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Quand la Chine fait caler l’automobile européenne…

Quand la Chine fait caler l’automobile européenne…

Champions de la bourse en début d’année, les constructeurs automobiles européens pâtissent du ralentissement chinois.

La fête est bel et bien finie pour les constructeurs automobiles européens, qui effacent peu à peu les gains engrangés en début d’année. Tandis qu’elles signaient les meilleures performances boursières du premier semestre, les valeurs automobiles du CAC 40 plongent depuis un mois. Exemple phare, si Peugeot marque encore la plus forte hausse depuis le début de l’année (+ 47,16%), le titre accuse la quatrième baisse de l’indice sur un mois, en plongeant de 15,82%. Le constat vaut aussi pour la plupart des constructeurs européens. L’automobile affichait la plus forte progression sectorielle du Stoxx 600, avec un gain de 22% à la fin du premier semestre. Renforcé par les restructurations engagées en 2012 et la baisse des matières premières, le secteur a également bénéficié d’une reprise des ventes. En témoignent les immatriculations européennes qui ont progressé de 8,2 % au premier semestre 2015.

Forte exposition à la Chine

Mais le ralentissement de la Chine, premier marché mondial (23,5 millions de véhicules vendus en 2014), est venu gâcher la fête. Et pour cause, avec l’énergie, l’automobile européenne est l’un des secteurs les plus exposés à la Chine . Les constructeurs y réalisent en effet 11% de leurs ventes. Premiers à effacer leurs gains boursiers, dès avril : les constructeurs allemands. Selon JP Morgan, la Chine représente près de 40% des profits avant impôts de BMW et Volkswagen. Fin juillet, ce dernier a d’ailleurs revu à la baisse ses objectifs de ventes annuelles , qu’il attend dorénavant stables et non plus en hausse. «PSA et Renault ont tiré leur épingle du jeu plus longtemps que les constructeurs allemands dont les cours baissent depuis le mois d’Avril » remarque Catherine Garrigues, responsable de la gestion actions Europe d’Allianz GI. Mais la chute n’en a été que plus brutale cet été. Exposé via son partenaire Nissan, Renault accuse la plus forte chute du CAC 40 depuis un mois, avec un plongeon de 23%. L’action Valeo, qui s’était envolée de 100 € à 156 € entre janvier et fin mai, est retombée à 105 € fin août.

La production chinoise vouée à augmenter

Il faut dire que les derniers chiffres du marché automobile chinois sont mauvais . Sur les sept premiers mois de l’année, les ventes ont stagné (+0,4 %). Pire : les immatriculations de voitures neuves ont chuté de 7,1% à 1,5 million d’unités en juillet. C’est leur plus forte baisse depuis février 2013 et le quatrième mois d’affilée de repli des livraisons. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer, selon Catherine Garrigues : « les capacités de production chinoises devraient passer de 23 millions en 2014 à 30 millions de véhicules en 2017». Or la demande n’est pas encore en mesure d’absorber une offre abondante: « la consommation ne pèse qu’un gros tiers du PNB de la Chine. Et le rebalancement de son modèle économique vers la consommation prendra du temps, il faut compter une décennie».

L’automobile européenne, qui avait placé la Chine au cœur de sa stratégie d’investissement, doit donc cesser de compter sur ce moteur. Un retour à la normal, selon Catherine Garrigues : « avec le boom chinois, le secteur a réalisé beaucoup d’investissements pour permettre l’expansion de 60-65 millions de véhicules par an à potentiellement 100 millions. Mais le taux de croissance des BRICS est en train de s’évanouir et l’automobile va revenir à son statut historique de secteur cyclique ». Il n’en fallait pas plus pour que les analystes revoient les perspectives à la baisse. Credit Suisse a réduit de plus de 10% en moyenne ses attentes de résultats pour le secteur sur la période 2015-2018.

Laura Le Saux
lesechos.fr

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