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Renault, PSA, Volkswagen… ce que cachent les (bons) résultats trimestriels

Renault, PSA, Volkswagen… ce que cachent les (bons) résultats trimestriels

Les groupes automobiles français se réjouissent de ventes mondiales en forte hausse. Ces performances dissimulent en réalité de fortes disparités entre les régions chez PSA, tandis que Renault doit donner des gages sur ses objectifs de rentabilité. Le groupe Volkswagen, lui, semble sortir du marasme consécutif au scandale des moteurs truqués mais sa marque historique, elle, semble néanmoins toujours en convalescence…

Les constructeurs automobiles européens sont à la fête ! Les résultats trimestriels des principaux groupes sont de bonne facture, du moins, bénéficient-ils d’une large mansuétude de la part des investisseurs. Mercredi, après la publication des résultats, Renault a grimpé de 3,17% en Bourse, et PSA a engrangé 2,78%. Les deux groupes français ont largement surperformé la tendance du marché, ils battent même Volkswagen, dont le cours n’a grimpé que de 0,71% ce jeudi malgré l’annonce d’une révision à la hausse de son chiffre d’affaires.

Les constructeurs automobiles profitent, il faut le rappeler, de l’embellie du marché européen qui a réussi à faire bien mieux qu’attendu en 2016, avec des ventes en hausse de 8% depuis le début de l’année, contre 4% à 5% attendus initialement.

Renault bondit, PSA… prend son élan

Renault est le groupe qui s’en tire le mieux avec des ventes mondiales en hausse de près de 16% en volume, soit plus du triple du marché. Il profite pleinement de la refonte de sa gamme. La marque au losange a ainsi lancé une dizaine de nouveaux modèles en moins de trois ans, dont quatre sur la seule année 2016 et qui auront donc des effets pleins sur l’année 2017.

Le tassement des ventes de PSA explique la hausse modérée du titre. Le premier groupe automobile français a justifié la baisse de 4,3% de ses ventes au troisième trimestre par un creux dans son plan produit. Celui-ci a pourtant été relancé cette année avec l’arrivée des Peugeot 3008 et Citroën C3, mais celles-ci arrivent à peine en concession. Jean-Baptiste de Chatillon, directeur financier du groupe, s’attend donc à un redressement des ventes à partir de 2017, même s’il estime que le quatrième trimestre 2016 sera meilleur que les trimestres précédents. L’enjeu de ces deux lancements est de refonder les stratégies de marques de Peugeot et Citroën.

PSA, en maîtrisant ses coûts, se donne du temps

Mais PSA n’est pas inquiet. Aux investisseurs, PSA répond que s’il y a bien un tassement des ventes, celui-ci n’est pas dommageable puisque le plan Back to the Race a permis d’abaisser le “point mort” (soit le niveau de production à partir duquel le groupe est rentable) de 1 million de voitures. Autrement dit, la baisse des ventes n’altèrera pas la rentabilité du groupe au point de faire passer les comptes dans le rouge, ce qui laisse du temps pour déployer le plan de croissance Push to Pass.

C’est l’inverse chez Renault qui, malgré ses bonnes performances commerciales, doit trouver des arguments sur ses difficultés à maitriser ses coûts. En sus du prix de l’intégration industrielle des nouveaux modèles, il faut ajouter celui de la R&D en matière environnementale.

Le groupe doit effectivement rattraper son retard dans les technologies vertes, notamment en raison des lacunes du NoxTrap pour ses motorisations diesel. Réputé moins cher que le SCR, ce procédé avait valu à Renault d’être épinglé par les tests de la commission Royal, notamment en raison d’un mauvais calibrage sur le Captur. Depuis, le groupe a annoncé qu’il abandonnait le NoxTrap pour se convertir au SCR, mais ce changement nécessite des investissements en développement et en usine. Les analystes estiment désormais que l’objectif de 350 millions d’économies ne sera pas atteint. Barclays, cité par Reuters, table en effet sur une économie de 250 millions d’euros.

L’international, gisement de croissance

La communication des deux groupes automobiles se focalise donc sur l’international pour illustrer leurs véritables performances mais également pour donner des gages sur leur avenir. PSA se félicite d’avoir redressé la barre en Amérique Latine (+22,6%) mais aussi des premiers résultats de son retour en Iran (105.000 voitures sur le seul troisième trimestre sous licence Peugeot). Ces bons résultats ont permis de compenser les mauvaises nouvelles chinoises (-16,5% sur neuf mois) et un tassement des ventes en Europe, si bien que le groupe a annoncé une hausse de plus de 10% de ses ventes dans le monde.

Chez Renault, l’embellie sur le front international est encore plus fort puisque le groupe annonce une hausse de 21,5% de ses ventes au troisième trimestre au niveau mondial. L’Iran est également une bonne dynamique de la marque au losange qui a vu sa part de marché grimper de 3% pour flirter avec les 10%. Au Maghreb, Renault enregistre une hausse de 13,6% de ses ventes, sur un marché pourtant en baisse de 15% (42,2% de part de marché en hausse de 10%). En Amérique Latine toutefois, le groupe français voit ses ventes augmenter de 0,2% seulement plombé par le Brésil, mais se réjouit d’une progression de 21% de ses ventes en Argentine. Même en Russie, Renault est parvenu à limiter la casse avec des ventes en recul de 4% sur un marché pourtant en chute de 15%.

Le nouveau Tiguan suscite l’espoir chez Volkswagen

Le groupe Volkswagen, lui, semble toutefois trouver de nouveaux ressorts pour rebondir. Ainsi, le bénéfice d’exploitation du groupe s’élève à 3,3 milliards d’euros, une performance supérieure aux attentes des analystes. Le premier groupe automobile européen a également relevé ses prévisions de chiffre d’affaires et s’attend désormais à faire aussi bien qu’en 2015 alors qu’il tablait jusqu’ici sur une baisse de 5%. Les affaires reprennent-elles donc chez Volkswagen, un an après avoir été assommé par le scandale des diesels truqués ?

Pas tout à fait ! La marque Volkswagen, qui assure à elle-seule la moitié du chiffre d’affaires du groupe, a enregistré un bénéfice opérationnel de 363 millions d’euros au troisième trimestre, contre 801 millions un an auparavant. Certes, la rentabilité de la marque souffre des lourds investissements dans l’ambitieux plan de voiture électrique. Mais les analystes estiment que la suspension des livraisons de pièces détachées par un fournisseur, immobilisant une grande partie de la production du groupe en août, aurait coûté 100 millions d’euros. En réalité, les investisseurs s’interrogent sur l’érosion structurelle de la rentabilité de la marque Volkswagen. La marque en est encore à offrir des remises de prix pour pallier la détérioration de son image de marque suite au scandale des diesels truqués.

Il y a toutefois une bonne nouvelle : les ventes ont bondi de 6,7% en septembre soit la meilleure performance de la marque en deux ans et demi. L’arrivée du nouveau Tiguan a permis d’assurer une bonne dynamique commerciale. Plus que jamais, les constructeurs automobiles sont ainsi tributaires de leur actualité produit, sacrifiant au passage une partie de leur rentabilité.

latribune

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