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Remaniement-Abderrahmane Benkhalfa, l’” expert” pour redresser les finances du pays

Remaniement-Abderrahmane Benkhalfa, l’” expert” pour redresser les finances du pays

L’analyste économique et financier, Abderrahmane Benkhalfa a été nommé ministre des Finances à la faveur du remaniement ministériel opéré ce jeudi par le président de la République. Nous reproduisons ici le compte rendu de son passage à RadioM où il égrenait les mesures que le gouvernement doit prendre pour redresser la situation, dans un contexte marquée par une baisse sensible des ressources financière.

Abderrahmane Benkhalfa, estime que le secteur bancaire ne peut prendre le relais du financement des projets d’infrastructure sans compléter sa modernisation et sans que le secteur marchand de l’Etat n’ait un niveau de vigueur qui lui permet de prendre des engagements et d’y faire face. L’expert financier qui a rappelé que le financement des projets par le budget de l’Etat se fait à fonds perdus, contrairement au financement par le secteur bancaire, a indiqué que ce dernier ne fonctionne qu’avec des moyens financiers limités actuellement.

Des pistes pour la réforme du secteur financier

L’ « Invité du Direct » de RadioM, avance des pistes pour la reprise en 2015 des réformes du secteur financier. Selon lui, 2015 doit être l’année d’agrément de nouvelles banques, y compris algériennes, « sans rester naïf » vis-à-vis des banques étrangères. « Si j’ouvre un marché aussi étendu, je me fais autoriser pour entrer dans le capital du groupe bancaire », a expliqué M. Benkhalfa qui se dit favorable à ce que les banques privées en activité en Algérie ne restent pas totalement internationale.

Ouverture du capital des banques par le biais de la Bourse

D’ailleurs, l’une des pistes avancées pour le développement du secteur financier algérien est de prendre des mesures institutionnelles pour que les banques privées cèdent au moins 15 % de leur capital à la Bourse d’Alger. De même, pour les banques publiques qui doivent, selon lui, ouvrir une part significative de leur capital. Par ailleurs, M. Benkhalfa plaide pour la rénovation de la gouvernance des banques publiques, la mise en place d’un statut d’administrateur indépendant à leur niveau, déconcentrer le pouvoir de décision et aller vers la monnaie électronique.

L’emprunt obligataire fonctionne quand il n’y a pas d’excès de liquidité

Interrogé sur la possibilité de financer les investissements par l’emprunt obligataire, l’Invité du Direct a expliqué que dans l’état actuel des choses cette entreprise sera vouée à l’échec. Selon, M. Benkhalfa, le recours au marché obligataire fonctionne quand il n’il y a pas d’excès de liquidités dans les banques. Or, tel n’est pas le cas aujourd’hui et les banques ont trouvé d’autres gisements de profitabilité. Selon lui, les banques préfèrent placer ce qu’elles ont pour aller faire de l’intermédiation par le biais de la Bourse. « Le marché obligataire demande 4% quand le crédit à la Banque est bonifié à 1% », a-t-il illustré. En somme, M. Benkhalfa estime que le marché financier ne peut jouer son rôle dans l’économie, sans un secteur bancaire ouvert et efficient en redonnant au taux d’intérêt sa valeur.

Reprise en main de la valeur du Dinar

M.Benkhalfa plaide aussi en faveur d’une véritable reprise en main de la valeur de la monnaie nationale par les autorités financières algériennes grâce à la combinaison de mesures administratives et économiques. Au titre du traitement économique de la valeur du dinar, il n’hésite pas à préconiser une dévaluation de la monnaie nationale qui pourrait prendre la forme de l’instauration de taux de change multiples : « un pour les produits de première nécessité et un autre pour le reste des importations par exemple ». La lutte contre le marché informel de la devise passe aussi selon M.Benkhalfa par l’ouverture de bureaux de change qui pourront contribuer à l’ « assèchement du marché parallèle » en « faisant sortir les petits acheteurs grâce à l’augmentation de l’allocation devise au niveau de 1000 dollars ». Une mesure qu’il continue de recommander en dépit de la situation financière actuelle du pays et dont il chiffre l’impact annuel « entre 1 et 1,5 milliards de dollars » et qui pourrait être inscrite chaque année dans la loi de finance.

Une gestion plus active des réserves de change

Un dernier aspect de cette politique de reprise en main de la valeur de la monnaie nationale souhaitée par Abderrahmane Benkhalfa devrait également s’appuyer sur une gestion plus active des réserves de change nationales qui « ne doivent pas juste être enfermées dans un coffre » mais permettre la création rapide d’un fonds souverain capable de venir efficacement en appui à la politique de diversification de l’économie algérienne.

« Le recours au FRR ne doit plus être systématique »

Sur la gestion des ressources financière, Abderrahmane Benkhalfa, estime que le recours au Fonds de régulation des recettes (FRR) pour combler le déficit budgétaire ne doit plus être systématique, comme c’est le cas actuellement. « Le FRR n’est pas une ressource ordinaire. Quand il y a déficit budgétaire, on ne doit pas recourir aussi facilement au FRR », a-t-il déclaré. Pour qui le recours à ce fonds doit d’abord faire l’objet d’un vote particulier, comme le vote des deux chambres du Parlement. Or, actuellement « le FRR est malheureusement géré comme une ressource ordinaire », s’offusque M. Benkhalfa qui pense que c’est plutôt l’épargne institutionnelle qui doit être touchée. « Considérer le recours au FRR comme une ressource ordinaire n’est pas bon dans la rationalité budgétaire » du pays, a expliqué Benkhalfa qui recommande que les règles de recours à ce fonds soient « corsées » et rendues plus difficiles que l’usage d’une ressource ordinaire. Pour autant, il s’attend à ce que le recours au FFR soit l’unique choix pour le gouvernement pour cette année 2015 afin de combler le déficit budgétaire.

reconsidérer le prix référence de 37 dollars

A propos de la LF 2015, M. Benkhalfa pense que c’est « une loi de finances d’un pays en forte croissance ». Tout en suggérant de « normaliser » l’octroi des finances, il appelle à reconsidérer le prix référence de 37 dollars sur lequel se base la loi de finances en le ramenant à 50 dollars. L’analyste financier, estime que la lisibilité de notre loi de finance ne peut se faire quand on a 22% du PIB (Produit intérieur brut) en déficit. Pour lui, une loi de finance ne doit pas seulement être une affectation de ressources mais une « photographie » de l’état de l’économie du pays. L’autre « anomalie » relevée par Benkhalfa a trait au fait que le budget de fonctionnement contient encore un « lourd » budget destiné à la politique sociale et aux subventions.

La loi de finances gagnerait à être repensée

D’abord, se pose selon M. Benkhalfa, le niveau élevé de ces subventions, ensuite, le fait qu’elles soient généralisées. « La loi de finances gagnerait à être repensée », recommande-t-il. Rejoignant l’idée d’une règle d’or suggérée par le Think-Thank citoyen Nabni, Benkhalfa affirme que les crédits de fonctionnement ne doivent plus être couverts par la fiscalité pétrolière. Laquelle ne doit couvrir que le budget d’équipement. « Dès qu’on commence à puiser dans la fiscalité pour couvrir le budget de fonctionnement, cela signifie que nous ne sommes même pas capables de générer une fiscalité qui couvre les frais de nos administrations », note-t-il.

maghrebemergent.com

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