vendredi 15 novembre 2019
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Private Equity : en Afrique, les fonds d’investissement se spécialisent et se « panafricanisent »

Private Equity : en Afrique, les fonds d’investissement se spécialisent et se « panafricanisent »
Miser dans des secteurs précis, multi-régionaliser les investissements, telles sont les deux principales tendances qui se dégagent des activités des fonds d’investissement en Afrique pendant la première moitié de 2019.

Au cours du premier semestre 2019, les fonds d’investissement actifs en Afrique ont levé 1,7 milliard de dollars en clôture finale (contre moins d’un milliard de dollars sur la même période l’an dernier) dont 70% provenaient de fonds sectoriels. C’est ce que révèle le rapport semestriel de l’Association des sociétés africaines de capital-investissement et de capital-risque (AVCA) distribué à la presse le 1er octobre. Les levées de fonds en clôture intermédiaire, sur la période, se sont quant à elles élevées à 900 millions de dollars. « Cela indique une tendance croissante à la spécialisation parmi les gestionnaires de fonds, préférant se concentrer sur l’identification et la valorisation des opportunités dans leurs domaines d’expertise », constate l’AVCA.

Une question d’opportunités

En volume, quatre secteurs se sont accaparés 58% des transactions sur la période. Il s’agit de la finance, la consommation de base, l’industrie, mais aussi la consommation discrétionnaire, laquelle englobe généralement les biens de consommation durable, les médias, l’automobile, les loisirs ou encore le luxe. En valeur, les produits industriels, les biens de consommation courante et les soins de santé ont absorbé 73% des transactions.

« Pendant la première partie de l’année en cours, les fonds d’investissement ont identifié à travers le Continent des opportunités spécifiques sur lesquelles ils pouvaient se positionner. Nous avons également constaté que les fonds généralistes ont également tendance à se pencher sur certains secteurs. Il y en a par exemple qui se sont focalisés sur l’investissement technologique, saisissant l’opportunité de financer l’avancée en Afrique de technologies beaucoup plus pointues. D’ailleurs, les levées de fonds dans ce domaine en Afrique sont de plus en plus importantes », explique Enitan Obasanjo-Adeleye, directrice de la recherche chez l’AVCA, interrogée par La Tribune Afrique.

Cette tendance à la spécialisation des firmes de capital-investissement est d’autant plus marquée, que les fonds actifs sur le Continent, tendent désormais à miser dans des domaines identifiés comme étant à fort potentiel pour l’avenir. Si dans un contexte de leapfrog technologique, les Tech deviennent un choix évident, les récents comportements des Private Equity révèlent également leur intérêt pour l’agrobusiness. Les investissements de Phatisa en sont la preuve, idem pour Moringa, ce fonds sectoriel qui parie sur le potentiel du bio ouest-africain. D’autres fonds, en outre, mettent l’accent sur le financement des petites entreprises aux idées originales et prometteuses, à l’heure de la fièvre entrepreneuriale africaine.

Risque et agenda régional

L’autre révélation du rapport de l’AVCA est celle de la « panafricanisation » des fonds d’investissement. Si l’Afrique du Sud (28%) reste le pays le plus plébiscité, suivi des pays d’Afrique du Nord (19%), les transactions multi-régionales ont en effet représenté 51% de la valeur des transactions de capital-investissement en Afrique au cours du premier semestre.

Dans un entretien avec La Tribune Afrique en mars 2019, Charles Kié, CEO de NACP un fonds d’investissement qu’il a lancé avec le financier bissau-guinéen Paulo Gomez, justifiait, à titre d’exemple, la « panafricanisation » de leur structure par l’ambition de contribuer à l’émergence « de vraies multinationales africaines, qui savent naviguer dans ces différents environnements avec profitabilité ».

Les experts expliquent cette tendance à la multi-régionalisation des fonds d’investissement par l’ultime nécessité de diversification des risques inhérente à l’acte d’investir. « La concentration des risques dans un contexte de volatilité des environnements africains peut facilement et négativement impacter la performance sur le long terme », explique à La Tribune Afrique un expert financier qui requiert l’anonymat. On peut alors comprendre que le fonds d’investissement à impact d’Edmond de Rothschild, bien que pariant sur « l’énorme potentiel » de la mangue du Mali, se garantisse d’autres assises dans les marchés voisins. Certes, l’on est ici dans du mono-région, mais le principe de diversification des risques se vérifie.

Par ailleurs, l’orientation économique générale du Continent qui prévaut avec la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) changera naturellement la manière de faire les affaires en Afrique. Ainsi, ceux qui veulent être à la page demain, anticipent aujourd’hui. « Les zones régionales africaines sont en train de se décloisonner, non seulement parce que les acteurs économiques deviennent de plus en plus panafricains, mais ce décloisonnement représente également l’essence même de la ZLEC, soutient notre expert. Par conséquent, stratégiquement, l’approche panafricaine devient une voie d’avenir pour tout acteur qui œuvre dans une logique de présence à long terme sur le Continent ».

Selon Tokunboh Ishmael, présidente d’AVCA et patronne d’Alitheia Capital, la croissance observée dans l’activité des fonds d’investissements a pour « moteur essentiel », la classe moyenne émergente du Continent. Et alors que le dynamisme actuel fait espérer aux acteurs de meilleures performances à venir, les experts soulèvent de plus en plus la question d’un modèle africain du capital-investissement. Et ces tendances à la spécialisation et à la « panafricanisation » s’y prêtent.

Ristel Tchounand
afrique.latribune

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