Accueil / Auto & Transports / Pourquoi Renault finira par fusionner avec Nissan

Pourquoi Renault finira par fusionner avec Nissan

Pourquoi Renault finira par fusionner avec Nissan

Emmanuel Macron a rejeté, ce matin sur « Europe 1 », toute fusion entre Renault et Nissan. C’est pourtant dans l’intérêt du constructeur automobile français d’être absorbé par le groupe japonais.

L’alliance nouée entre Renault et Nissan est un succès et a permis à cette convergence de moyens de se hisser au quatrième rang des constructeurs mondiaux. La performance mérite d’être saluée.

Mais la convergence de vues s’éloigne et se trouve déchirée par la volonté de l’Etat qui a su être manœuvrier plus que bon partenaire. Ainsi une récente acquisition d’actions (+ 4%) a modifié la majorité prévisible et conduit à adopter en assemblée générale les prescriptions de la « loi Florange » qui prévoit des droits de vote double pour les actionnaires de longue période et des pouvoirs accrus au conseil d’administration.
Complémentarité technique et géographique

Cette sorte de coup de force a déplu aux actionnaires de Nissan qui ne peuvent que constater que leur entreprise, finement redressée, pèse trois fois plus que Renault en termes de capitalisation boursière.

Nissan a ouvert à Renault les portes de certains marchés asiatiques et il est clair qu’il existe une remarquable complémentarité géographique entre les deux firmes. Plus encore, il faut souligner les complémentarités entre un constructeur qui a misé sur l’électrique (Renault) et un autre qui a misé et réussi dans le délicat domaine des véhicules connectés (Nissan).
Une nouvelle fenêtre de tir ?

En 1993, Renault a failli fusionner avec Volvo ce qui aurait constitué la juxtaposition d’un constructeur de volumes et d’un constructeur de niche de type haut de gamme. Une sorte d’Audi pour Volkswagen. Toutes proportions gardées.

L’échec de cette fusion ne doit pas nous faire oublier qu’une fenêtre de tir s’ouvre dans les mois à venir : les difficultés de certains constructeurs allemands peuvent être un effet d’aubaine pour le haut de gamme que représente Nissan là où Renault rend désormais copie blanche sur ce segment et se concentre sur des segments moins lucratifs voire low-cost du type Dacia.
Profits à Tokyo, pouvoir à Paris

Or il s’agit bien d’une question de part contributive aux profits que réalise l’alliance. Nissan fait clairement la course en tête et on comprend le vif agacement nippon face à des profits qui viennent du Soleil-Levant et le pouvoir effectif qui reste à Boulogne-Billancourt (92), près de Paris, voire, discrètement, à Bercy.

Situation qui rend presque cocasse le cri gaulois du ministre Macron qui parle de « préservation des intérêts des contribuables » et gomme ainsi de sa jeune mémoire les dispositions impératives de l’arrêt Fruehauf de 1965 (Cour d’Appel de Paris) en matière d’intérêt social.
Une question d’affectio societatis

Si l’Etat cherche à demeurer intransigeant pour des motifs extérieurs à la pure logique d’essor de l’alliance, il y a fort à parier que des coups de tonnerre pourraient survenir. D’aucuns évoquent le transfert du siège social aux Pays-Bas pour contourner la « loi Florange » décidément plus dangereuse que fructueuse.

D’autres, à la lecture des désaccords reflétés par la teneur du conseil d’administration de vendredi dernier, craignent un éclatement de l’alliance où nous, Français, aurions bien davantage à perdre que Nissan qui est un beau parti pour qui songe à nouer un partenariat stratégique, voire plus si affinités.

L’ affectio societatis – comprendre : la volonté commune entre plusieurs personnes physiques ou morales de s’associer pour créer un groupe unifié -, peut voir le jour et je le souhaite par-delà les déclarations un peu hors-sol du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, ce 10 novembre sur « Europe 1 » . Il a déclaré que la fusion Renault-Nissan « n’a pas à être à l’ordre du jour ».
Les regrets de PSA

A ceux qui aiment l’automobile, il faut rappeler le diagnostic du Philippe Varin, à la tête de PSA Peugeot Citroën entre 2009 et 2014, qui avait conclu son audit stratégique par le fait que le groupe aurait commercialement dû conserver deux marques (Peugeot et Citröen), mais constituer un seul ensemble intégré, autrement dit totalement fusionner. A ceux qui aiment les vainqueurs, on peut indiquer que Nokia vient de procéder de la sorte en engloutissant intégralement Alcatel-Lucent.

Dans la vie des affaires, particulièrement industrielles, il n’est jamais bon de rester au milieu du gué (voir l’échec Daimler – Chrysler) : le temps finira par imposer la fusion aux apprentis mécanos qui croient détenir le pouvoir chez Renault alors que les clients (chiffres d’affaires comparés), les marchés (cours de Bourse) ont déjà tranché.

Evidemment, réalisée il y a quelques années, cette fusion aurait été moins dilutive pour Renault. C’est ballot comme dirait l’homme de la rue ou c’est « beurdin » comme on le dit dans le Morvan .

Jean-Yves Archer / Economiste
lesechos.fr

Aller en haut