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Quand la Banque du Japon asphyxie son marché obligataire

Quand la Banque du Japon asphyxie son marché obligataire

Pour la septième fois cette année, aucun emprunt d’Etat japonais à 10 ans n’a été échangé en séance. La politique de taux bas évince les investisseurs.

Si l’été est une saison habituellement calme sur les marchés financiers, le marché obligataire japonais pousse la tendance à l’extrême. Mercredi 29 août, aucune obligation gouvernementale à 10 ans, titre de référence sur le marché, n’a été échangée. Cette situation est loin d’être une exception. C’est la septième fois cette année que le titre n’a pas changé de mains en séance, selon Bloomberg. Sur d’autres segments moins emblématiques, comme les obligations à un an, les jours d’activité au cours d’un mois se comptent même sur les doigts d’une main.

Un marché sclérosé par la politique monétaire

Le marché de la dette publique japonais est pourtant loin de manquer de volume. Avec un taux d’endettement estimé à 236 % en 2018 par le FMI, l’encours des obligations d’Etat atteint les 10.000 milliards de dollars. Seulement, le marché est sclérosé par un acteur aux moyens démesurés : la banque centrale.

La Banque du Japon détient en effet plus de 41 % de tous les titres de dette publique japonaise. Cette situation est le résultat de plusieurs années de politique monétaire exceptionnellement accommodantes (achats massifs de titres, y compris des ETF, taux de dépôt négatif…) dans l’espoir de limiter le coût de l’emprunt des agents privés et de stimuler ainsi la croissance et l’inflation .

Mais les effets nocifs de cette politique se font de plus en plus sentir. Outre les fonds d’investissement, qui prospéraient grâce à la dette japonaise il y a quelques années mais ont dû trouver d’autres sources de revenus, l’opération d’ampleur de la banque centrale pénalise les banques régionales. Celles-ci comptaient sur les obligations d’Etat pour leur fournir des rendements décents sur leurs dépôts, dans un contexte de baisse du nombre d’emprunteurs. Les salariés du secteur privé sont également touchés car leur épargne retraite dépend du taux des emprunts d’Etat.

Pas de changements majeurs en vue

Nombreux sont ceux qui souhaitent une inflexion de la politique de la banque centrale. Fin juillet, l’annonce d’un corridor de flottement plus large (de 20 points de base autour de 0 %) pour les taux obligataires à 10 ans a suscité quelques espoirs. La BoJ se distingue en effet des autres grandes banques centrales en fixant les taux longs à un certain niveau.

Mercredi 29 août, un membre du directoire a déclaré que l’institution aurait besoin de davantage de temps pour modifier sa politique. Ce vendredi, elle a publié son programme de rachat de titres pour septembre, avec une baisse de la fréquence des opérations, compensée par une hausse de leur montant.

Rémy Poncet
lesechos

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