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Quand « l’atelier du monde » veut faire monter en gamme ses usines

Quand « l’atelier du monde » veut faire monter en gamme ses usines

A la Foire industrielle de Shanghai, la Chine a célébré les vertus de l’usine intelligente et de la robotisation. Pékin veut pousser le pays à fabriquer des produits de qualité et trouver de nouveaux relais de croissance en s’appuyant sur la consommation de la classe moyenne.

Tian Peng Liu se frotte les mains. Sur son stand, le vice-président du pôle factory automation de Bosch Rexroth China a enchaîné les rendez-vous clients la semaine dernière. La Foire industrielle de Shanghai (photo), un énorme événement qui rassemble plus de 2.000 exposants et 130.000 visiteurs, avait fait cette année de l’usine intelligente son thème de prédilection. Une aubaine pour tous les fournisseurs de machines et de robots, qui se sont mis dans les pas du Premier ministre chinois, Li Keqiang, et de son plan Made in China 2025. « Avant, la priorité des industriels chinois, c’était les volumes. Maintenant, ils pensent aussi qualité et productivité », explique Tian Peng Liu.

Réduire la dépendance aux technologies étrangères

Dévoilé en mai 2015, le plan de Pékin a un objectif simple. Assurer la montée en gamme de l’appareil industriel , alors que le taux de croissance de la Chine a fléchi ces dernières années. Dans les secteurs à forte main-d’oeuvre, l’inflation des salaires a rendu d’autres pays plus compétitifs. « A partir de 2010-2011, les usines de jouets ou d’habillement ont commencé à partir au Bangladesh, en Malaisie, en Thailande », rappelle Hui Zhang, vice-président du pôle robotique d’ABB en Chine.

Après avoir été l’atelier du monde, le pays veut trouver de nouveaux relais de croissance en s’appuyant sur la consommation de sa classe moyenne. Pour cela, il lui faut fabriquer des produits de qualité supérieure. Une mutation qui impose d’acheter des robots , d’automatiser des usines bas de gamme et de prendre la vague du numérique. « La Chine a raté les trois premières révolutions industrielles, elle ne veut pas manquer la prochaine », explique Haicheng Tchang, ingénieur en chef au sein du groupe spatial CASC. Pékin veut aussi réduire sa dépendance aux technologies étrangères. Une dizaine de secteurs stratégiques ont été sélectionnés (robotique, aéronautique, véhicules verts, nouveaux matériaux, biomédecine…) avec l’idée de multiplier brevets et standards chinois dans ces domaines.

Cette montée en gamme va générer une vague d’acquisitions, à l’instar du récent rachat du fabricant allemand de robots Kuka. « Pour réussir, le pays a besoin de solutions 4.0, mais les sociétés occidentales ne veulent pas transférer leurs technologies les plus avancées parce qu’elles craignent la concurrence de la Chine », estime le docteur Hu Qan, président de l’Académie chinoise de l’industrie 4.0, un cabinet indépendant. Une idée récusée par les géants occidentaux. « Lorsqu’on touche aux questions de souveraineté numérique, il peut être compliqué de travailler en Chine », rappelle Ray Tan, le patron de la « digital foundry » de General Electric en Chine.

Inspiré du plan allemand

Dans ce pays où les services de Google sont interdits, les données des industriels chinois doivent être stockées sur place. Les multinationales ne peuvent y accéder, ce qui va imposer à GE de s’appuyer sur China Telecom pour vendre sa plate-forme numérique Predix dans l’Empire du milieu.

Si Made in China 2025 s’inspire du plan allemand, force est de constater qu’il ressemble beaucoup à un programme Industrie du futur français , très axé sur la modernisation d’un tissu industriel vieillot. Les virages numériques allemand et américain sont guidés par des idées différentes.

L’Allemagne veut rendre ses usines plus flexibles.

Avec Industry 4.0, l’Allemagne cherche à utiliser le numérique pour rendre ses usines plus flexibles . Le but est de fabriquer un produit personnalisable à un coût industriel. C’est un plan qui s’inscrit dans une vision nationaliste.

D’abord, parce qu’il s’agit de se défendre contre les géants américains du numérique, de contrer la menace d’un « Google des usines », reliant les machines les unes aux autres. Mais aussi parce qu’une fabrication à la commande à faible coût permettrait un retour des usines en Occident auprès des lieux de consommation. La « speedfactory » d’Adidas, censée tenir dans un poids lourd et produisant une chaussure personnalisée à la demande est l’exemple parfait de cette démarche.

« La vision américaine s’articule plutôt autour de la donnée elle-même », analyse Pascal Dalloz, directeur général adjoint, marques et développement corporate chez Dassault Systèmes. Il s’agit de la sélectionner et de la contextualiser pour la rendre intelligente. D’analyser par exemple les millions de données de fonctionnement d’un réacteur d’avion afin d’anticiper une panne. C’est l’approche de GE avec sa plate-forme Predix. Le conglomérat veut en faire un outil transversal sur lequel viendraient se greffer des applications métiers internes ou externes, comme Apple a réussi à le faire avec les Apps sur l’ipad ou l’iphone.

Des réfrigérateurs personnalisés

Pékin peut-il gagner son pari digital ? China Aerospace Science & Industry (Casic) a lancé CASICloud, une plate-forme qui se veut similaire à Predix. Grâce à son portail Internet et à ses usines connectées, Haier peut livrer depuis 2015 des réfrigérateurs personnalisés par le client. Si la Chine a un niveau d’automatisation de ses usines très faible, elle a l’avantage d’être la seule nation à avoir des géants du digital, en dehors des Etats-Unis. Dans ce pays où l’on paye communément avec son téléphone mobile, c’est un atout de poids pour gagner la bataille de l’industrie.

EMMANUEL GRASLAND
lesechos

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