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Référendum en Grèce : quelles menaces pour l’économie mondiale ?

Référendum en Grèce : quelles menaces pour l’économie mondiale ?

Quels sont les enjeux économiques du référendum en Grèce ?

Le référendum prévu en Grèce aujourd’hui, dimanche 5 juillet, divise les électeurs qui doivent s’exprimer sur les dernières propositions des créanciers du pays.

Avec ce référendum, la tragédie économique grecque pourrait connaitre un dénouement pouvant se solder, comme au théâtre, par des situations dramatiques. La Grèce est dans une situation terrible, avec un ratio dette sur PIB de 180%, le troisième plus élevé au monde après le Japon et le Zimbabwe. Il parait aujourd’hui évident que compte tenu de la situation financière du pays, ce dernier ne pourra honorer ses créances, même partiellement, sans aide extérieure. Pour autant, tout prolongement de la solidarité européenne, ou même l’effacement de la dette, sans réformes en profondeur de l’économie grecque ne ferait que repousser le problème : la Grèce s’est mise dans cette situation, et si rien ne change, elle s’y trouvera de nouveau. Se contenter de dire qu’un effacement de la dette serait la panacée et la clé de la prospérité est ainsi réducteur et tout à fait inexact. Il est évident que le statu quo en matière de collecte fiscale et de gestion des comptes publics, même avec une restructuration totale de la dette, ne serait pas une amélioration économique.

En cas de non remboursement des 1,5 milliard d’euros dus au FMI, la Grèce ne serait pas automatiquement exclue de la zone euro. Il n’y a, en effet, a priori pas de lien de cause à effet entre honorer une créance internationale et appartenir à une zone économique commune. En revanche, les conséquences morales seraient importantes. Derrière l’acronyme FMI, il y a les nations qui mettent chaque année au pot (la France en est le quatrième contributeur). Faire défaut au FMI, c’est donc faire défaut sur ses partenaires. Une période d’instabilité économique et financière se mettrait alors en place. La Grèce pourrait être forcée de quitter la zone euro si la BCE coupait les vivres aux banques helléniques. L’institution a beau être indépendante, on l’imagine cependant mal prendre une telle décision sans un soutien politique majeur. Les dirigeants européens, Français et Allemands en tête, prendront-ils le risque d’être les premiers fossoyeurs de l’euro ?

La question mérite d’être posée car sans une aide rapide et avec un défaut au FMI, il est impensable d’imaginer la Grèce honorer un remboursement à la BCE de 3,5 milliards d’euros dès juillet prochain, et encore moins ceux dus au mécanisme européen de stabilité à partir de 2023. De tels manquements, cette fois-ci directs, à ses partenaires européens poseraient ouvertement la question de l’appartenance du pays à la zone euro. Le seul moyen d’éviter cette situation est donc d’obtenir de l’aide extérieure, ce qui reviendrait à demander aux États européens de se refinancer eux-mêmes et ainsi permettre de repousser la date de paiement. Or, là aussi, sans réformes économiques pour rendre la Grèce viable à terme, quel intérêt pour les Européens de repousser sans fin un problème insolvable ?

La crise grecque menace-t-elle l’économie mondiale ?

Enfin, cette tragédie ne se joue pas qu’en Grèce. C’est l’économie mondiale dans son ensemble, et avant tout l’économie européenne, qui sont menacées à court terme. Cette instabilité et la perspective de la fin du dogme de l’infaillibilité de l’euro se traduiront économiquement par une déstabilisation des taux d’intérêts des pays périphériques. On se retrouverait alors plongé quatre ans en arrière, avec une nervosité des marchés obligataires et une envolée des taux italiens, espagnols ou encore portugais. En ayant laissé la situation grecque se conclure en défaut, c’est l’ensemble de la zone euro qui aura montré son incapacité à juguler un problème interne. L’absence de coordination et d’entente entre ses pays membres n’augurerait rien de bon pour l’avenir et les marchés ne manqueraient pas de s’en souvenir, car ce ne sont pas les monnaies fortes, défendues avec vigueur par des institutions puissantes que l’on attaque. Ceci est encore plus regrettable que l’euro et son système dirigeant se sont montrés jusqu’à présent très forts, en permettant à la Grèce de survivre pendant cinq ans au sein d’une zone où elle n’a manifestement pas sa place en l’état actuel des choses.

Quant aux enthousiastes de la fin de l’euro, qui jubilent de la crise actuelle, ils en seront quittes pour une douche froide, voire glacée. En effet, l’économie grecque produit peu de biens à forte valeur ajoutée. Son industrie ne représente que 16% de son PIB rendant très improbable l’efficacité d’une dévaluation. Elle rendra simplement la vie plus chère aux Grecs, entraînant notamment une hausse du coût de l’énergie et des biens importés. Quant au tourisme, qui représente près d’un cinquième de l’économie actuelle, difficile de l’imaginer voir prendre une place encore plus importante. Enfin, si la fin de l’euro amorcée par le Grexit venait à se généraliser, qui peut raisonnablement penser que la France se porterait mieux si tous ses partenaires économiques se mettaient à enchaîner les dévaluations ?

Décidément on oublie trop les leçons d’un passé pourtant pas si lointain.

Julien Barlan
contrepoints.org

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