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Pourquoi Safran envisage de vendre ses activités de sécurité

Pourquoi Safran envisage de vendre ses activités de sécurité

Le directeur général de Safran Philippe Petitcolin a lancé une étude afin d’examiner les options possibles (vente, adossement ou développement) pour le futur des activités de sécurité de son groupe.

Safran va-t-il rester dans la sécurité? Pas sûr. En tout cas, l’équipementier, qui souhaite se recentrer sur l’aéronautique et la défense, se pose fortement la question. Il a d’ailleurs lancé une étude pour examiner toutes les options possibles sur le futur de ses activités sécurité, regroupées dans la filiale Morpho, leader mondial de l’identification biométrique, des documents officiels, des cartes à puces et de l’identification automatisée par les empreintes, l’iris et le visage. Elle emploie 8.600 salariés pour un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros. Soit 10% des ventes du groupe. La décision sera prise avant la fin de l’année, a indiqué à Londres à des journalistes français le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin.

“Nous nous posons la question et nous regardons toutes les options qui se présentent en ouvrant le spectre le plus large possible. C’est pourquoi nous lançons une étude sur le futur des activités identité et sécurité”, a expliqué le patron opérationnel de Safran.

Trois options se présentent en fait à Safran. Le groupe va-t-il continuer à se développer sur ces segments de marché (identité et sécurité) et donc investir, via des acquisitions. Ou bien Safran va-t-il vendre ou encore s’allier avec un autre groupe. “La palette est totalement ouverte”, a précisé Philippe Petitcolin, qui s’était interrogé sur les activités de sécurité dès son arrivée à la tête de Safran. Pour autant, la tendance serait de vendre cette activité dans lequel Safran a beaucoup investi ces dernières années, via des acquisitions d’un montant d’environ 2 milliards d’euros en rachetant plusieurs activités : cartes à puces, pièces d’identité, détection. Car selon lui, “les métiers et même les technologies sont loin d’être aussi proches qu’on ne pouvait l’imaginer au départ”. A suivre.

Trop de différences entre la sécurité et l’aéronautique/défense?

Pourquoi Safran ne sent plus aussi bien dans la sécurité? “Les marchés sont très différents” entre la sécurité d’une part, et d’autre par l’aéronautique et la défense, estime Philippe Petitcolin. “Nous estimions à l’époque que nos activités avaient un ADN à peu près équivalent dans l’aéronautique et la sécurité. C’est faux pour moi. Les ADN sont très différents”, explique-t-il. Pour plusieurs raisons. Ainsi, il estime que dans ces métiers, il y a “toutes les semaines de nouveaux entrants, qui arrivent dans le domaine de la sécurité. Des entreprises se créent et développent soit une technologie, soit un produit, soit des algorithmes qu’elles espèrent vendre”. Ce qui augmente les risques pour une société comme Safran.

En outre, souligne-t-il, “les cycles des produits sont également très, très différents de ce qu’on trouve dans l’aéronautique. Les produits à base de logiciel vivent deux ans et, après les entreprises sont obligées de lancer une nouvelle version alors que dans l’aéronautique, les cycles sont plus longs”. Enfin, Philippe Petitcolin fait observer que “les compétences sont différentes” entre ces métiers. “C’est ce qui aujourd’hui me fait vraiment réfléchir, assure-t-il. Je ne suis pas arrivé jusqu’à maintenant à créer des tremplins pour faire passer nos talents de la sécurité vers l’aéronautique et défense et vice-versa. Je n’y arrive pas”.

Un premier pas vers un désengagement

Ce qui est sûr, c’est que Safran a déjà lancé la vente des activités de détection. “Nous sommes actuellement en train de discuter avec des acquéreurs potentiels, assure le patron opérationnel de Safran. Il y a plusieurs marques d’intérêt d’industriels. Ce ne sont pas des financiers”. Il n’est pas encore au stade de l’exclusivité. La filiale détection, Morpho Detection (MDI), a été rachetée à General Electric (GE) en 2009. Elle est spécialisée dans la sécurité aéroportuaire (contrôle des bagages en soute). “Nous n’avons pu trouver aucune véritable synergie avec le reste de la sécurité, c’est pourquoi nous avons décidé de mettre cette activité en vente”, justifie Philippe Petitcolin.

“Comme MDI est un acteur de niches, s’est posée à un moment la question de savoir si cette activité était entre de bonnes mains ou valait-il mieux la vendre à une autre entreprise. Nous sommes arrivés à la deuxième conclusion”.

Pour Safran, la vente de MDI est la conséquence d’un constat d’échec. Au départ le groupe pensait pouvoir “créer ce qu’on appelle l’aéroport du futur”. Dans sa réflexion initiale, Safran avait estimé qu’entre ses activités d’identité, de détection et de sécurité, il pouvait proposer “un ensemble très homogène de solutions”. Mais malheureusement cela n’a pas été le cas. Car avec seulement deux produits (tomographe et des systèmes de recherche de traces d’explosif), Safran, présent uniquement dans le domaine aéroportuaire, est resté un acteur de niches. “Nous sommes très, très cantonnés”, a reconnu Philippe Petitcolin.

“Il y a des interlocuteurs différents qui ne se sont pas alignés sur les mêmes objectifs. La police aux frontières, les douanes, le gestionnaire de l’aéroport et les compagnies aériennes ont chacun des objectifs propres. Nous ne sommes pas arrivés à mettre en œuvre ce potentiel autour d’une combinaison de différentes technologies pour fluidifier les aéroports”.

Michel Cabirol à Londres
latribune.fr

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