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Quel est l’impact de la chute des prix du pétrole sur le commerce extérieur ?

Quel est l’impact de la chute des prix du pétrole sur le commerce extérieur ?

Depuis la chute des cours de l’or noir, entamée en 2012, les exportations tricolores ont chuté de 10% vers les pays exportateurs de pétrole, en particulier vers la Russie.

Entamée en 2012, la chute des cours du brut a des avantages. Elle allège la facture énergétique, offrant des gains de compétitivité prix aux entreprises, et augmente le pouvoir d’achat des ménages, ce qui explique en grande partie la résistance de la consommation. Celle-ci a progressé de 1,4% en 2015, soit 0,8 point de plus qu’en 2014.

Voici pour l’avers de la médaille. Et le revers ? Ayant vu leurs ressources financières chuter avec la baisse des cours du brut, les pays exportateurs de pétrole réduisent la voilure, leur train de vie. Leurs investissements, leurs importations reculent.

Les prix du pétrole ayant été divisés de moitié depuis 2012, passant d’un record historique à 111,8 dollars par baril de Brent en moyenne annuelle, à 54,4 dollars en 2015, quel est l’impact de cette chute des prix du brut sur un commerce extérieur français déjà en difficulté ?

” Sur la période récente, le recul des prix du pétrole depuis 2012 s’accompagne d’une baisse de 10 % des exportations des pays de l’Union européenne vers les principaux pays producteurs de pétrole. La diminution est cependant inégale selon les pays : elle est plus forte en Allemagne (-14 %) qu’en France (-11 %), tandis que l’Italie et l’Espagne sont relativement moins impactées (respectivement -6 % et -4 %) “, précise une étude des Douanes dévoilée ce jeudi. En euros sonnants et trébuchants, cette perte est estimée à 3,5 milliards d’euros, à comparer aux 450 milliards d’euros d’exportations enregistrées sur le seul exercice 2015. L’impact est donc limité.

L’automobile est le secteur le plus marqué

Des différences sectorielles apparaissent néanmoins. Selon les Douanes, les exportations automobiles tricolores sont les plus touchées par le recul des ventes aux pays producteurs de pétrole (-42 % entre 2012 et 2015). Toutefois, cette chute concerne surtout la Russie (-77 %) et l’Algérie (-49 %), le premier pays étant en récession et le second soutenant l’industrie automobile locale via les investissements des constructeurs étrangers.

Les ventes de pétrole raffiné en valeur diminuent également fortement entre 2012 et 2015 (-52 %), du fait surtout de la baisse des prix qui est deux fois plus importante que celle des volumes exportés. Le repli marqué des ventes de produits informatiques et d’équipements électriques et ménagers (-22 %) semble corrélé à la baisse des cours pétroliers.

Quant au recul des ventes de produits chimiques dont les prix sont très dépendants de ceux du pétrole, il reste modéré (3 %) et ne contribue que « faiblement » à la diminution de nos exportations vers les pays producteurs de pétrole estiment les Douanes.

En revanche, les exportations de l’aéronautique et de produits pharmaceutiques demeurent robustes. « Les livraisons aéronautiques et spatiales, qui figurent aux premiers rangs des produits exportés, paraissent peu liées aux évolutions du pétrole, au moins à court terme. S’agissant de grands contrats dont les termes sont définis très en amont de la livraison, les cours du pétrole influencent assez peu les décisions d’achat qui reposent davantage sur la trésorerie des acheteurs (recettes pétrolières antérieures) », observe cette étude.

Sur le plan géographique, des écarts apparaissent également. Précisément la chute de moitié des exportations de la France vers la Russie entre 2012 et 2015 (4,6 milliards d’euros), explique à elle seule la quasi-totalité de la baisse des ventes aux producteurs de pétrole.

L’effet de l’embargo russe

” Il est néanmoins difficile d’isoler l’effet propre dû à la baisse des prix du pétrole des autres facteurs (récession, chute du rouble, embargo sur les produits agro-alimentaires depuis 2014) “, observent les Douanes pour qui, sur la période, estime que l’embargo sur les produits agro-alimentaires consécutif aux mesures de rétorsions prises par l’Union européenne contre la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014, n’explique qu’une faible part de la chute des ventes françaises à la Russie, à hauteur de 320 millions d’euros, soit 7 % du recul des exportations vers la Russie.

A l’inverse, les ventes françaises progressent avec la moitié des pays producteurs de pétrole, notamment avec les Émirats arabes unis qui représentent 13 % des exportations vers cette zone. En définitive, en excluant la Russie, les ventes françaises vers les pays fournisseurs de pétrole progressent de 5 % entre 2012 et 2015, le recul des ventes vers l’Irak (machines et aéronautique) et le Gabon (machines et produits métallurgiques et métalliques) étant plus que compensé par la progression vers le Koweït (aéronautique) et le Kazakhstan (produits métallurgiques et métalliques).

Fabien Piliu
latribune.fr

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