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Renault contre Peugeot et Citroën, le match d’un siècle

Renault contre Peugeot et Citroën, le match d’un siècle

Avec Citroën, Peugeot et Renault se livrent à un chassé-croisé depuis les débuts de l’automobile en France, ou presque.


« Tu vois ces voitures ? Ce sont des Renault… Beurk ! »
Il y a près d’un siècle, le patriarche Robert Peugeot ne ménageait pas son concurrent français devant sa petite-fille Christiane, qu’il faisait rebondir sur ses genoux en compulsant avec elle les publicités de « L’Illustration ». Depuis, les frères ennemis de l’automobile française se livrent une course perpétuelle qui connaît en ce moment une nouvelle étape – Renault et Dacia venant de dépasser d’une courte tête l’attelage de Peugeot, Citroën et DS. Peugeot-Citroën dans le rétroviseur de Renault, cela n’était pas arrivé depuis 1985… Avenue de la Grande Armée, le siège historique du Lion, certaines dents doivent grincer.

Renault le populaire contre Peugeot le bourgeois

Dès les années 50, il y avait déjà d’un côté les berlines bourgeoises et la direction paternaliste de Peugeot et de Citroën, de l’autre, les voitures populaires et la « démocratie économique et sociale » de Renault, nationalisé au sortir de la seconde guerre mondiale pour faits de commerce avec l’occupant allemand. Ce qui ne l’a pas empêché de voir ses volumes augmenter rapidement sous De Gaulle, tandis que Peugeot restait sur des voies plus modestes.

Après guerre, la 4CV a permis à la nouvelle régie Renault de gonfler ses volumes. - AFP

Après guerre, la 4CV a permis à la nouvelle régie Renault de gonfler ses volumes. – AFP

Pas sur les mêmes planètes, les deux groupes auraient néanmoins pu convoler dans les années 1970. Plus ou moins partenaires industriels depuis 1966, un projet de mariage incluant en dot Citroën, alors mal en point, circulait au début de l’ère Giscard. Mais François Michelin, propriétaire du Chevron, s’y était fermement opposé – il ne voulait pas voir l’Etat et sa Régie frayer avec son constructeur, préférant constituer un champion privé.

La 205 prend le pas sur la R5

Dès lors, Peugeot, gonflé par l’apport de Citroën en 1976, joue dans la même catégorie que Renault, lui ravissant le titre du groupe français vendant le plus de voiture au monde en 1976… pour le perdre aussitôt. Il faudra attendre 1985, quand la Peugeot 205 supplante la Renault 5, pour voir les Peugeot prendre pour de bon un ascendant qui perdurera trente ans.

Au début des années 90, la naissance de la Renault Clio, suivie quelques années plus tard de la vague des Espace, Megane, Scenic et Twingo permettra au Losange de « recoller », mais Peugeot-Citroën reprendra vite le large en se déployant industriellement hors d’Europe, tandis que Renault se débattait dans des problèmes de qualité. En 2005, à la fin de l’ère Folz, PSA comptait presque un million de véhicules d’avance…

C’est une question de cycle.

Mais la crise financière qui a failli envoyer le groupe doubiste dans le décor entre 2012 et 2014 a relancé les débats. En 2012, le Lion et le Chevron voient leurs ventes dégringoler de 17 %, et le Losange se rapprocher d’un coup. Peu à peu, ce dernier grignote son retard pour finalement prendre les devants l’an dernier.

PSA a parié sur la Chine, Renault sur les émergents

La Kwid, nouveau symbole d'un Renault populaire.

La Kwid, nouveau symbole d’un Renault populaire.

« Une question de cycle », défend-on chez PSA, qui martèle privilégier la rentabilité au volume. Peut-être. Mais alors que PSA a parié sur la Chine et la montée en gamme avec entre autres la création de la marque DS, Renault a défriché un autre terrain, celui des pays émergents et de l’automobile frugale (les Dacia et la Kwid comme en écho de la 4CV), sans oublier la grande association avec Nissan. Deux chemins différents, le second étant naturellement plus rapidement porteur en termes de volumes que le premier…
Dans le match des Carlos, Carlos Ghosn, le patron de Renault, peut quoi qu’il en soit se targuer d’avoir dépassé facialement son ancien bras droit, Carlos Tavares, le responsable de PSA. Un fan absolu de course automobile, qui doit attendre fermement le prochain virage.

Julien Dupont-Calbo
lesechos

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