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Privé du deal du siècle, le PDG d’Orange reste positif

Privé du deal du siècle, le PDG d’Orange reste positif

Forcément déçu par l’échec du rachat de Bouygues Telecom, le PDG de l’opérateur historique se console avec la bonne santé de son groupe… et une multitude d’autres projets.

L e week-end dernier, il était au marathon de Paris. Comme supporter, précise-t-il, mais il a bien dû marcher une douzaine de kilomètre. Il a aussi fait un tennis, mais il n’est pas très fier du résultat. Pas si simple, pour le PDG d’Orange, de reprendre les réflexes d’une vie presque normale après trois mois de tractations intenses pour tenter d’absorber Bouygues Telecom. Le deal du siècle n’aura donc pas lieu: fin de l’opération Jardiland, le nom de code donné par les négociateurs de Bouygues et Orange. “C’est un rendez-vous manqué pour le pays, mais on s’en remettra”, soupire Stéphane Richard.

Leçons tirées

Tout sourire, il tend la main vers la grande baie vitrée de son bureau qui ouvre sur le ciel de Paris: “Il fait beau! Orange est en forme et nous sommes un groupe mondial: ce ne sont pas les projets qui manquent, en Afrique comme en Europe”. Au passage, il dévoile un investissement de 75 millions d’euros dans Africa Internet Group, la plateforme d’e-commerce, qui compte notamment à son capital l’allemand Rocket Internet et l’opérateur sud-africain MTN. Il parle aussi de ses ambitions dans le secteur bancaire après le rachat de Groupama Banque: “Nous voulons frapper fort et ce sera massif!”prévient-il.

Et, bien sûr, l’opérateur de télécoms va continuer de se déployer en Europe, dans les pays où il est déjà présent et sur de nouveaux marchés en Europe du Nord, au Benelux… L’Italie? Il préférerait ne pas en parler du tout. A chaque fois qu’il évoque Telecom Italia, il a l’impression qu’une bande de tifosis se déchaînent de l’autre côté des Alpes: “C’est un sujet épidermique en Italie. Les ambitions françaises agacent”. Allusion claire à l’offensive de Vivendi et de son président Vincent Bolloré, qui détient près de 25% de l’opérateur transalpin.

Le patron d’Orange estime avoir les moyens de ses ambitions européennes. “Nous allons tirer les leçons de l’épisode Bouygues”, confie Stéphane Richard. De tous les opérateurs en Europe, dit-il, Orange est celui qui affiche la santé la plus saine. Pour lui, une prise de contrôle de Telecom Italia ne serait pas transformant: elle coûterait environ 4 milliards d’euros, ce que l’opérateur a payé en 2015 pour l’acquisition de Jazztel en Espagne et ce qu’il aurait fallu débourser dans l’opération Bouygues Telecom en 2016.

Respect pour Martin

“Nous avons les moyens de certaines ambitions européennes, sans solliciter nos actionnaires”, assure-t-il. Mais pourrait-il s’entendre avec Vincent Bolloré à la faveur d’un rapprochement? Stéphane Richard ne peut s’empêcher la comparaison: “Martin Bouygues affirme qu’il veut rester un acteur majeur des télécoms, tandis que Vincent Bolloré positionne Vivendi comme un grand groupe de contenus sans ambition dans les télécoms”.

Avec un brin de mélancolie, il évoque ses rencontres avec Martin Bouy gues, “un personnage éminemment respectable”. Ils se retrouvaient dans le bureau de l’avocat Jean ­Michel Darrois, dans le XVIe arrondissement. Lui s’asseyait sur une banquette premier Empire, où il déposait sa veste. Martin s’installait dans un fauteuil, face à lui. Les deux hommes ont appris à se connaître et à s’apprécier lors de ces discussions informelles. Ils avaient eu des mots, il y a deux ans, quand le patron du groupe de BTP avait réclamé sa tête au ministre Arnaud Montebourg. Désormais, ils se tutoient. “Il est toujours très clair dans ce qu’il dit, il n’est pas tordu. Il est constant et fidèle et ce n’est pas négligeable de la part de quelqu’un qui pourrait devenir votre actionnaire”, dit aujourd’hui Stéphane Richard.

Complexité sous-estimée

Les deux patrons se retrouvent ainsi, face à face, le 31 mars, à 8 heures du matin. Le PDG de Bouygues a l’air désabusé, une semaine après sa rencontre houleuse avec Emmanuel Macron. “Il a sous-estimé la complexité du sujet”, observe Stéphane Richard, qui se voit alors remettre une “note de points” restant encore à traiter. Le patron d’Orange réalise qu’elle n’a pas évolué depuis la semaine précédente. Pas question que l’opérateur historique fasse toutes les concessions. Il rejoint son équipe de négociateurs rassemblée à l’étage inférieur autour du directeur financier, Ramon Fernandez. Fin des négociations.

Les deux hommes se rencontrent pour un ultime tête-à-tête, le vendredi soir, à 17 heures. Martin Bouygues n’est plus le même homme. Il a l’air soulagé. Juste avant cette entrevue, le Premier ministre Manuel Valls lui a téléphoné pour tenter de le convaincre de poursuivre les discussions. En vain. Il remet à Stéphane Richard une lettre dans laquelle il donne les raisons de l’arrêt de l’opération Jardiland. Martin y remercie son « cher Stéphane », pour sa “grande écoute” et sa “parfaite courtoisie”.Il conserve précieusement la missive. “Je ne regrette pas de l’avoir fait”, lâche-t-­il. Comme à la fin d’un marathon.

Making of
La rencontre se déroule dans la matinée du lundi 4 avril, dans le bureau à la moquette immaculée de Stéphane Richard, au siège d’Orange. L’homme semble détendu. Il est souriant. Trois jours plus tôt, les négociations en vue du rachat de Bouygues Telecom ont été rompues.

Gilles Fontaine
challenges.fr

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