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Quelles fées se penchent sur le berceau de South32, la spin-off de BHP ?

Quelles fées se penchent sur le berceau de South32, la spin-off de BHP ?

Le 6 mai, les actionnaires de BHP Billiton ont approuvé, à plus de 98%, la scission de South32, qui hérite des actifs non stratégiques du géant minier anglo-australien. Victime (ou bénéficiaire, selon les points de vue) des indispensables réductions de coûts dans le secteur minier, la nouvelle entrante arrive sur un marché en pleine restructuration avec quelques atouts et pas mal de défis.

Le nom de la nouvelle spin-off de BHP Billiton, dont la scission a été validée par les actionnaires le 6 mai, est une référence au 32e parallèle Sud, qui relie l’Australie à l’Afrique du Sud. Basée à Perth en Australie avec des bureaux à Johannesbourg, South32 devrait être cotée à Londres, avec une cotation secondaire au Johannesburg Stock Exchange. Sa prochaine introduction en bourse, début juin, sera un test crucial pour mesurer l’intérêt des investisseurs pour un secteur minier bousculé par les surplus liés à la course aux volumes des champions du minerai de fer, la baisse des prix des métaux et le ralentissement de la demande chinoise.

Pour l’instant, sa valorisation, fixée à 15 milliards de dollars, la place parmi le top 20 des minières mondiales. Selon les termes de la scission, BHP transfère une dette raisonnable (674 millions de dollars) à South32, et la dote d’une provision de 1,5 milliard destinée à des travaux de réhabilitation de ses mines, selon un rapport spécial du Platts publié le 7 mai. Suite à cette scission, BHP verra son volume d’opérations passer de 41 sites répartis dans 13 pays à 19 sites dans 8 pays. Les actifs qui passent dans le portefeuille de South32 sont constitués d’aluminium, de manganèse, de métaux non-ferreux (argent, plomb, zinc), de charbon (vapeur et à coke) et de nickel.

L’aluminium subit la hausse de production chinoise

Parmi les actifs transférés à South32, l’aluminium était le plus gros contributeur à la marge brute de BHP, avec entre autres la mine et la raffinerie de Worsley, en Australie-Occidentale, celle d’Hillside à Richards Bay en Afrique du Sud, et une participation de 47,1% au capital de la fonderie de Mozal au Mozambique. South32 hérite également de participations dans des mines de bauxite et raffineries au Brésil (Alumar, avec l’américain Alcoa), qui offrent selon les analystes de JP Morgan des marges (11 à 12 dollars par tonne) plus élevées que celles de Worsley.

Les perspectives sont sombres pour les opérations australiennes, concurrencées par une production chinoise en forte hausse qui pèse sur les prix mondiaux. Les unités sud-africaine et mozambicaine ont, selon JP Morgan, assuré une marge moyenne de 16% sur les trois derniers semestres.

Le premier producteur de manganèse va devoir faire preuve de patience

Héritant d’actifs majeurs en Australie et en Afrique du Sud, South32 devient immédiatement le premier producteur mondial de manganèse, devant le français Eramet, le sud-africain Assmang, l’ukrainien Privat et le brésilien Vale. Comme le minerai de fer, ce métal est indispensable à la production de l’acier : il en faut 10 kg (tirés de 30 kg de minerai) pour fabriquer une tonne d’acier. Et comme le fer, il dépend de la demande en acier. Résultat : son prix a chuté de 35% depuis début 2014. Le surplus mondial mettra du temps à se résorber, mais les fondamentaux à long terme sont rassurants, la demande des pays émergents augmentant avec l’utilisation généralisée d’aciers haute-résistance, notamment dans les zones à risque sismique.

Cannington : un site majeur mais vieillissant

La mine d’argent, de plomb et de zinc de Cannington (Queensland, Australie) est l’une des plus importantes au monde. Elle produit annuellement 26,1 millions d’onces d’argent, 189 000 tonnes de plomb et 62 000 tonnes de zinc. Mais des analystes de CLSA (Credit Lyonnais Securities Asia) relèvent dans une note récente que les marges ont souffert de la hausse des coûts et de l’appauvrissement du minerai, faisant de la haute teneur en métaux d’intérêt qui a prévalu jusqu’ici à la fois la plus grande force et la plus grande menace de cette mine.

Charbon : en compétition directe avec sa génitrice

La valorisation des actifs de South32 dans le charbon va demander une gestion astucieuse. Notamment dans le charbon thermique, dont les prix ont commencé à décliner bien avant ceux du charbon métallurgique, sauvé par des arrêts de production dûs à des inondations dans le Queensland australien. Cependant, le charbon sud-africain ne pâtit pas trop du ralentissement de la demande chinoise, puisque qu’il est exporté en grande majorité vers l’Inde, dont la demande ne cesse de croître. Mais les mines sont vieillissantes et les coûts de production en hausse.

Le charbon métallurgique, produit principalement à Illawarra en Australie, par contre, n’aura plus à jouer les seconds-couteaux derrière les mines géantes du Queensland, conservées par BHP. Avec une réduction des coûts et une légère hausse de production, ce site, qui devrait représenter quelque 10% de la valeur de South32, est un actif de classe mondiale qui pourrait se retrouver en concurrence directe avec ceux de BHP.

Manque d’enthousiasme sur le nickel

Malgré la hausse des prix du nickel intervenue au premier semestre suite à l’interdictions d’export du minerai brut décidée par l’Indonésie, BHP n’a réussi à vendre ni la mine et la raffinerie de Nickel West en Australie, ni celles de Cerro Matso en Colombie. Le premier reste en vente, le second passe sous étendard South32. Le marché s’étant calmé en voyant le nickel des Philippines pallier l’absence de minerai indonésien,les prix du nickel au London Metal Exchange (LME) sont retombés de 17% au second semestre 2014. Sur ce marché caractérisé par de faibles volumes, de légères variations de production suffisent à faire fluctuer les prix rapidement. Mais, à moins que l’Indonésie ne fasse des émules, les analystes du Platts ne voient pas de nouvelle perspective haussière sur ce métal pour relancer les fusions-acquisitions. Pourtant, pour relancer la production en baisse (-12%) du site de Cerro Matso, South32 devra réinvestir. A moins qu’il ne décide de sortir…

Victime ou vainqueur ?

“La spin-off de BHP peut être considérée, selon les points de vue, comme la victime ou le bénéficiaire des efforts des majors pour réduire les coûts, les dépenses d’investissement, et de façon plus générale devenir plus sobres sur un marché des matières premières qui présente de plus en plus de défis”, relèvent les analystes du Platts. BHP va ainsi pouvoir concentrer ses efforts sur ses activités les plus stratégiques, à savoir les “quatre piliers que sont le minerai de fer, le pétrole, le cuivre et le charbon, la potasse apparaissant comme un potentiel cinquième. Mais les actifs dans ces secteurs devront être à durée de vie longue, de haute qualité et à large échelle. Les actifs écartés vers South32 ne remplissaient pas ces critères”, affirme le Platts.

Malgré la perte de valeur du minerai de fer, du charbon et du pétrole intervenue depuis l’annonce de la scission en août, les actifs conservés par BHP présentent, pour l’instant, de meilleurs rendements que ceux de sa spin-off. Mais une gestion fine des opérations de cette dernière pourrait faire évoluer cette situation. “South32 ne verra plus ses actifs en compétition avec ceux de BHP pour l’investissement, et pourra bénéficier d’une gestion beaucoup plus agile”, relève Paul Bartholomew, responsable acier et produits bruts chez Platts.

L’histoire, en outre, plaide pour les scissions. Non seulement les spin-off ont généralement offert de meilleurs retours sur investissement que leurs sociétés parentes, mais elles arrivent sur le marché avec des bilans propres et peu de dettes, ce qui leur permet de se montrer opportunistes lorsque des actifs de qualité arrivent sur le marché. C’est exactement la situation de South32, et des opportunités ne manqueront pas de se présenter dans les mois à venir, vu le plongeon opéré par certaines matières.

Myrtille Delamarche
usinenouvelle.com

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