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Rafale : les cinq contrats impossibles à signer mais…

Rafale : les cinq contrats impossibles à signer mais…

Et si le Rafale atterrissait un jour en Arabie Saoudite, en Belgique, au Brésil, en Colombie et en Suisse. Surement impossible mais la France et Dassault Aviation ont des armes pour renverser des montagnes.

A priori le Rafale a peu, voire très peu, de chance d’atterrir un jour en Arabie Saoudite, en Belgique, au Brésil, en Colombie et en Suisse. Cinq pays où l’avion de combat tricolore ne part pas du tout favori – c’est le moins qu’on puisse dire – mais les circonstances pourraient lui être favorables. Contrairement aux Émirats Arabes Unis où une commande de 60 appareils certainement “customisés” à la mode émiratie (cf. Mirage 2000-9), est attendue, avec toutes les précautions requises, avant la fin de l’année. Tout comme en Inde (36 Rafale) qui pourrait signer un contrat à la fin de l’été. Il resterait deux à trois mois de négociations mais certains observateurs misent plus surement pour début 2016.

Finalement dans ces cinq pays (Arabie Saoudite, Belgique, Brésil, Colombie et Suisse) ne sait-on jamais, le Rafale pourrait créer la surprise. Car qui aurait misé un euro sur un contrat en Égypte, ne serait-ce qu’au début de l’été 2014?

Le poids des relations bilatérales

Tout dépendra notamment du contexte politique local et régional de ces cinq pays, et de leurs relations bilatérales avec la France. Et aussi bien sûr de la volonté de Dassaull Aviation de lancer une campagne dans ces cinq pays, campagne toujours très coûteuse. Faut-il rappeler que l’État – notamment Nicolas Sarkozy – avait réussi en 2007 à tordre le bras à l’avionneur, qui ne voulait pas se lancer dans un long appel d’offre en Inde. Ces commandes se joueront principalement sur ces paramètres géopolitiques. Et sur le prix du Rafale évidemment.

Mais elles ne se joueront plus tellement sur les qualités intrinsèques de l’avion de combat désormais bien connues et appréciées par la plupart des armées de l’air du monde. Les deux succès à l’exportation ainsi que les opérations extérieures (Afghanistan, Libye, Mali et Irak) ont bien aidé. Et pour avoir une chance supplémentaire de gagner dans au moins un de ces pays, Dassault Aviation devrait demander au ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian de rester à l’Hôtel de Brienne et ne pas s’exiler finalement en Bretagne, à la présidence du conseil régional. Un ministre dont toute l’industrie de la défense, pourtant peu suspecte de rouler à gauche, loue les qualités. Mais une telle décision sera du ressort de la politique politicienne, qui viendra essentiellement du locataire de l’Élysée.

Pourquoi pas l’Arabie Saoudite?

C’est la chasse gardée par excellence des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Depuis plus d’un demi-siècle que Ryad achète des avions de combat, le royaume wahhabite ne s’est jamais fourni qu’auprès de Washington et Londres. Et pourtant en 2006, Paris a tenté le tout pour le tout pour vendre de gré à gré 72 Rafale. Déjà. Mais Jacques Chirac s’est lui aussi finalement cassé le nez fin 2006, l’Arabie Saoudite achetant le rival de toujours, le Typhoon porté par Londres. Pas sûr que cela change.

Mais depuis un mois une rumeur persistante (est-ce plus qu’une rumeur?) circule dans les milieux industriels et étatiques sur une opportunité de vente. Plusieurs sources interrogées par “La Tribune” en parlent comme d’une possibilité tandis que d’autres démentent catégoriquement. Pourquoi une telle vente serait-elle possible? Cette hypothèse ne repose aujourd’hui que sur les très bonnes relations bilatérales entre Ryad et Paris, qui ne doit pas pour autant se comporter comme “un enfant dans un magasin de jouets”, explique-t-on à La Tribune. Cela peut-il suffire? A priori oui mais Paris devra bien analyser avec finesse les besoins des Saoudiens pour ne pas perdre son temps et surtout parasiter et/ou compromettre d’autres campagnes très prometteuses, notamment dans le naval, comme le craignent certains industriels.

Un retour de Dassault Aviation en Amérique Latine?

Le Rafale atterrira-t-il un jour en Amérique Latine, là où les différentes versions du Mirage ont fait longtemps les beaux jours des armées de l’air sud-américaines (Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela). Seuls les Super-Etendard argentins et les Mirage 2000 péruviens sont aujourd’hui encore en service. Si le Rafale a pris fin 2013 une claque au Brésil, qui s’est doté du Gripen fabriqué par Saab, – un appareil beaucoup moins performant que son rival européen -, l’avion tricolore pourrait néanmoins un jour atterrir sur un porte-avions brésilien de fabrication tricolore (DCNS). D’autant que le Gripen n’a pas pour le moment de version navalisée, sinon dans les cartons. Selon nos informations, Paris et Brasilia ont conclu un accord sur des arrangements techniques en vue de lancer des études sur un futur porte-avions.

Déjà en octobre 2013, le Délégué général de l’armement (DGA), Laurent Collet-Billon, expliquait qu’à “plus long terme, le Brésil pourrait réapparaître comme un marché potentiel, car ce pays développe une ambition de souveraineté qui l’a conduit à lancer un programme de porte-avions : le Rafale aura, une fois le bâtiment construit, le F-18 pour seul concurrent – si celui-ci est toujours produit”.

En Colombie, la Force aérienne colombienne (FAC), qui avait encore de Mirage 5 en service jusqu’en 2011, étudie actuellement le remplacement de ses 24 avions de combat Kfir, un avion israélien conçu au début des années 1970, a confirmé en début d’année le commandant de la FAC, le général Guillermo Leon Leon. Le chef des opérations aériennes, le général Eduardo Bueno Vargas, avait évoqué lors d’une conférence de presse à Londres en novembre 2013 comme options possibles, le F-16 (Lockheed Martin), le Sukhoi russe Su-30, le Rafale, le Mirage et le Gripen (Saab).

“Ce sont les seuls que le commandant de la FAC ait mentionné et les seuls à avoir été essayé par les pilotes de l’escadron de combat 111 de la FAC pour en déterminer les forces et les capacités”, explique l’expert militaire, Arnaud d’Aviau de Ternay.

Pour l’heure, Dassault Aviation, qui préfère désormais vendre le Rafale – et ce d’autant plus que l’avionneur est beaucoup serein avec les deux contrats exports en Égypte et au Qatar en poche -, n’a pas encore bougé en Colombie. L’avionneur est plutôt en attente de signes tangibles de Bogotá, qui apparait vu de France sous influence américaine, explique-t-on à “La Tribune”. Enfin, Paris n’a pas dans son armée de l’air de Mirage 2000 opérationnels à proposer à la Colombie et les Mirage 2000 actuellement en service dans les flottes étrangères (Émirats Arabes Unis, Qatar…) ne sont pas encore disponibles sur le marché de l’occasion. D’où le choix de Dassault Aviation de proposer le Rafale, un avion polyvalent qui plus est acheté par un pays qui n’est pas très riche (Égypte).

Le Rafale pourra-t-il supplanter le F-35, favori en Belgique

Pays membre de l’Union européenne, la Belgique devrait à nouveau choisir un avion de combat américain, le F-35 pourtant victime de déboires technologiques et financiers à répétition. Grâce à un critère contenu dans le cahier des charges pour le remplacement des 60 vieux F-16 – la capacité d’emporter une bombe nucléaire. Cela risque de biaiser la compétition et de favoriser le F-35 américain face à ses quatre concurrents potentiels : F/A-18E/F Super Hornet de Boeing, Rafale F3R, JAS-39E/F Gripen (Saab) et Eurofighter Typhoon (Airbus Group, BAE Systems et Finmeccanica). Seul le F-35 sera capable d’assurer la mission d’attaque nucléaire en emportant une bombe à gravitation américaine de type B-61. Bruxelles envisagerait d’acquérir de 35 à 55 avions de combat, certainement une quarantaine.

Le F-35 est conçu comme étant à double capacité (conventionnelle et nucléaire) et devrait pouvoir emporter une bombe B-61 dans une phase ultérieure de son développement, sans doute à partir de 2022. Ce qui n’est pas le cas pour les autres prétendants au marché belge, à l’exception toutefois du Rafale français. Encore faut-il que la Belgique souhaite conserve cette mission nucléaire pour le compte de l’OTAN. La Belgique l’assume depuis des décennies, mais le nombre des missions s’est réduit à une seule: celle confiée aux F-16 stationnés à Kleine-Brogel (F-16A), qui sont capables d’emporter et de larguer une bombe nucléaire américaine B-61.

Paris est prêt à proposer à la Belgique une coopération très large sur le Rafale. Notamment des retours industriels significatifs au travers entre autre de la société belge SABCA (filiale de Dassault Aviation), qui a assemblé dans ses ateliers les Mirage 5, puis les Alpha Jet, et enfin les F-16A/B de l’armée de l’air belge. En outre, si les Belges le demandent, la France est même prête à équiper l’armée de l’air belge avec des avions cédés en leasing, assure-t-on au sein du ministère de la Défense.

Et pourquoi pas la Suisse?

Finalement ce serait en Suisse que le Rafale aurait le plus de chance de se poser un jour. Ce qui serait un joli pied de nez après la victoire très contestable en 2011 du Gripen, dont l’achat a finalement été rejeté par les Suisses lors d’une votation (référendum sur le budget du programme) dans la foulée de la sélection de l’appareil de Saab. Ce dossier va toutefois revenir vite d’actualité. La situation internationale et les menaces potentielles militent en faveur d’une défense aérienne crédible. La mise à la retraite des F-5 Tiger pourrait entraîner des lacunes dans la couverture aérienne et un démantèlement progressif des forces aériennes suisses.

Le maintien d’une flotte opérationnelle significative de F-5 coûte cher en termes de coût de maintenance pour finalement une disponibilité faible. Une modernisation des appareils, qui pourrait coûter 1 milliard de francs suisses, se heurte à certains aléas techniques : une fissure a été constatée dans la structure portante d’un F-5E, ce qui a conduit à vérifier les 30 appareils encore opérationnels. Tous ces éléments militent pour un renouvellement de la flotte suisse. Les Américains sont à l’affût et proposeraient le F/A 18-E/F. Certains responsables suisses envisageraient un renouvellement progressif en vue de remplacer les F-5 mais également les F/A-18, par une flotte unique d’environ 40 appareils. Ce qui militerait pour un avion polyvalent.

Paris proposait dans le précédent appel d’offre à l’armée de l’air helvétique de s’entraîner dans l’espace aérien français et de disposer d’une base de soutien commune avec les Rafale français. C’est là l’un des points forts de l’offre de Dassault. En outre, Dassault Aviation qui proposait des compensations accordées à l’industrie suisse, devait travailler avec 250 sociétés suisses dans le cadre d’un projet de partenariat industriel et situées dans les 26 cantons de la Confédération Helvétique.

Michel Cabirol
latribune.fr

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