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Robolution en Chine

Robolution en Chine

Triste anniversaire en Chine. Il y a cinquante ans, débutait la Révolution culturelle. Des bataillons de Gardes rouges fanatisés manquaient alors de mettre à bas les fondements économiques du pays. Aujourd’hui, une autre armée, silencieuse celle-là, est en train de déferler pour transformer pour de bon l’économie en profondeur : celle des robots. Cette année comme depuis trois ans, la Chine sera le premier marché du monde pour le secteur et ses géants – Fanuc, Kuka, ABB… –, sans compter près de 200 entreprises du cru qui captent 30% du marché.

Certes, comparée à la Corée, au Japon ou à l’Allemagne, la Chine reste un nain. Sa “densité” de robots pour 10 000 salariés n’atteint que 36 contre 478 en Corée (120 en France). Ce parc reste concentré dans quelques secteurs (automobile, microélectronique…). Mais la machine est en marche.

La Chine comptait 262 900 de ces travailleurs silencieux l’an passé, selon la fédération mondiale IFR. Elle s’attend à 614 200 en 2018. Cette tendance ne doit rien au hasard. Dans le treizième plan quinquennal, qui couvre la période 2016-2020, l’industrie 4.0 figure en bonne place. Le président Xi lui-même a appelé devant l’Académie des sciences à une “robot revolution” pour inventer le “made in China 2025″. Car, l’industrie chinoise, qui produit 20% des biens de la planète, se doit de muter. La croissance moins vive rend la compétition plus rude. Mais, surtout, ses structures se transforment. La Chine a atteint son “pic de Lewis” (d’Arthur Lewis, Nobel 1979 d’économie), ce stade où se tarit l’afflux d’une main-d’œuvre agricole peu productive vers l’industrie générant croissance et emploi de façon continue. La population active s’est contractée de 4,9 millions en 2015, à 911 millions. Ces dernières années, la flambée des salaires dans les industrieuses provinces côtières a fait grimper les coûts de main-d’œuvre. L’atelier du monde n’a d’autre choix que de gagner en efficience. Lean, 5S, Kaizen… font leur entrée dans les usines, et avec eux les robots. Et tant pis pour les mingong (ouvriers migrants).

À cela s’ajoute une autre bataille, celle de la connaissance. La Chine, en 2015, a généré 25 % des demandes mondiales de brevets en robotique. Dans les universités Tsinghua à Pékin et Jiao-tong à Shanghai, les labos s’activent. À côté des robots industriels, les scientifiques et le monde du business (avec en tête les géants de l’internet Alibaba et Baidu) tentent de marier biomécanique, électronique et intelligence artificielle pour donner vie à des humanoïdes.

En attendant, la semaine dernière, un petit choc a secoué la planète robot. Midea, un groupe chinois d’électronique, a lancé une OPA sur le champion allemand Kuka. Logique.

Pierre-Olivier Rouaud
usinenouvelle.com

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