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Que mange l’Afrique ?

Que mange l’Afrique ?

Suite à la série de scandales de commercialisation de viande d’âne, de riz jugé impropre à la consommation, d’huiles ou d’alcools frelatés et d’intoxications dues à la consommation de gibier, quid de la sécurité sanitaire des produits alimentaires en Afrique ?

Quelles sont les grandes métropoles où des cas de sandwichs à la viande d’âne n’ont pas défrayé la chronique? Peu nombreuses, à l’échelle planétaire. C’est dire combien la problématique est sérieuse et mérite qu’on s’y attarde. En effet, les scandales d’intoxications alimentaires, de commercialisation de produits alimentaires périmés… ne sont pas rares en Afrique. Pourtant, la grande majorité des pays du continent s’enorgueillissent de disposer de textes de loi coercitifs et d’institutions chargées du contrôle, de la règlementation… qui doivent veiller aux normes alimentaires et à la maîtrise de la chaine alimentaire. Mais malheureusement, il arrive que l’application des mesures pour préserver la qualité et garantir la sécurité sanitaire des aliments fasse défaut. Quant à la chasse au glyphosate, c’est une autre paire de manches.

Dans nos agglomérations, des aliments à la qualité douteuse sont achalandés dans des marchés officieux. Les cas de botulisme et d’intoxications alimentaires de toutes sortes sont annoncés dans des quartiers périphériques des grandes capitales africaines. Avouons que la vigilance, qui certes faiblit, n’est heureusement pas à son niveau le plus bas. Dans plusieurs localités du Sénégal, au cours d’une opération conjointe, baptisée «Aar Askan Wi» ou «Protection des populations», et menée entre la gendarmerie et les services d’hygiène, plusieurs tonnes de riz jugé impropre à la consommation ont été saisies, ainsi que la viande d’âne.

En Afrique centrale et de l’Ouest, la dernière épidémie à virus Ebola avait poussé certaines autorités à sévir contre la commercialisation tous azimuts de gibiers. Aussi, les conservations artisanales, avec des défauts de stérilisation ont véhiculé des cas de botulisme qui ont pu être mortels. Au-delà des dégâts importants au sein des populations, un autre préjudice, et non des moindres, est le manque de visibilité quant aux débouchés sur l’extérieur. Pour l’expert biologiste Dr Ahmed Essadki, aussi président de l’AEFS (Association des experts africains de sécurité sanitaire des aliments), parallèlement à des campagnes régulières de sensibilisation, il est impératif de mettre en place une règlementation avec des textes de loi pour le secteur agroalimentaire. Au Maroc, où il officie au sein de son Laboratoire Essadki d’analyses alimentaires, plus précisément à Casablanca, il y a la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, un texte renforcé par la loi n° 25-08 portant création de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, promulguée par le dahir n° 1-09-20 du 22 safar 1430, correspondant au 18 février 2009.


 

Tout un arsenal pour presque rien


 

Au Sénégal, où les populations viennent de vivre un scandale de sécurité sanitaire des aliments, il est paradoxal de constater que les services officiels et les bases juridiques ne manquent pas. La loi 66-48 du 27 mai 1966, complétée par 2 décrets de portée générale, les lois 68-507 et 68-508 du 7 mai 1968, est la base du contrôle de la sécurité sanitaire des denrées alimentaires. Plusieurs textes de loi et décrets sont venus compléter ce texte de base, notamment l’arrêté 00-3309 du 15 mars 2000 portant organisation de la DPV et la création d’un bureau de contrôle de qualité pour l’application du décret 99-259 du 24 mars 1999 et le Comité national du Codex Alimentarius créé par le décret n° 83-1204 et abrité par le ministère de la Santé et de la prévention via le Service national de l’alimentation et de la nutrition (SNAN). Il y a aussi tout un arsenal juridique sur le contrôle pour la sécurité sanitaire des aliments. En effet, le contrôle technique de qualité, la démarche de la promotion qualitative et de la valorisation des produits y sont assurés par diverses structures de contrôle publiques, telles que la Direction de la protection des végétaux via la Division de la législation du contrôle phytosanitaire et de la qualité, la Direction de l’élevage (Bureau hygiène et industrie des denrées alimentaires d’origine animale et services régionaux de l’élevage), la Direction de l’océanographie et des pêches maritimes via le Bureau de contrôle des produits halieutiques et services régionaux des pêches, le Service national d’hygiène en rapport avec le ministère du Commerce via la Division de la consommation et de la qualité. Cette inexistence de structure unique regroupant sous sa coupe le contrôle la sécurité sanitaire des aliments se retrouve dans plusieurs pays africains. A cela s’ajoute un manque criard de moyens. Ce que déplore Dr Seck, DG ITA Sénégal.

Daouda MBaye
lesafriques.com

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