger une nouvelle gouvernance mondiale.

Certes, on ne peut évidemment pas faire de lien direct entre la situation économique et les attaques terroristes, que la France a subies le 13 novembre. Mais derrière cette violence aveugle, se trouve pour partie une évolution de l’économie mondiale, passée du stade jusqu’alors de conflit-coopération entre nations et grandes institutions financières à un monde sans régulations et sans perspectives. D’où cela vient-il? De la difficulté à comprendre cette nouvelle trajectoire de l’économie mondiale, et surtout le rôle prédominant d’acteurs tels que les banques centrales dont les décisions ne relèvent plus du tout d’un monde de gouvernance collective.

Mais il faut donc prendre conscience que l’incertitude, la difficulté à comprendre les mécanismes monétaires et financiers, créent cette angoisse qui favorise les populismes et radicalismes de toute sorte. Dans cette période transitoire, les chocs se multiplient sans qu’aucune régulation mondiale ne puisse y faire face et ne maitrise les risques et contraintes nouvelles.

Il y a d’abord le risque de stagnation de la croissance, lié au fort ralentissement du progrès technique qui frappe les pays riches. Ce ralentissement de la croissance, qui fait craindre de manière excessive une “stagnation séculaire” à certains économistes, affecte évidemment de nombreux pays émergents via la chute du prix des matières premières. On sort de ce cercle vertueux qui voyait la spectaculaire croissance chinoise doper le prix des produits de base au bénéfice de nombreux pays du Sud.

Une coopération très faible

Autres chocs: l’explosion des inégalités, d’abord et avant tout celles sur le marché du travail, liée à ce mouvement massif de désindustrialisation et de délocalisations des pays du Nord vers les émergents. Ceci entraîne ce phénomène de polarisation du marché du travail: une minorité d’emplois qualifiés, la quasi-disparition des emplois intermédiaires et une majorité d’emplois peu qualifiés. Ces tensions sociales vont aussi s’accroître en raison du vieillissement de la population, qui va tendre les relations entre générations, enlevant à une partie de la jeunesse toute perspective.

Le problème, c’est qu’en face de ces chocs, la coopération entre les acteurs économiques n’a jamais été aussi faible. En 2010, les dirigeants politiques mondiaux ont développé deux utopies: une nouvelle gouvernance mondiale et une régulation financière internationale. L’une et l’autre se sont dissoutes. L’endettement mondial a continué de progresser et l’esprit de Bretton Woods, à l’origine des institutions internationales de l’après-guerre, notamment le FMI, a définitivement disparu. A part quelques tentatives, ils sont loin les accords du Plaza en 1985. La coopération monétaire internationale est quasi inexistante, sur les taux d’intérêt ou sur la sortie du quantitative easing, cette création monétaire massive des banques centrales. Face aux nombreuses incertitudes sur la croissance, c’est cette absence de coopération qui est porteuse d’angoisses et de conflits. L’idée de guerre de civilisation entre l’Occident et le monde musulman est absurde, mais reste à recréer pas à pas de nouvelles formes de coopération à l’échelle mondiale. La COP21 est surement un premier signe positif. Il faut maintenant imaginer une sortie coordonnée des politiques monétaires des grandes banques centrales et s’éloigner d’une guerre des changes.

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